Demain, samedi 9 mars, l’Union des Producteurs et Élaborateurs de Crémants de Bourgogne (UPEC), associée à l’école AgroSup Dijon, organise dans la capitale régionale de Bourgogne-Franche-Comté une vaste dégustation à l’aveugle de crémants de Bourgogne, la quatrième du genre qui met en lumière sa marque collective haut de gamme : les Éminents, élaborés selon un cahier des charges spécifique. Un produit d’avenir, concurrent du célèbre champagne, et qui commence doucement à trouver son marché.

Ils seront, demain samedi 9 mars, pas moins de 150 dégustateurs (40 vins) réunis au grand foyer de l’auditorium de Dijon : une cinquantaine de professionnels et une centaine de consommateurs. L’organisation et l’analyse des résultats ont été confiées aux étudiants en master spécialisé filière vin d’AgroSup Dijon.
L’événement revêt pour la filière à bulles une grande importance car il s’agit d’apprécier ce que l’Union des Producteurs et Élaborateurs de Crémants de Bourgogne (UPECB) entend asseoir économiquement sur le créneau premium de son vin effervescent.

 

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Il s’agit de deux crémants qui bénéficient depuis 2016 d’une dénomination supplémentaire : Éminent et Grand Éminent et sont élaborés à partir d’un cahier des charges spécifique qui leur confèrent une qualité supérieure. Le premier vieillit sur lattes 24 mois, le second, 36 mois. Et si les cépages traditionnels de la Bourgogne règnent en maître dans leur composition (pinot noir et chardonnay), d’autres peuvent venir apporter une touche de finesse ou de caractère : aligoté, gamay et plus rarement pinot blanc, pinot gris, sacy et melon.

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Remueurs automatiques ou gyropalettes chez Veuve Ambal à Beaune : le remuage des bouteilles permet d'amener le dépôt de fermentation vers le goulot ; les impuretés sont ensuite expulsées (le dégorgement) avant le bouchage. © Traces Ecrites.

 

Le crémant le plus exporté de France

Pour la maison Louis Bouillot (Groupe Boisset), implantée à Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or), cette montée en gamme est déterminante dans sa stratégie de croissance, même si le positionnement de ces nouveaux vins prend du temps.
« Le crémant surtout Éminent a un vrai intérêt et commence à convaincre à l’export », explique Marcel Combes, le directeur général de l’entreprise qui revendique une vingtaine de millions d’€ de chiffre d’affaires (+12%), dont 78% à l’international.

 

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Au-delà de cette segmentation, le seul vin effervescent AOC de Bourgogne se porte bien. Et même très bien au sein de 3.660 opérateurs - 2.868 hectares en production - et 138 élaborateurs. « Nous atteignons les 20 millions de bouteilles commercialisées dans 40 pays, soit un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’€ et sommes en croissance légèrement supérieure à 2% chaque année », détaille Pierre du Couëdic, le directeur de l’UPEC. Parmi les pays étrangers les plus acheteurs : les États-Unis, la Scandinavie, le Japon et, depuis peu l’Australie et étonnamment l’Italie, également grande productrice de vins effervescents.

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Machine de dégorgement chez l'élaborateur Louis Picamelot, une opération qui succède au remuage par rotation et inclinaison, pour retirer le dépôt tombé dans le goulot. © Traces Ecrites.
Dans le Jura
L'aire d'appellation du crémant du Jura se superpose à l'identique à celle des Côtes du Jura, d'Arbois, de Château-Chalon et de l'Etoile. On dénombre 336 hectares en production pour une récolte d’environ 17.500 hectolitres. L’AOC a été officialisée en 1995 et commence à se faire une petite place, notamment à l’export avec en cinq ans, pas moins de 5.000 hectolitres commercialisés (+40%). Le reste de la consommation est essentiellement locale. Les cépages autorisés sont le poulsard, le pinot noir, le trousseau, le chardonnay et le savagnin.

En Alsace
Les près de 4.000 hectares en production donnent une année record avec plus de 310.000 hectolitres, soit 41millions de bouteilles. Un crémant sur deux vendu en France provient d’Alsace et ce seul vin effervescent du cru pèse 27% de toutes les AOC de cette riche région viticole. Consommé pour la marché intérieur essentiellement en Alsace, il s’exporte très bien. Les trois pays les plus demandeurs sont la Belgique, l’Allemagne et les Etats-Unis. Comme en Bourgogne, une segmentation existe avec la cuvée du syndicat, baptisée « Émotion, l’excellence du crémant d’Alsace », qui bénéficie d’un vieillissement de 24 mois.
Qui est Pierre du Couëdic ?

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© Thierry Gaudillère.
Eh bien non, malgré son nom, le directeur de l’Union des Producteurs et Élaborateurs de Crémants de Bourgogne (UPECB) ne vient pas de Bretagne, mais de Mercurey (Saône-et-Loire), où il est né il y a 46 ans. Titulaire d’un master (DEA) en droit rural, Pierre du Couëdic travaille déjà à l’Université de Lyon parmi la communauté des chercheurs. L’UPECB le recrute ensuite pour se donner une identité propre au sein du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB). Il lui a fallu structurer la filière, réformer l’agrément, travailler à construire un observatoire économique, œuvrer avec le centre technique de l’interprofession sur la matériel végétal notamment. « N’oublions pas non plus l’affectation parcellaire et la réserve interprofessionnelle qui veut qu’une année faste en récolte, on conserve du stock pour l’avenir », explique-t-il. Sans oublier aujourd’hui cette marque collective : les Éminents qui fait mousser la montée en gamme.

 

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