En même temps que ses 50 ans, l’entreprise de Vénarey-les-Laumes en Côte-d’Or aborde un nouveau cycle de développement cette année. Fabricante de tubes à haute valeur ajoutée destinés majoritairement au secteur nucléaire, la société d'une centaine de personnes érige aujourd’hui la montée des compétences comme un axe stratégique central. En lien avec l’UIMM départementale, elle a organisé la semaine dernière un « Training Week », une semaine entière de formation de salariés et de candidats à l’embauche, pour accompagner un programme d’investissement de 2,5 millions d’euros.

Vice-président France de Neotiss et directeur de son site de Vénarey-les-Laumes dans le Nord de la Côte-d’Or, Farid Ajaaoun pose d’emblée l’enjeu des ressources humaines et son lien intime avec le développement industriel de ce fabricant de tubes techniques. « Nous sommes situés sur un territoire où les compétences industrielles sont rares et très convoitées. Former, fidéliser et anticiper est devenu vital » déclare-t-il.

L’entreprise emploie aujourd’hui un peu plus de 100 salariés permanents, auxquels s’ajoutent une vingtaine d’intérimaires, soit 120 personnes au total. Cet effectif enregistre une nette progression :  fin 2023 la société comptait 87 collaborateurs, intérim compris. « Depuis 2024, nous avons recruté 29 nouvelles personnes, soit près d’un tiers de l’effectif en deux ans. C’est considérable ! », souligne le dirigeant, lui-même arrivé en 2023.

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L’évolution est liée à divers facteurs avec des départs à la retraite, une réorganisation interne, mais aussi une augmentation de l’activité. Pour 2025, l’entreprise prévoit encore 16 embauches de nouveaux soudeurs, électromécaniciens, ingénieurs méthodes, techniciens informatiques ou agents qualité. « Si nous trouvions dix soudeurs, nous les prendrions tous. Mais on ne naît pas soudeur, on le devient, avec le potentiel et la formation adéquats », poursuit Farid Ajaaoun.  

C’est dans ce contexte porteur que Neotiss a organisé une « Training Week » du 5 au 9 janvier, en partenariat avec l’UIMM Côte-d’Or (Union des industries et métiers de la métallurgie) et plusieurs acteurs de la filière sur son site industriel. Pendant une semaine, l’usine a volontairement ralenti sa cadence afin de laisser place à la formation des derniers recrutés, ou potentiels salariés identifiés pour un recrutement. Pour l’événement, le site s’est réagencé en différents ateliers : soudure, ailetage, ceintreurs, contrôles non destructifs, mais aussi les fonctions supports avec des sessions théoriques et pratiques. Celles-ci ont porté également sur la RSE, la sécurité, l’ergonomie-prévention des troubles musculosquelettiques.

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La "Training Week" a alterné des sessions de formation dans les ateliers de production et en salle, comme ci-dessus pour la métrologie.

Depuis 2023, l’entreprise a structuré un système de compagnonnage avec des experts en interne qui initient les nouveaux arrivés. Pour la Training week, elle s’appuie aussi sur l’écosystème local en matière de formation avec l’école de production Industrie 21 créée par l’UIMM, le lycée professionnel voisin de Montbard et le Greta 21. Des entreprises partenaires de la Metal Valley sont également présentes former les équipes, ainsi que des représentants d’EDF.

« La training week c’est un accélérateur de formation. Nous anticipons les besoins de demain, de sorte à pouvoir intégrer sereinement les nouveaux arrivants », explique le dirigeant. Initialement,  cette semaine devait être organisée plus tôt en 2025, mais l’entreprise a connu à cette période des difficultés d’approvisionnement rectifiés en fin d’année. Ainsi, sur les 25 millions d’euros de son chiffre d’affaires de l’exercice écoulés, 14 millions ont été enregistrés sur le seul mois de décembre.  

Des interrogations sur le potentiel de marché américain 

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L'usine de Venarey-les-Laumes (Côte-d'Or) qui fabrique des tubes de haute valeur ajoutée, va célébrer ses 50 ans en juin prochain.

L’accroissement d’activités n’entraîne pas qu’une campagne d’embauches, elle déclenche aussi de nouveaux investissements. Le programme 2026-2027 se monte à 2,5 millions d’euros, soutenus à hauteur de 10 % par le Fonds vert de l’Etat. Il comprend notamment la duplication d’une ligne laser, la modernisation des armoires électriques, l’amélioration des contrôles non destructifs et l’intégration d’une troisième aileteuse dans sa production. Le plan d’investissement «  va nous permettre de doubler notre capacité en sortie de ligne, mais aussi de dégager du temps pour la recherche et développement », explique Farid Ajaaoun. Neotiss Venarey-les-Laumes pourra ainsi développer une fonction d’ailetage (*) à l’intérieur des tuyaux et non plus seulement à l’extérieur.

Aujourd’hui, le nucléaire concentre 95 % de l’activité du site côte-d’orien, dont 62 % du chiffre d’affaires est réalisé auprès de clients français, potentiellement exportateurs. Sur le plan international, l’entreprise doit jongler avec les fluctuations d'un secteur de débouchés qui fonctionne par projet. Les États-Unis ont représenté 7 % du chiffre d’affaires en 2025 alors que le marché était inexistant deux ans plus tôt, tandis que la part de la Chine est tombée à 8 %, après avoir dépassé 20 % en 2023. Le développement américain reste toutefois suspendu aux interrogations sur les taxes douanières de l’administration Trump. Dans cette hypothèse-là, Neotiss risque de se retrouver en concurrence avec les entreprises états-uniennes.

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Farid Ajaaoun, vice-président France de Neotiss qualifie de "vitale" la montée en formation du personnel du site côte-d'orien.

Afin de conforter sa progression et réduire sa dépendance au nucléaire, l’entreprise mise sur l’aéronautique en particulier. Des discussions avancées sont en cours avec Airbus, et après plusieurs audits et qualifications, Neotiss pourrait bien s’offrir cette diversification pour son anniversaire : l’entreprise de Vénarey fêtera ses 50 ans en juin prochain.  

(*) procédé de déformation à froid de tubes pour le revêtir d’ailettes

Photos fournies par l'entreprise

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