Sur l’ancien carreau de mine de potasse de Wittenheim (Haut-Rhin), la plateforme de compostage de Suez Organique est devenue l’une des plus grandes de l’Est. Proche des activités économiques et des riverains, elle vient d’investir plus d’1 million d’euros afin de limiter les odeurs provoquées par la fermentation de son autre matière de base, les boues de station d’épuration.


Du passé minier dont il a hérité, Anna Compost a tiré son nom, emprunté à celui de l’ancien carreau à Wittenheim (Haut-Rhin) d’où fut extraite la potasse. Il en a surtout récupéré la largesse foncière : étendu sur 7 hectares dont la moitié effectivement aménagée aujourd’hui, le site forme l’une des plus importantes plateformes de compostage de l’Est de la France. Il transforme chaque année près de 27.500 tonnes de déchets organiques.

Ce vaste pôle vient de bénéficier d’un programme de rénovation d’un montant d’1,3 million d’euros de la part de son propriétaire, le groupe Suez. Le spécialiste des services à l'environnement a inauguré, ce 8 octobre, le volet principal de cet investissement : le système de récupération et d’évacuation, au moyen d’un biofiltre, de l’air  issu de la fermentation des boues de station d’épuration. Une matière « réputée » pour ses odeurs qu’il s’agit d’atténuer au maximum, a fortiori sur un tel site qui - autre effet du façonnage de territoires par la mine - se localise à proximité de l’urbanisation : les habitations et, de façon immédiatement limitrophe, les zones commerciales majeures de la périphérie de Mulhouse que constituent le Carreau Anna et le Kaligone de Kingersheim.

 

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La nouvelle installation anti-nuisances olfactives repose sur six gros ventilateurs dédiés à chacun des tas, les andains, de boues qui sont stockées et régulièrement retournées dans le bâtiment concerné. L’aspiration qu’ils créent génère une vapeur d’air vicié qui est aspirée vers le haut, sous la toiture. De là, un tuyau achemine vers le biofiltre dont les composants organiques vont épurer l’air, avant de l’éjecter par le haut dans l'atmosphère au moyen d'un « éolage », une sorte de grosse conduite, « à la manière d’une turbine d’avion », compare Thiebaut Jelsch, responsable d’exploitation.

Si elles constituent un sujet sensible, les boues d’épuration ne représentent qu’une part minoritaire des volumes accueillis chez Anna Compost : 4.500 tonnes annuelles, en provenance des stations de Ruelisheim et Wittelsheim, soit deux des 9 relevant du Sivom Mulhouse Sud Alsace, le syndicat de gestion des déchets de l’agglomération haut-rhinoise, qui en a confié l’exploitation à Suez.

 

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Les boues de station d'épuration sont rassemblées dans un bâtiment spécifique où l'air vicié qu'elles génèrent est épuré par un biofiltre d'éjection dans l'atmosphère (en haut à gauche). © Mathieu Noyer


Le reste des matières entrantes sur le site de Wittenheim (d'un effectif de 5 salariés) se compose des déchets verts entreposés en déchèteries (environ 18.000 tonnes/an) et des biodéchets collectés auprès des ménages (4.500 tonnes). Là se situent pour Anna Compost les vecteurs de hausse de capacités, dans la mesure où le tri des résidus alimentaires des foyers n’en est qu’à ses débuts avec son obligation législative devenue effective au 1er janvier dernier.

La communauté d’agglomération de Saint-Louis, près de la frontière suisse, figure parmi ses avant-gardistes et c’est ainsi qu’elle envoie ses biodéchets à Wittenheim depuis 2023. « Nous sommes bien sûr prêts à accueillir d’autres gisements, dont ceux de l’agglomération mulhousienne », souligne Frédéric Magnin, responsable production Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté de Suez Recyclage et Valorisation - Organique.

 

L’application de la « marche en avant »

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Le site est piloté sur place par Thiebaut Jelsch (à droite), responsable d'exploitation, en association avec Frédéric Magnin (à gauche), responsable production Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté de Suez Organique. © Mathieu Noyer


Une enfilade de lots de déchets verts et biodéchets parcourt ainsi le site sur toute sa longueur. Une telle disposition de ces andains n’est pas fortuite. « Nous dupliquons le principe de la marche en avant bien connu dans l’industrie agroalimentaire : une progression du plus récent au plus ancien. Une fois un andain parvenu au terme de la fermentation, nous déplaçons les suivants vers le fond pour les rendre prêts à l’expédition », ajoute Thiebaut Jelsch.

Cette étape de préparation, par simple exposition à l’air naturel (aérobie) et retournement régulier des tas, dure 4 à 6 mois, contre une vingtaine de jours dans le cas spécifique des boues d’épuration. Elle est précédée du broyage des déchets verts et, potentiellement, du tri d’éléments intrus. La part de ces « indésirables » reste cependant marginale, par la grâce du civisme bien connu, et visiblement toujours réel, de la population alsacienne.

 

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Quant à la destinée du compost des déchets verts et biodéchets, elle est assurée par Terrial, la filiale de fertilisation de Suez et du groupe agricole Avril. Les résidus des boues, quant à elles, sont reprises par des exploitants agricoles pour l’épandage sur les champs du compost répondant à la norme de qualité exigée, la NF EN 44-095. Ce qui permet à Suez d’aborder le triptyque « diminution engrais chimiques, réduction des apports en eau, retour à la terre. »

 

Une création des Mines de potasse

Le site Anna Compost a été créé en 1996 par les Mines de Potasse d’Alsace (MDPA) à quelques années de l’extinction définitive de l’extraction minière, dans le but de participer à la reconversion du territoire. L’exploitant s’est associé dès l’origine à sa société-sœur SCPA (Société Commerciale des Potasses et Azotes) et à Suez via la filiale de traitement de déchets alors dénommée Sita Alsace (Sital). Celle-ci a pris le contrôle intégral au début des années 2000. Les réorganisations successives ont abouti, en 2017, au pilotage par l’entité Suez Organique. Celle-ci emploie 20 salariés dans l’Est pour ses activités de compostage. Ses sites principaux se localisnt par ailleurs à Strasbourg (installation Valorest), Toul (Meurthe-et-Moselle) ou encore Chemaudin près de Besançon (Doubs).

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