Nouvel acteur du ferroviaire, Kevin Speed a identifié le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté pour déployer son concept, le transport à grande vitesse mais à prix mini pour l’ « usager du quotidien », avec arrêt systématique dans toutes les gares intermédiaires. Paris-Strasbourg et Paris-Lyon doivent en effet lancer l’offre d’ici trois ans, outre une liaison de la capitale à Lille. Le projet repose aussi sur la création de sites de maintenance du matériel dans certaines de ces gares en chemin. Le Creusot (Saône-et-Loire) est sur la liste, pour une centaine d’emplois au moins.
Le TGV « à petits prix » va passer par la Saône-et-Loire et il fera plus qu’y marquer des arrêts. Kevin Speed, le nouvel acteur du ferroviaire porteur de ce concept, installera une halle de maintenance le long de la ligne Paris-Lyon qui fait partie de ses cibles prioritaires. Sauf rebondissement en effet, l’infrastructure se localisera au Creusot (Saône-et-Loire), et plus précisément dans la zone d’activités Coriolis attenante à la gare TGV de Torcy.
« Tel est bien le lieu à l’étude », déclare à Traces Ecrites Laurent Fourtune, le président-fondateur de Kevin Speed, confirmant une information distillée 18 juillet dernier lors d’une visite de la zone par David Marti, le président de la communauté urbaine Creusot-Montceau. Ce projet doit créer « plus de 100 emplois » qui seraient concentrés sur un terrain de 2 hectares et dans environ 4.000 m2 bâtis, au début des années 2030. Le calendrier visé par Kevin Speed prévoit la conduite des études et des procédures administratives (dépôt de demande de permis) dans le courant de l’année prochaine, de façon à démarrer en 2027 ou 2028 les travaux « d’une durée prévisionnelle de cinq ans », selon le dirigeant.
Certes, la zone Coriolis a déjà attiré récemment des projets industriels de plus grande envergure en terme de ressources humaines (voir ci-dessous), mais le dossier en question fait partie de ceux qui s’inscrivent dans l’économie du futur, teintée d’une certaine audace. Avec le Transalpin Trenitalia, l’Espagnol Renfe et Proxima une autre start-up française, Kevin Speed fait partie de ces nouveaux venus qui entendent tailler des croupières à la SNCF. Lui a focalisé ses ambitions sur la transposition au train du modèle « low cost » de l’avion, pour son application à trois liaisons TGV : Paris-Lille, Paris-Strasbourg et Paris-Lyon. A des prix d’appels annoncés à partir de 3 ou 5 euros !

Sous le nom « ilisto » contraction d'illico presto, le service prévu consiste à offrir un niveau de confort de sièges minimal certes mais assez basique, à un public dont Laurent Fourtune estime que son besoin ne se situe pas dans la recherche d'une pléthore de services. « Nous visons l’usager du quotidien », concrètement, « l’actif qui effectue plusieurs fois par semaine ou très régulièrement dans l’année un trajet de pas plus de deux heures et quelques minutes. Il attend avant tout une prise électrique et une connexion Wifi pour pouvoir travailler », décrit l’entrepreneur.
La durée ciblée explique le choix des trois destinations. Sans que l’écart soit abyssal, le temps de trajet est prévu légèrement supérieur aux meilleures performances des TGV Inoui ou Ouigo de la SNCF. Et pour cause. Un volet majeur d’ « ilisto » réside dans le fait que l’ensemble des gares « intermédiaires » sera desservi : à savoir Bezannes près de Reims pour la Champagne-Ardenne, Meuse TGV et Lorraine TGV (Louvigny en Moselle) entre la capitale et Strasbourg. Et sur le trajet depuis et vers Lyon, Le Creusot-Montchanin-Montceau ainsi que Mâcon-Loché. Ceci de façon systématique, selon un cadencement à l’heure de 6 h à 22 h soit 16 trajets par jour - un accord-cadre a été signé l’an dernier dans ce but avec SNCF Réseau pour la réservation de sillons. Les élus du Creusot-Montceau espèrent de cette nouvelle offre alternative un doublement de la fréquentation de la gare TGV, de sorte à la faire passer à 1,5 million de voyageurs annuels.
Des trains Alstom
Une telle solution « inspirée des modèles allemand et japonais » répond à un enjeu d’aménagement du territoire mais d’abord, selon Laurent Fourtune, à une « pertinence économique » aboutissant à mieux remplir les trains. Au nombre d’une vingtaine, ceux-ci seront de fabrication Alstom, dans une déclinaison de la gamme Avelia qui sera conçue pour minimiser le temps d’arrêt. La confection de ses bogies semble promise au site du Creusot de même que celle des moteurs à Ornans (Doubs), le lieu pour les rames reste à choisir.
Les trois lignes compteront donc leur halle (ou « abri ») de maintenance. Le nouvel opérateur a pris le parti de laisser les élus locaux dévoiler le site respectif, Le Creusot via David Marti est ainsi le premier à « tirer ». Mais chacune de ces infrastructures prendra bien place près d’une gare intermédiaire : « le modèle d’un technicentre dans ou en périphérie d’une métropole (l’approche historique de la SNCF) n’est pas celui adapté à la réalité du XXIème siècle », estime Laurent Fourtune.
Les emplois attendus porteront sur la conduite de trains et les métiers de la métallurgie ou de l’électrotechnique, pour lesquels le bassin du Creusot-Montceau, bastion de la maintenance ferroviaire, « dispose des ressources nécessaires », selon le dirigeant.
La construction de l’installation sera une petite goutte dans le vaste investissement global annoncé par Kevin Speed : 1 milliard d’euros pour la mise en circulation commerciale à partir de 2028. Créé par quatre personnes expérimentées du transport, ce nouvel entrant sur le marché du ferroviaire prévoit de désigner début 2026 le ou les consortiums d’études et travaux (conception-réalisation). Son plan de financement se fonde sur le principe « deux-tiers d’endettement » et un tiers d’investissements en fonds propres.

La zone Coriolis aménagée par la Communauté urbaine Creusot-Montceau et son bras armé économique la SEMCIB se remplit bien. Déjà occupés notamment par une plateforme logistique de la chaîne discount Lidl, ses 40 hectares vont voir l’arrivée, avant Kevin Speed, du joaillier MCGP et de la start-up du nucléaire Jimmy Energy. Le premier qui était à la recherche de 4 hectares a choisi le site comme troisième lieu d’implantation après Toulon-sur-Allier près de Moulins (Allier) et Besançon (Doubs), à mi-chemin de ces deux usines. Les travaux de construction doivent démarrer cet automne dans le but d'accueillir un premier effectif de 50 personnes et monter progressivement à 350.
Quant à Jimmy Energy, il entend occuper 12 hectares en trois phases d’ici 2028 pour la confection des petits réacteurs modulaires les SMR, en commençant par un atelier de mécanique générale, puis une ligne d’assemblage et la fabrication du combustible. Quelque 300 emplois sont prévus.
Une extension de 10 hectares s’invite dès lors à l’ordre du jour pour Coriolis. La zone a été présentée le 18 juillet au président de France Industrie, Alexandre Saubot, par David Marti et le député Sébastien Martin lors d’une tournée en Saône-et-Loire. Celle-ci a également fait étape sur le site Valerius de reconversion de la friche Konecranes à Saint-Vallier et sur l’incontournable zone SaôneOr de l’après-Kodak en périphérie de Chalon-sur-Saône.












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