Les deux sociétés ont scellé un partenariat qui évoque l'emboîtement parfait entre les pièces d’un puzzle. La start-up Recycle de Mulhouse apporte ses compétences et moyens de ramassage de petits volumes de déchets alimentaires à la PME déjà très organisée dans la récupération auprès de plus gros producteurs. Venant d’Alsace et du Nord Franche-Comté, les restes rejoignent ensuite les méthaniseurs d’Agrivalor Energie pour devenir des fertilisants agricoles, ou du biogaz.

D’un côté un collecteur, de l’autre un recycleur.  L’union opérationnelle dans le domaine des biodéchets que scellent Agrivalor Energie et Recycle a quelque chose de naturel. La première société, qui possède des installations de compostage et de méthanisation en Alsace, noue un partenariat avec la seconde, une start-up s’étant positionnée sur la récupération de déchets alimentaires en petite quantité.

Soit exactement le « trou dans la raquette » d’Agrivalor Energie. « Notre flotte de 20 camions de 19 tonnes est dimensionnée pour transporter des bacs de 120 à 600 litres. De tels volumes conviennent aux gros producteurs de biodéchets que constituent des restaurants, des cantines scolaires, des cuisines centrales, des hôpitaux et autres établissements de santé ou encore les grandes surfaces et les industries agroalimentaires », expose Noël Adam, le directeur général d’Agrivalor Energie. « Mais il existe toute une série de structures qui se situent sous ce seuil, et qui ne trouvent pas intérêt à s’équiper en contenants de 120 litres qu’ils mettront un mois ou plus encore à remplir », poursuit-il.

 

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Les exemples sont nombreux : des hôtels ne servant que des petits-déjeuners, mais aussi toutes les entreprises qui peuvent se contenter d’une petite cuisine, leur taille ou leur organisation ne justifiant pas une grande cantine. Autres cas de figure : des restaurateurs de centre-ville, dont l’accès est difficile voire désormais interdit aux camions, ou les organisateurs d’événements, aux besoins ponctuels.

Pour capter ces gisements complémentaires, le valorisateur alsacien a fait appel à une compétence externe. Depuis un peu plus de deux ans, la start-up Recycle de Mulhouse (Haut-Rhin) a justement fait des petites volumes de biodéchets sa spécialité. « Nous proposons des contenants de 22 litres, à raison d’un ou plusieurs par client, que nous récupérons grâce à nos deux camionnettes qui tournent sur le territoire régional », décrit Téo Valero, le fondateur de la jeune société de 5 personnes (chiffre d’affaires non communiqué).

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Agrivalor Energie a été une pionnière de la méthanisation agricole, à partir de 2003 à Ribeauvillé (Haut-Rhin). © Agrivalor

Celle-ci va donc apporter au partenariat ses capacités, de l’ordre de « 3 tonnes par semaine » soit 150 tonnes par an, récupérées auprès de 150 sites localisés du Nord Franche-Comté au nord de l’Alsace, principalement dans les agglomérations : Montbéliard, Belfort, Mulhouse, Strasbourg. Sur le plan quantitatif, ces volumes pèsent peu par rapport aux 32.000 tonnes annuelles de biodéchets qu’Agrivalor Energie cherche elle-même pour ses installations de valorisation. Mais ils sont appelés à grandir et permettent de suivre un mouvement, lié à la règlementation pour le recyclage des biodéchets – et donc la diminution de leur présence dans la poubelle des ordures ménagères – ainsi à une tendance de fond : « Les entreprises en particulier font de cette question un élément de leur politique de RSE. Nous nous positionnons ainsi pour le capter », déclare Noël Adam.

Ainsi, selon le dirigeant d’Agrivalor, « le partenariat consistant à associer notre expertise industrielle à l’agilité opérationnelle de Recycle répond à un besoin concret du terrain, celui d’une solution souple et agile qui renforce les circuits courts. » De même, pour Téo Valero, « notre ambition est d’offrir un service modulable et réactif qui permette à tous d’intégrer la valorisation des déchets organiques dans leur quotidien. »

Un centre de regroupement près de Belfort 

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Téo Valero, fondateur de Recycle (au centre), entouré de Noël Adam, directeur général d'Agrivalor Energie (à droite) et Patrick van der Meijden, associé dans la même société. © Agrivalor Energie

Les biodéchets rejoignent, en fonction de leur origine, le méthaniseur d’Agrivalor Energie à Ribeauvillé au centre de l’Alsace, ou dans une moindre mesure celui de Marlenheim (Bas-Rhin) exploité par la SAS Metha’co une autre partenaire. Equipées d’un déconditionneur de retrait des emballages, ces installations produisent des fertilisants agricoles liquides et du biogaz. A Ribeauvillé, celui-ci est transformé par cogénération en électricité injectée dans le réseau et cette installation produit aussi de la chaleur pour la ferme limitrophe et pour le casino Barrière de la commune viticole touristique.

Afin de « massifier » les ramassages et éviter ainsi une accumulation de navettes de camions, Agrivalor Energie va mettre en service en fin d’année un centre de transit à Danjoutin (Territoire de Belfort) pour le Nord Franche-Comté. Agrivalor Energie produit par ailleurs du compost normé pour l’épandage agricole à partir des 65.000 tonnes annuelles de déchets verts, dans cinq centres dédiés dans le Haut-Rhin, à Hirsingue, Wittenheim, Sainte-Croix-en-Plaine, ainsi qu'à Eguisheim et Bergheim au cœur du vignoble.

Ses actionnaires bouclent ainsi la boucle : Noël Adam, Philippe Meinrad et René van der Meijden sont des exploitants agricoles dans les céréales. Ils se sont lancés il y a une vingtaine d’années dans le recyclage en matière pour les déchets liés à leurs activités. Leur positionnement alors pionnier a engendré une société devenue une solide PME : les 35 salariés d’Agrivalor Energie sont à l’origine d’un chiffre d’affaires annuel de 12 millions d’euros.

 

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