Six projets innovants portés par de jeunes sociétés ou par des laboratoires de recherche dans les technologies médicales ont été récompensés fin juin par la Fondation Force, qui leur a octroyé des fonds bienvenus pour leur développement. Ils démontrent et confirment la richesse du potentiel dans ces matières autour des expertises académiques de l'agglomération de Strasbourg.


Le financement du développement de jeunes entreprises innovantes dans la santé voit émerger en Alsace un acteur de plus en plus conséquent, en la personne de « Force. » Se voulant complémentaire des dispositifs publics ou privés, il s’en distingue d’abord par son statut : une fondation. Créée en 1991 par l’industriel Robert Lohr, elle se positionne sur des créneaux relativement ciblés : la réponse aux pandémies, le traitement des maladies infectieuses, les enjeux de santé environnementale, les progrès de la médecine personnalisée, l’incorporation bénéfique des nouvelles technologies de l’information-communication et du digital.

Ce qui laisse quand même ouvert un champ assez large, mais bien circonscrit sur le plan géographique. « Nous nous positionnons comme une structure au service des développements en Alsace. Cette vocation territorialisée forme notre caractéristique principale, et elle est unique en France », déclare le président de la Fondation Force, le professeur Jean Sibilia, rhumatologue de renom.

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Que la structure ait trouvé sa place, cette phrase en atteste : « La Fondation est désormais un acteur majeur au sein de l’écosystème des chercheurs et entrepreneurs innovants. » L’identité de celui qui la prononce lui donne tout son poids : il s’agit du professeur strasbourgeois Jules Hoffmann, prix Nobel de médecine 2011. Il préside le conseil scientifique de la Fondation, l'organe chargé de la sélection des projets.

Ce processus a débouché depuis 2018 - année de relance de la structure qui avait traversé une crise de gouvernance - sur le soutien à 18 dossiers pour un montant cumulé de 4,2 millions d’euros. Dévoilé en juin, le « millésime » 2024 en compte six pour un total de financements de 660.000 euros. A partir de 30 candidatures reçues dont 27 instruites, ce qui souligne la sévérité de la sélection.

 

Virologie, maladie de Crohn, cancer du foie…

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Le projet soutenu conduit par le laboratoire I-Cube de Strasbourg porte sur la thérapie par ultrasons focalisés sous guidage par IRM. © I-Cube

 

Parmi les heureux élus, le Strasbourgeois Brightsens Diagnostics se dédie à la virologie et l’oncologie, avec son projet « EasyBright » de kits de dépistage, de diagnostic et de suivi de patients reposant sur une technologie à base de nanoparticules fluorescentes. Selon son codirigeant John Volke, l’innovation mise au point « apporte une réponse aux limites des techniques PCR » qui ont fait florès lors du Covid mais ne peuvent répondre à toutes les situations. L’équipe de 8 personnes, déjà lauréate du concours national d'innovation I-Lab en 2022 et ayant levé 2,5 millions d’euros de fonds, a déposé quatre brevets, « produits de dix ans de recherche académique passée au stade entrepreneurial », poursuit Jon Volke.

Autre lauréat 2024, l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien de Strasbourg développe une nouvelle approche de prise en charge des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (les « Mici ») « permettant des interventions nutritionnelles de précision. » En jeu en premier lieu : le traitement de la maladie de Crohn pour laquelle il n’existe pas de médicaments. « Nous avons identifié 10 solutions de compléments alimentaires que nous testons sur des patients en vue de mieux déterminer ceux sur lesquels ils exercent un effet efficace. Nous avançons pas à pas, par identification de marqueurs, avec le souci d’accélérer, ce que le soutien de la Fondation Force rendra possible », commente le porteur du projet Dimitri Heintz.

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A l’université de Strasbourg, le projet NizaPrev piloté par la chercheuse Emilie Crouchet planche sur la nizatidine, un inhibiteur du récepteur qui peut aboutir, in fine, à détecter le cancer du foie, et donc à tenter de le prévenir.
Là encore, l’enjeu du moment concerne la caractérisation des patients. « Nous cherchons de nouveaux biomarqueurs, non invasifs, pour le suivi du traitement et la stratification (la répartition entre différents groupes, Ndlr) des patients à risque », expose Emilie Crouchet. L’aide de la Fondation Force doit contribuer à maîtriser les coûts de tels travaux.

 

Des ultrasons contre le cancer du pancréas

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 Les différentes équipes des projets lauréats 2024 ont été réunies en juin pour la remise de leurs prix, autour du professeur Jules Hoffmann (tenant la canne), prix Nobel de médecine et président du conseil scientifique de la Fondation Force. © Nicolas Dietrich


Au sein du laboratoire strasbourgeois ICube commun à l’université de Strasbourg, au CNRS et à l’Inserm, ce sont les « ultrasons focalisés » (FUS en anglais) qui mobilisent les travaux soutenus par Force, en association avec un consortium plus large de laboratoires, Techno-FUS. Ces ultrasons permettent la destruction de tissus, donc de ceux non désirés comme les cancéreux, en les brûlant ou encore en les vaporisant à leur contact, tout en permettant la délivrance de médicaments de façon très localisée. « Cette technique non invasive, mais qui requiert alors d’être associée de l’imagerie pour savoir ce qui se passe, nous l’avons appliquée en première nationale en France à des problèmes musculo-squelettiques, expose Jonathan Vappou, l’un des chercheurs impliqués. Nous travaillons désormais à l'élargissement à d’autres cibles, comme le pancréas pour franchir [l’obstacle] du stroma », un ensemble de cellules où se logent les tumeurs cancéreuses.


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« Superbranche »
, de son côté, désigne le développement préclinique d’une plateforme technologique à base de nanoparticules magnétiques, comme outil de diagnostic et suivi des « médicaments de thérapies innovantes », terme qui recouvre les cellules souches ou encore les immunothérapies. Un autre volet concerne les effets secondaires de ces thérapies, de sorte à améliorer la prédiction et à diminuer les effets secondaires. Cette société essaime de l’Institut de science et d’ingénierie supramoléculaires (Isis) de Strasbourg.

 

L’IA en renfort pour la quête des biomarqueurs

Quant à Surgecare, cette société développe une plateforme technologique, SurgeLab. Elle a entrepris le chemin inverse de celui (trop) souvent emprunté : ses créateurs, français, se sont rencontrés à la prestigieuse université californienne Stanford (où ils gardent un pied) mais ont cherché une implantation en France pour leur passage en mode entrepreneurial. « La qualité qui nous a été présentée de l’écosystème strasbourgeois nous a convaincus », témoigne Julien Hedou cofondateur avec Brice Gaudillière. Basée à Illkirch (Bas-Rhin), Surgecare planche sur l’identification de biomarqueurs avec le recours à l’IA en chirurgie, en suivi de grossesse « et avec la perspective d’ouvrir à d’autres cibles thérapeutiques », selon le dirigeant.

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La société constitue ainsi une banque de données visant à déchiffrer le plus précisément le système immunitaire de chaque patient. Mise à disposition d’utilisateurs extérieurs et aussi pour le propre usage de Surgecare, elle devrait être pleinement opérationnelle cet été. La société a déjà levé 2,5 millions d’euros, puis 7 millions en mars dernier auprès du fonds Eurazeo et d’autres investisseurs, « ce qui donne une visibilité jusqu’à mi-2026 », poursuit Julien Hedou. Comptant 12 salariés, elle prévoit de dégager un premier chiffre d’affaires cette année.

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