Le groupe industriel basé à Grandvillars (Territoire de Belfort) cède sa division d’équipements médicaux, qu’il avait créée en diversification de l’automobile et de l’aéronautique, de sorte à se recentrer sur ses deux métiers historiques. Son programme à présent consiste à répondre à la forte croissance de Lisi Aerospace et à adapter le moins douloureusement possible à ses mutations la branche « Automotive » qui concentre ses capacités de production du Nord Franche-Comté.

Marcher sur deux jambes plutôt que sur trois. Le groupe franc-comtois Lisi adopte cette posture pour poursuivre son chemin. Ce 3 novembre, il a finalisé la cession de sa division Medical, la plus récente et la plus petite (un peu moins de 10 % du chiffre d’affaires) de son ensemble de solutions tournées par ailleurs vers l’aéronautique (logées dans Lisi Aerospace) et l’automobile.

Constat a été dressé que cette branche qui faisait sens à sa constitution au début des années 2010, par des acquisitions en France (notamment Benoist-Girard à Caen en Normandie) et aux Etats-Unis, obéit à des paramètres s’étant progressivement éloignés de ceux de ses deux « sœurs », expose en substance Emmanuel Viellard. « Cette activité présente des points communs avec nos autres, en terme de matières premières, de fournisseurs et de technologies comme la forge. La synergie a été effective dans un premier temps. Mais passer à une dimension supérieure nous met en concurrence avec des fonds d’investissements aux logiques différentes de notre approche d’industriel de long terme. Eux sont capables de mobiliser les lourds moyens financiers que ne peut se permette un groupe comme le nôtre qui a deux branches à faire tourner par ailleurs », détaille le directeur général de Lisi Group.

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Les moyens à mobiliser, pour de la croissance externe notamment, se chiffrent en « centaines de millions d’euros », précise-t-il. Dans ce contexte, le choix a été fait d’intégrer Lisi Medical à un tel fonds. La vente s’est opérée en quelques mois, délai plutôt court pour une telle transaction, auprès de l’Américain SK Capital. Celui-ci reprend ainsi, sous le nouveau nom Precera Medical, l’appareil industriel constitué de quatre sites pour un effectif de 857 salariés et un chiffre d’affaires de 185 millions d’euros, et dédié à la production et au conditionnement de pièces en métal (titane, cuivre, acier inox…) pour la reconstruction des articulations (hanche, genou, épaule) et de la colonne vertébrale, ou encore pour la chirurgie mini-invasive.

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L'activité vendue est dédiée notamment à la production et au conditionnement de pièces en métal pour la reconstruction des articulations (hanche, genou, épaule).

Le précédent propriétaire ne se désintéresse pas de son ex-branche, en bonne santé bien qu’en recul considéré comme temporaire d’1,8 % de son chiffre d’affaires sur les trois premiers trimestres de 2025. Lisi conserve en effet près de 10 % du capital de Precera Medical, dans une perspective financière également, en tablant sur la plus-value prévisible d’une probable nouvelle revente dans quelques années.

Dans le même registre, la cession est aussi présentée comme un facteur de « désendettement » du groupe. La dette financière a augmenté (520 millions d’euros à mi-2025), une évolution à lire de façon positive, souligne Emmanuel Viellard : elle traduit avant tout la mobilisation de moyens qu’induit la forte progression de Lisi Aerospace.

La croissance d’Aerospace plus forte que la cession de Medical

Le groupe saisit à plein les opportunités de commandes des constructeurs aéronautiques, Airbus pour ses sites européens et Boeing en Amérique du Nord, au bénéfice de ses offres de fixations et composants de structure. Représentée à Bologne (Haute-Marne), la division a vu son chiffre d’affaires bondir de 19 % sur un an au troisième trimestre – après déjà  un + 20,7 % en 2024 – pour parvenir à un montant de 883 millions d’euros représentant 61 % du total du groupe (*).  

 

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La visibilité est conséquente : « Entre le remplacement d’ampleur inédite de 18.000 avions arrivant en fin de vie (soit 70 % de ceux en circulation) et le renforcement de la flotte, le marché totalise 40.000 appareils à construire en dix ans dans le monde », évalue Emmanuel Viellard. Sans compter la demande militaire. « Les 200 millions d’euros d’augmentation du chiffre d’affaires Aerospace que nous enregistrons sur l’année compensent à eux seuls la sortie de l’activité médicale », signale le dirigeant.

