L'entreprise Neotiss, située à Venarey-lès-Laumes, en Côte-d’Or où elle emploie une centaine de salariés, est une spécialité de réputation internationale dans la fabrication de tubes fins soudés en titane ou inox pour le marché des échangeurs de chaleurs. En particulier ceux des centrales nucléaires. Visite au cœur de l’usine de 20.000 m2 à l'occasion de cette semaine de mise en exergue des métiers du nucléaire en Bourgogne-Franche-Comté.
Débutée sous ce nom en 2016, l'histoire de Neotiss est intimement liée à Vallourec qui en a fourni la genèse pendant quatre décennies. En 1976, en plein essor du programme nucléaire français, le groupe crée en effet une filiale de fabrication de tubes à Venarey-lès-Laumes, en Côte-d’Or. A cette époque, l’usine, baptisée Valinox Welded puis plus tard Valtimet, compte jusqu’à 250 employés. Elle se dédie aux tubes pour le circuit secondaire des centrales.
La filiale se développe aussi à l’international en rachetant une usine en Chine, deux autres aux États-Unis et enfin une dernière en Inde en 2006. Dix ans après cette croissance externe, le groupe Vallourec se recentre sur les équipements pour le pétrole et gaz. Le site de Venarey-lès-Laumes sort ainsi de son giron, entraînant la fondation de Neotiss.
Au fil des années, la nouvelle société a su diversifier ses clients en travaillant pour le monde de l’automobile, la pétrochimie, l’aéronautique et les différentes autres centrales productrices d’énergie (à charbon, au gaz, à concentration solaire…) « Notre expérience a fait de nous un acteur de premier plan des tubes fins soudés en titane ou en inox pour le marché des échangeurs de chaleurs », introduit Farid Ajaaoun, vice-président France de Neotiss.
85% à l’export

Cette réputation s'etend sur un terrain de jeu complètement international. 85% de la production part à l’export, dont les 4/5èmes en Chine, pays en plein boom de création de capacités nucléaires. « En près de 50 années d'activité, le site a cumulé plus de 1.000 projets aboutis, près de 300.000 km de tubes titane livrés et installés et plus de 250 tranches nucléaires équipées dans le monde », poursuit le dirigeant de Neotiss. L'entreprise poursuit son expansion, mais elle doit contrecarrer les effets de la hausse simultanée des prix des matières premières, de l'énergie et du transport pour rester concurrentielle. « C’est notre éternel combat. Nous nous démarquons grâce à notre savoir-faire et à notre qualité », souligne Farid Ajaaoun.
Mathieu Bianconi, responsable de production,détaille ces arguments. « Nous développons des tubes soudés dont les surfaces internes et externes sont conçues de sorte à permettre un meilleur échange thermique, expose-t-il. Nous sommes les seuls fabricants à posséder cette compétence thermique. Or, on le sait, un meilleur rendement signifie moins de consommation d’énergie et donc une industrie plus propre, des critères de première importance à l’heure de la neutralité carbone.»
Les salariés, cœur du réacteur

