Le groupe papetier Koehler engage les études pour devenir à la fois fournisseur et utilisateur de la conduite « Calorie Kehl », l'ambitieux projet de construction d'un réseau de chaleur urbain qui doit alimenter vers 2028 une partie des logements de Strasbourg par l'énergie excédentaire d'industriels allemands frontaliers, en passant sous le lit du Rhin.
Article publié en simultané avec Voisins-Nachbarn, site d'informations sur l'actualité transfrontalière du Grand Est et de ses régions limitrophes en Belgique, au Luxembourg, en Allemagne et en Suisse.
Le réseau de chaleur entre Strasbourg (Bas-Rhin) et la commune allemande riveraine de Kehl-am-Rhein a peut-être identifié le partenaire industriel qu'il recherchait pour donner sa pleine mesure. Puissant groupe familial de 2.500 salariés, Koehler Paper a signé mi-décembre avec les actionnaires de la société porteuse Calorie Kehl une « lettre d’intention » quant à sa participation à ce projet transfrontalier unique en Europe.
Basé à Oberkirch au pied de la Forêt-Noire, Koehler s’engage ainsi dans les études de faisabilité techniques et économiques du raccordement à la future canalisation de son usine proche de son siège à Kehl, ainsi que de sa centrale attenante d’alimentation par la biomasse exploitée par sa filiale dédiée Bio Energie Baden (B E B).
Selon la direction de l’industriel représentatif d'une filière en pleine décarbonation, Calorie Kehl représente une « double opportunité », à la fois comme débouché – la papeterie pourrait y réinjecter sa chaleur « fatale » excédentaire - et comme source d’alimentation. Le projet correspond à son souhait de trouver « toute solution » pour recourir à des énergies renouvelables et maximiser l’auto-production d’énergie. Le groupe, dont les cinq usines allemandes fabriquent chaque année un total cumulé de 470.000 tonnes de papier, annonce être parvenu depuis 2023 à compenser 90 % des émissions de gaz à effet de serre générées par ses achats externes d’électricité et de chaleur. Il vise les 100 % pour 2030.
Les localisations respectives du réseau et du complexe papeterie-centrale biomasse confortent les chances de voir les résultats de l’étude aboutir de manière positive cet été. En effet, le tracé précis du réseau, attendu de manière imminente, devrait faire passer les conduites au droit du site Koehler - B E B qui est le voisin immédiat, dans le port de Kehl, de l’aciérie BSW (Badische Stahlwerke) à l’origine du projet. « L’étude suit une démarche très pragmatique dans le but de vérifier, étape après étape, la compatibilité entre les conditions (température, etc.) de production de la vapeur par le papetier et d’eau par notre futur réseau », expose Sabine Schimetschek, directrice générale de la société Calorie Kehl.
7.000 foyers pour commencer

Cette société d’économie mixte (Sem) avance avec les ingénieristes Egis et GEF qu’elle a mandatés dans la définition du projet. « Nous allons voir si un lancement des appels d’offres de travaux est possible avant la fin du premier semestre 2025 », précise Sabine Schimetschek.
Le projet est chiffré pour l’heure à 25 millions d’euros pour la construction de 4,5 kilomètres de conduite qui partiraient des Badische Stahlwerke pour rejoindre le réseau de chaleur du centre de Strasbourg en passant sous le lit du Rhin – son défi technique majeur. Il vise de chauffer dans un premier temps, fin 2027/début 2028, un cumul de 7.000 foyers ce qui suppose de produire 70 gigawattsheures (Gwh) annuels. Un tel seuil implique que d’autres fournisseurs de fumées s’ajoutent à celles des fours de l’aciérie BSW.
Côté utilisateurs, outre une partie de l’agglomération de Strasbourg, la municipalité de Kehl souhaite prélever 12 à 15 Gwh/an d’ici 2032 au titre de son objectif de neutralité climatique en 2040, via sa société d’exploitation conjointe avec Wärme Plus, une filiale de l’énergéticien badois Badenova. Détenu par l’Eurométropole de Strasbourg, la région Grand Est, la Banque des territoires, la Ville de Kehl, le Land de Bade-Wurtemberg et par BSW à la hauteur symbolique d’une action, le capital de la Sem Calorie Kehl s’élève à 4,16 millions d’euros.






.jpg)


.png)
















































