La venue du Président de la République ce 10 février à Belfort comporte une certitude, le rachat par EDF de la division Steam Power de General Electric. Mais aussi l’incertitude du périmètre exact de la reprise que les acteurs locaux souhaiteraient voir étendu à la conception et fabrication de tous les composants et pas aux seules turbines Arabelle de centrales nucléaires.
Le président toujours-pas-candidat Emmanuel Macron fait passer sa tournée des territoires par Belfort ce jeudi 10 février, pour parler nucléaire. Il annoncera le rachat par EDF – ou plutôt par une société dédiée d’EDF – de la division Steam Power de General Electric en France. Celle-ci est quasi-entièrement concentrée à Belfort et tournée aujourd’hui vers l’équipement de centrales nucléaires dans le contexte de déclin du charbon, son autre énergie historique de destination.
La décision était attendue avec impatience par les élus locaux et les syndicats, afin de faire sortir cette activité de la spirale du non-investissement dans la recherche et la production, de la fuite des centres de décisions, des délocalisations et des suppressions d’emploi qui caractérise l’ère GE à Belfort depuis sa reprise en 2015 des pans d’énergie d’Alstom qui n’étaient pas encore tombées dans son giron à la fin des années 1990. Selon le décompte des syndicats, le site est passé en six ans de 4.800 salariés à environ 3.200.

Sur ce total, Steam Power représente quelque 1.500 emplois, soit donc désormais près d’une moitié : une proportion inédite, due au fait que cette division a été plus épargnée par la saignée des effectifs que les turbines à gaz qui incarnent davantage le site GE Belfort. La restructuration de Steam Power s’est traduite par 140 suppressions de poste l’an dernier (sur un total initialement prévu de 238), essentiellement en conséquence de la baisse des marchés pour le charbon.
Le nucléaire apparaît donc comme la spécialité qui a le moins souffert des stratégies du conglomérat américain peu favorables, c’est le moins que l’on puisse dire, à Belfort. Il n’en a pas moins besoin de se relancer et de retrouver une dynamique. Un enjeu principal concerne le périmètre exact de la reprise. Cette question n’est pas clarifiée. Les fameuses turbines Arabelle de centrales nucléaires en feront partie, mais les acteurs locaux insistent sur le fait que le périmètre ne doit pas se limiter à elles et bien englober les brevets ainsi que « toute la chaîne de valeur » du nucléaire belfortain, dont la conception et fabrication de tous les composants.
Potentielles passerelles techniques avec les SMR, réacteurs nucléaires de petite puissance

Les interrogations portent aussi sur le sens à donner au montage qui logera Steam Power non directement dans EDF, mais dans une société ad hoc. Ce point peut toutefois signifier un degré d’autonomie pas incohérent avec le portefeuille clients de la division : l’énergéticien français ne représente qu’une petite moitié de son activité. Il permet en outre de faire la séparation entre l’EDF producteur d’électricité et un « autre » endossant le costume de fabricant de centrales nucléaires.
Le climat reste ainsi à une méfiance, exacerbée par le contexte de pré-élection présidentielle. Celui-ci rend certains syndicats très suspicieux (la CGT) et il ne dispose pas les élus locaux Les Républicains à se répandre en louanges envers Emmanuel Macron. Ils ont beau jeu de rappeler que le même, alors ministre de l’Economie, était venu vanter la reprise d’Alstom Power par GE en 2015. « Chat échaudé craint l’eau froide », ainsi s’auto-définit par exemple Florian Bouquet, le président du conseil départemental du Territoire de Belfort. « On est passé de l’espoir à la déception, alors, ne nous emballons pas », renchérit-il.

L’opportunité majeure consisterait à « embarquer » dans cette nouvelle page l’ensemble du site belfortain, au regard des passerelles techniques qui s’ouvrent avec le développement des réacteurs nucléaires de plus petite puissance, les SMR (small modular reactors) que l’Etat veut développer. Et ainsi à ouvrir de nouvelles perspectives aux ateliers de turbines à gaz particulièrement malmenés ces dernières années. C’est la thèse que porte Philippe Petitcolin, le délégué CFE-CGC du site et président de l’association Apsiis créée pour conserver sur place les compétences dont GE ne veut plus.
« Les SMR évoluent dans les mêmes gammes de puissance que les turbines à gaz, autour de 300 mégawatts. Ils se positionnent sur les mêmes clients soucieux de réussir leur transition écologique. Ils reposent surtout sur une même conception, de type modulaire. Et en plus, dans ce domaine, Belfort a développé des offres complètement en pointe, inspirées du modulaire dans l’automobile. »
La bascule plus nette du site vers le nucléaire pourrait ainsi s’opérer sans difficulté technique majeure, selon Philippe Petitcolin, qui brandit cette conviction : « Belfort peut devenir le leader mondial du SMR ». Il fera passer le message au Président tout à l’heure.

































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