Les perspectives sont bien sûr moins radieuses pour l’industrie automobile, qui apporte la charge de travail aux usines nord-franc-comtoises du groupe pluricentenaire. Grandvillars au siège pour les fils, Delle dans le Territoire de Belfort et Dasle (Doubs) pour les fixations, Lure (outillages de fixations) et Melisey (composants mécaniques de sûreté) en Haute-Saône emploient au cumul un millier de salariés, soit 10 % du personnel du groupe. Certes, Lisi Automotive a regonflé son chiffre d’affaires de près de 4 % au troisième trimestre, mais l’embellie n’est que passagère. Elle provient « d’adaptations de capacités de production des constructeurs » qui font prévoir au directeur général un nouveau recul d’octobre à décembre.

La conversion d’Automotive à l’électrique confirmée 

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L'usine de pièces de fixation de Delle (Territoire de Belfort) a bénéficié d'un investissement de 15 millions d'euros dans les dernières années. Elle constitue un fer de lance de la conversion des activités d'équipement automobile à l'électrification des véhicules.

 Lisi fait le dos rond, lesté de quelques « outils » pour ne pas trop en souffrir de ce contexte. « Nos produits ont tendance à surperformer, nous faisons preuve de résilience et d'anticipation de l'électrification du parc de véhicules », affirme Emmanuel Viellard. Entamé depuis quelques années, en particulier sur l’étanchéification des packs de batteries contre l’échauffement et sur les systèmes de freinage, le mouvement se poursuit, sans perdre de son intensité. Si l’équipementier franc-comtois se garde la possibilité de réagir à un retournement de législation européenne en faveur du moteur thermique, il n’y croit pas trop. « Sur le long terme, on va vers l’électrique », analyse son directeur général.

C’est donc autour de ces technologies – l’hydrogène n’est pas à l’ordre du jour – que s’organisent les adaptations de l’appareil productif avec les investissements correspondants, dernièrement à Dasle pour les supports de moteurs. L’entité Lisi Former à Delle, quant à elle, avait bénéficié d’une enveloppe de 15 millions d’euros au début de la décennie, en sortie de crise sanitaire. Si la part de l’équipement automobile se réduit en comparaison de l’aéronautique (30 % à fin septembre, chiffre d'affaires de 429 millions d’euros en baisse annuelle de 4 %), « notre confiance en lui demeure », assure Emmanuel Viellard qui en veut pour preuve une « petite » acquisition opérée cet été en Hongrie.

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Le siège de Grandvillars (Territoire du Belfort), où sont produits également les fils pour les autres usines de Lisi Automotive.

Le groupe en ferait-il de même en France ? C’est à voir. Certes, le par ailleurs président du Medef - Territoires Franc-Comtois proclame son « patriotisme » et confirme les usines du Nord-Franche-Comté comme des piliers stratégiques. Mais il ne cache pas son aversion au « concours Lépine » des taxations des entreprises et le fait que le versement mobilité que prévoit la région Bourgogne-Franche-Comté lui reste en travers de la gorge. « Sur l’ensemble de la France, nous allons payer 20 millions d’euros d’impôts de production qu’aucun autre de nos 15 pays d'implantation dans le monde ne met en place », déclare Emmanuel Viellard. « La bonne réponse aux difficultés des entreprises, c’est l’allègement de la fiscalité comme l’a décidé l’Allemagne, non son alourdissement », ajoute-t-il, avant de lancer, en guise d’alerte : « Je ne vais pas diriger l’investissement là où l’impôt augmente. »  

(*) Sur le dernier exercice complet de 2024, le chiffre d’affaires de Lisi s’est établi à 1,794 milliard d'euros dont 58 % dans l'aéronautique, 32 % dans l'automobile et 10 % dans le médical, pour un bénéfice opérationnel courant de 85,7 millions d'euros. Le groupe employait 10.262 salariés à fin 2024.

Photos fournies par l'entreprise

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