L’usineur de haute précision de 10 personnes sait implanter ses pièces dans d’autres secteurs que l’automobile qui a longtemps constitué son débouché très majoritaire. Ses locaux de Thaon-les-Vosges ont récemment accueilli une rencontre régionale sur les enjeux de décarbonation et diversification de cette industrie, présentant les dispositifs d’accompagnement des entreprises vers de nouveaux horizons de marchés et vers l’électrification des véhicules.


Dans l’agglomération d’Epinal, STWM n’est plus l’entreprise mono-secteur qu’elle a  - presque - été dans un passé encore récent. L’industrie automobile voit son importance diminuer en proportion, pour la société d’usinage de précision de Thaon-les-Vosges. « La part qui se situait à 70 % de l’activité s’est significativement réduite en quelques années, pourse situer désormais entre 40 et 50 % », énonce Stéphane Wagner, le dirigeant de la société qui porte son patronyme dans sa raison sociale complète (Stéphane Wagner Mécanique) et qu’il a fondée en 2001, en suite d’une précédente entreprise de mécanique de son père.

La TPE (chiffre d’affaires annuel d’1,8 million d’euros) a trouvé de nouveaux débouchés dans l’industrie agroalimentaire, l’aéronautique, l’industrie mécanique en général, voire la joaillerie-horlogerie. Selon Stéphane Wagner, « notre maîtrise du travail de l’acier, de l’inox et de l’aluminium avec notamment les soudures de type Tig et Mig (*) nous ouvre d’autres horizons », complémentaires aux roues, aux turbocompresseurs du groupe Garrett son voisin sur la zone industrielle Inova 3000, et autres composants de véhicules qui ont fait passer en bientôt 25 ans STWM d’activités exclusives de prototypage à de la petite et moyenne série. Les moyens, comme cinq centres d’usinage 4 et 5 axes, produisent des pièces qui forment arbres, pignons, réducteurs, poulies et autres tiges de vérins.

 

360 GE

 

Aux yeux des décideurs publics et des fédérations d’entreprises, la mutation de la société de Thaon a valeur d’un exemple, notamment pour ses consoeurs de petite taille. C’est ainsi qu’elle a été choisie par le Medef, l’UIMM Lorraine, le Pôle Véhicule du futur et la communauté d’agglomération d'Epinal pour accueillir, fin avril, une conférence régionale sur les défis de la diversification et de la décarbonation de l’industrie automobile. Et en apporter la preuve pour de vrai, par la visite de ses ateliers.

Auparavant, plusieurs experts s’étaient succédé au micro pour apporter un éclairage global (**) et détailler les mesures d’accompagnement de proximité mises en place. Celles-ci s’inscrivent dans le nouveau parcours Grand Est Transformation initié et financé par le conseil régional. Dans sa déclinaison à l’automobile, il est animé par le Pôle Véhicule du futur autour de Vincent Carel, détaché de la CCI Grand Est. Le concours de 715.000 euros de la collectivité régionale sur trois ans permet de rendre gratuites à ses participants les réunions collectives (***) propices au partage d’expérience et à l’apport d’informations sur des thématiques données.

 

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L'entreprise s'est installée près du fabricant de turbocompresseurs Garrett dans la zone Inova 3000 au nord d'Epinal (Vosges), un équipementier automobile qui demeure un pilier de ses débouchés. © Mathieu Noyer


« La demande première des entreprises concerne le décorticage de la chaîne de valeur de la mobilité décarbonée : quels points essentiels pour elles ? Et aussi, quelles compétences à mettre en œuvre ? »
, expose Vincent Carel. La seconde interrogation peut trouver des réponses dans un autre parcours aidé, l’EDEC (Engagement Développement de l’Emploi et des Compétences) mené cette fois-ci par l’Etat, via ses directions régionales et départementales et de l’emploi, du travail et des solidarités (Dreets – Ddeets).

Par ailleurs, le financement régional prend en charge à 50 % l’accompagnement individualisé du parcours de transformation. Sur une dizaine de jours, la prestation fait se succéder diagnostic, préconisations et appui à la mise en œuvre. Le soutien d’une vingtaine d’entreprises est visé sur les trois ans de durée du programme dans le Grand Est. Un premier dossier est lancé de façon opérationnelle et 7 à 8 autres se préparent, en résultante de la prospection d’une première série de 23 PME et ETI, les deux familles d’entreprises éligibles, dès lors qu’elles exercent dans le Grand Est et en majorité dans l’automobile.

