Bordés par les prestigieux terroirs d’Alsace, de Bourgogne et de Champagne, les viticulteurs lorrains viennent de décrocher l’indication géographique protégée tant attendue pour leurs vins effervescents. Celle-ci apporte également un coup de projecteur sur leurs autres appellations régionales : les AOC Côtes de Toul et Vins de Moselle, ainsi que l’IGP Côtes de Meuse.


Comme dit le proverbe, tout vient à point à qui sait attendre. Après dix années de patience, les viticulteurs de Lorraine savourent l’IGP (indication géographique protégée) attribuée ce mois d’octobre par la Commission européenne à leurs vins effervescents. Ces mousseux, produits dans les départements de Moselle, Meurthe-et-Moselle et Meuse, peuvent désormais se prévaloir d’une « IGP Lorraine ».

« Nous pensions que la demande finirait par ne jamais aboutir ! Cette reconnissance devrait augmenter la notoriété de nos produits auprès des négociants, des restaurants, des bars à vins, etc. », se réjouit Angélica Oury, présidente de l’association des Vignerons de Lorraine, l’organisme de défense et de gestion (ODG) constitué en vue de l'obtention de l'appellation  « IGP Lorraine. » La représentante de la cinquantaine de viticulteurs-exploitants du territoire plaide la qualité de ces vins, ainsi que leur technique de fabrication similaire au crémant, avec notamment une seconde fermentation en bouteille.

 

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L’annonce est tombée à pic, le 7 octobre, au moment où les vendanges s’achevaient. Elle conclut un chantier initié en 2014 par l’ancien président de l’ODG, Jean-Marc Liénard, vigneron au domaine de Muzy (Meuse). Les travaux ont pris du retard, notamment en raison du recours déposé fin 2021 par la Fédération nationale des producteurs de crémant, qui exigeait l'annulation de l'arrêté interministériel homologuant le cahier des charges de l’IGP Lorraine…

Amandine Rivière, animatrice au sein de l’ODG, évoque les recherches entreprises alors pour défendre le dossier régional et démontrer l’existence d’une production de vins mousseux en Lorraine depuis plusieurs décennies. « Nous sommes allés jusque dans les mairies pour y dénicher les déclarations de récoltes déposées par les viticulteurs, avec l’objectif de reconstituer les volumes théoriques de productions sur vingt ans, avant les années 2000 », expose-t-elle.

 

Le berceau de l’Auxerrois

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Les vins du Domaine de Muzy (Meuse) ont connu leur heure de gloire en 2016 en étant servis à l’Elysée à l’occasion du centenaire de la bataille de Verdun. © Domaine de Muzy


Au total, 171 communes entrent dans le périmètre de la nouvelle IGP Lorraine. A la tête du Domaine Oury-Schreiber, Angélica Oury ne s’attend toutefois pas à une hausse spectaculaire de la production de mousseux, celle-ci représentant environ un quart de la production totale des viticulteurs lorrains, soit 2.396 hectolitres pour 51,3 hectares de vignes en 2023. Mais la viticultrice se félicite de l’opportunité offerte par cette distinction « de pouvoir planter de nouveaux cépages pour faire des bulles » et ainsi d’augmenter la résistance du vignoble aux maladies. Douze producteurs de raisins, 32 récoltants vinificateurs et trois structures coopératives ou de négoce peuvent y prétendre.

L’indication devrait donner davantage de visibilité aux vins effervescents du petit terroir lorrain coincé entre les beaucoup plus réputés crémants d’Alsace à l’est, les vins de Champagne à l’ouest et les crémants de Bourgogne au sud. L’occasion de valoriser aussi ses trois autres appellations géographiques, parfois difficiles à situer sur une carte pour les non-initiés. Pourtant, à la fin du XIXe siècle, le vignoble lorrain comptait près de 40.000 hectares, trois fois plus qu’en Alsace à la même époque. C’est à cette même période qu’a été inventé le cépage Auxerrois, sur ses terres, à l'Institut viticole de Laquenexy (Moselle).

Toutes les appellations lorraines ont justement en commun ce cépage blanc, ainsi que le pinot noir. La plus méridionale, l’AOC Côtes de Toul, située 50 km à l’ouest de Nancy, est aussi la plus importante. Ses 120 hectares sont notamment connus pour son vin gris, à macération courte, proche du rosé, obtenu par vinification de pinot noir et de gamay. Certains domaines exportent d’ailleurs très bien leur production, aux Etats-Unis notamment.

 

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Vers un crémant trinational ?

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L’AOC Côtes de Toul, la plus importante appellation lorraine, s’étend sur 120 hectares. © Maison Lelievre - Lucey


Plus au nord, sur la même formation géologique, les vins de l’IGP Côtes de Meuse gagnent à être connus, bien que cette petite production (40 hectares) s’écoule assez facilement sur un marché de proximité, avec de très bon relais chez les restaurateurs. Moribond dans les années 1980, le vignoble de Moselle retrouve quant à lui de la vigueur, avec 80 hectares en AOC répartis entre les régions de Metz, la frontière avec le Luxembourg et l’Allemagne, et le secteur de Vic-sur-Seille plus à l’est.

Certains professionnels rêvent même de prolonger l’IGP Lorraine en faisant émerger un pétillant transfrontalier. Avec leurs voisins, ils ont lancé dernièrement un groupement trinational de promotion des vins baptisé « Terroir Moselle » en référence non pas au département français, mais à la rivière Moselle, l'affluent du Rhin qui traverse les trois pays.

Leur ambition : créer un crémant sous une appellation commune. Certes, les vignobles frontaliers sont d’un autre calibre. Comptez 1.300 hectares côté luxembourgeois et 6.000 ha côté allemand dont les blancs du Domaine Egon Müller qui se rangent dans la catégorie des plus chers au monde. Mais que ce soit dans l’Hexagone ou au-delà, les viticulteurs lorrains ont bien l’intention de faire valoir leur singularité.

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