Réalisant un chiffre d’affaires annuel de 30 millions d’€, Neotiss s'appuie donc en premier lieu sur le savoir-faire de son personnel, au nombre d'environ 100 salariés. « Notre positionnement voulu premium ne concerne pas seulement le produit que nous fabriquons, mais également le service que nous apportons à nos clients. Nos employés sont le cœur du réacteur de l’entreprise, ce sont eux qui nous font avancer », appuie Farid Ajaaoun.
Neotiss souhaite d'ailleurs renforcer ses effectifs afin de répondre au nouveau plan nucléaire en Europe. Et plus particulièrement de la relance en France, dont Emmanuel Macron avait posé les jalons à Belfort il y a deux ans, avec la fabrication de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 de nouvelle génération, attendus à partir de 2028 pour une mise en service en 2035. « Aujourd’hui, nous ne cherchons plus des compétences spécifiques, mais plutôt des salariés motivés, qui ont envie d’être formés, d’apprendre et de devenir experts dans certains domaines très techniques tels que la soudure, l’ailettage, le cintrage ou les contrôles non destructifs. Je suis persuadé que notre usine qui travaille en 3x8 peut constituer être un facteur attirant », précise Mathieu Bianconi.
Le responsable de production ne ménage pas ses efforts pour trouver de nouvelles recrues : 64 personnes y ont travaillé en interim depuis 2021. « Nous avons converti plus d’une dizaine de ces contrats en CDI et continuons de rechercher des profils pour différents postes tels que soudeurs, aileteurs, technicien de maintenance, automaticien… », explique Mathieu Bianconi. Jean-Noël Vequeau en est un bon exemple : « J’ai commencé par de l’intérim en mars dernier, puis j’ai transformé mon essai en CDD en avril et depuis octobre je suis salarié en CDI. Mon poste dans l’usine me plaît beaucoup, parce que Neotiss me donne beaucoup d’autonomie et j’ai la confiance de mes managers », témoigne-t-il.
Un peu plus loin dans l’usine de 20.000 m², deux femmes travaillent ensemble. Gwendoline Cheix, 28 ans, vient d’arriver dans la région et a choisi elle aussi l’intérim. « Je suis ici depuis quelques jours. Anciennement travailleuse dans le cosmétique, je suis heureuse de découvrir un nouveau milieu familial et professionnel avec un personnel engagé. » A ses côtés, Margot Cagan, 23 ans, embauchée depuis octobre dernier. « J’aime l’industrie et le travail de manutention et comme nous sommes peu de femmes, nous sommes soudées : il y a énormément d’entraide entre nous ! »

Ingénieur de formation, Farid Ajaaoun a 41 ans. Il débute sa carrière professionnelle dans le secteur automobile chez l’équipementier Valeo, à la direction qualité du groupe, avant d’évoluer sur différents postes, tant en production qu’à la direction de sites (Mazamet dans le Tarn et Abbeville dans la Somme), en passant par ATH en Belgique. Il devient ensuite directeur qualité chez Sogefi Filtrations, à Guyancourt (Yvelines) avant de prendre la tête de son usine marocaine de Tanger. Après avoir réussi le redressement spectaculaire de cette dernière, il rejoint Neotiss et devient vice-président France pour l’unité de production de Venarey-lès-Laumes.
« L’industrie du nucléaire est en pleine poussée et ce secteur est stratégique pour la reconquête de notre souveraineté énergétique », a exposé Marie-Guite Dufay, présidente du conseil régional, le 6 février à l'occasion du lancement de la Semaine des métiers du nucléaire en Bourgogne-Franche-Comté. La filière confirme le poids certain qu'elle pèse dans l'économie régionale. La dernière étude Insee, présentée à l'occasion de cet événement de mise en exergue, le mesure à un nombre de 270 établissements employant environ 23.000 salariés, répartis dans cinq zones d’emploi : Chalon-sur-Saône, Châtillon-Montbard, Belfort, Creusot-Montceau, et Dijon.
Du fait que 12.000 postes seront à pourvoir d’ici à 2030 en Bourgogne-Franche-Comté, la Région et l’État vont se mobiliser pour y parvenir. « Nous devons trouver ces salariés autour de deux défis : la ré-enchantement de l’industrie et l’attractivité du territoire », poursuit la présidente. Des emplois industriels qualifiés, de belles carrières, des rémunérations intéressantes, voilà autant d’arguments qui sont présentés lors de cette semaine consacrée aux métiers du nucléaire à travers 30 événements organisés dans la région.
« Le nucléaire constitue la troisième plus importante filière de l’industrie française avec 220.000 emplois », renchérit Franck Robine, préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté. Pas moins de 100.000 personnes devront être embauchées dans les dix prochaines années, « voir même beaucoup plus. Une partie de l’avenir de la filière doit se faire ici en Bourgogne-Franche-Comté, parce que nous avons l’historique industriel et les compétences… », ajoute le représentant de l'Etat. Point notable, seulement 20% des postes sont tenus par des femmes. Cette semaine du nucléaire est aussi organisée pour sortir de ce blocage culturel.
Photos fournies par l'entreprise













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