 

Analogies avec Electrified-BFC en Bourgogne-Franche-Comté

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Stéphane Wagner (à gauche) a crée en 2001, dans le prototypage pour commencer, l'entreprise dont la raison sociale complète porte son prénom et nom : Stéphane Wagner Mécanique. © Mathieu Noyer


Le dispositif du Grand Est présente ainsi de nombreuses analogies avec le programme Electrified BFC en Bourgogne-Franche-Comté qui l’a précédé dans le temps, puisque lancé en 2022 et en cours d’achèvement d’ici la fin de cette année.
Egalement animateur, le Pôle Véhicule du futur (PVF) fait état de 11 entreprises accompagnées, « et la perspective de terminer à 13 », précise Ludovic Party, directeur de PerfoEst au sein du PVF. En Bourgogne-Franche-Comté aussi, le conseil régional apporte les concours financiers à des initiatives comparables, soit 100 % des réunions collectives et 75 % des soutiens individualisés. L’appellation du programme incarne l’accent principal mis sur l’adaptation à l’électrification planifiée du parc de véhicules en Europe, mais sans exclure d’autres formes de mutation.

La révolution qui attend l’automobile a de quoi faire tourner les têtes, au point de donner des migraines aux chefs d’entreprise. Mais le passé récent doit les inciter à espérer…et à agir avec volontarisme, selon l’exemple local mis en exergue par le maire de Thaon-les-Vosges, Cédric Haxaire.

« Dans notre commune, nous avons subi de plein fouet la crise du textile. Notre emblème historique BTT (Blanchisserie-Teinturerie de Thaon) a disparu, au début de ce siècle, après avoir employé jusqu’à 3.000 personnes au XXème siècle. Et quelques petites décennies plus tard, nous nous retrouvons ici dans la plus grande zone d’activités du département : plus de 2.000 personnes travaillent sur Inova 3000. Et nous avons gagné 300 habitants depuis 2019 pour atteindre une population de 8.700 habitants. Le déclin n’a rien d’inéluctable, le rebond est possible », a-t-il exposé.

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La société de 10 salariés a investi dans des centres d'usinage à commande numérique et d'autres équipements de pointe. © Mathieu Noyer


Et que l’enjeu transcende les frontières administratives régionales ne fait guère de doutes. Michel Heinrich, président de la communauté d’agglomération d’Epinal en a témoigné : « le groupe de travail Etat-collectivités-organisations patronales-entreprises que nous avons constitué sur la décarbonation-électrification de l’automobile a tiré comme première conclusion qu’il devait élargir sa réflexion, à une échelle beaucoup plus large que l’agglomération et le département, jusqu’au Nord Franche-Comté qui partage les mêmes enjeux. »

 

(*) soudure Tig à l'arc électrique, et Mig au fil électride

(**) directeur adjoint au Medef en charge du Pôle transition écologique de l’organisation patronale, Jean-Baptiste Baroni a estimé, pour le regretter, que la Commission européenne était « sortie de son rôle en imposant une voie unique » à l’automobile, sa conversion à l’électrique. « Elle aurait dû s’en tenir à une neutralité technologique. » Il a mis en garde contre l’impact de la « baisse du prix de l’électricité en Chine, en Inde et aux Etats-Unis » qui risque de créer un « facteur supplémentaire de concurrence pour les industriels européens », en premier lieu les constructeurs et équipementiers automobiles.

D’autant plus que « l’Europe manque de l’envergure industrielle » pour atteindre ses objectifs de décarbonation », en comparaison des moyens mis en œuvre aux Etats-Unis, les 369 milliards de dollars de son IRA (Inflation reduction Act)… mais « 300 milliards gelés » par l’administration Trump. « Un virage s’amorce cependant avec le rapport Draghi », a observé Jean-Baptiste Baroni

(**) la première rencontre s’est tenue en janvier dans les locaux de l’équipementier Sogefi Suspensions à Forville en Haute-Marne

 

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