L’entreprise familiale ABCDE a mis en service cet été une plateforme de traitement des biodéchets sur son nouveau siège de Rosières-aux-Salines (Meurthe-et-Moselle). L’investissement total de 4,4 millions d’euros dans l’outil industriel et 1.000 m² de bureaux donne les capacités à la société de 65 personnes d’augmenter sa collecte de déchets alimentaires provenant de la restauration, des grandes surfaces et des industriels. Sur son site ainsi modernisé, elle traitera 10.000 des 55.000 tonnes annuelles qu'elle récupère.

Bien malin celui qui saurait expliquer comment sont valorisés les déchets alimentaires, dont le tri est désormais obligatoire en France. Un bout de réponse se trouve à Rosières-aux-Salines (Meurthe-et-Moselle) : dans cette commune au sud de Nancy, le groupe familial ABCDE prépare et transforme en énergie ou en fertilisants agricoles ces résidus collectés dans les restaurants et les cantines scolaires, mais aussi auprès des grandes et moyennes surfaces et des industriels de l’agroalimentaire.

L’entreprise de 65 salariés (chiffre d’affaires de 8,7 millions d’euros en 2024) a franchi un nouveau cap cet été avec la mise en service d’une plateforme de préparation des biodéchets, construite au voisinage de son nouveau siège livré quelques mois auparavant. L’investissement total, bureaux compris, s’élève à 4,4 millions d’euros. Les camions de collecte d’ABCDE y déchargent quotidiennement leurs biodéchets, emballés ou non, dans des cellules prévues à cet effet. Ces résidus transitent ensuite par une puissante presse qui en extrait une « soupe organique. »

 

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« Sur le total des tonnages de biodéchets collectés, environ 60 % est transformé en cette soupe organique », détaille Loïc Delettre, le directeur général d’ABCDE. La plateforme lorraine peut stocker jusqu’ 42 mètres cubes de ce premier produit,  commercialisé ensuite auprès de méthaniseurs locaux. Quant aux emballages pressés, ils rejoignent l’Ecopôle d’ABCDE à Mandres-sur-Vair (Vosges), près de Vittel, à proximité de l’A31. L’entreprise y a notamment investi dans un déconditionneur, une machine capable de séparer les matières fermentescibles restantes de leurs contenants. « A la sortie de cet équipement,  il ne reste que 8 % d’emballages non recyclé par rapport aux quantités de biodéchets réceptionnées à Rosières-aux-Salines », détaille Loïc Delettre. La fraction organique est, pour sa part, transformée sur place en énergie par le méthaniseur d’ABCDE , qui déploit des puissances de 450 kW électrique et 450 kW thermique. L’électricité est injectée dans le réseau, tandis que la chaleur est utilisée pour hygiéniser les déchets.

Boues de stations d’épuration et de papeteries, déchets verts... 

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La soupe organique obtenue à partir des biodéchets est stockée dans deux silos d’une capacité totale de 42 mètres cubes à Rosières-aux-Salines (Meurthe-et-Moselle). © Philippe Bohlinger.

Historiquement, « ABCDE compostait des déchets comme les boues de papeteries, celles issues du traitement des eaux usées par les stations d’épuration, ainsi que les déchets verts des particuliers et paysagistes » , explique son directeur général.. Ce compost destiné aux exploitations agricoles est préparé sur les sites de l’entreprise à Zittersheim (Bas-Rhin) et à Port-sur-Seille (Meurthe-et-Moselle).

Il y a une dizaine d’années, le groupe s’est interrogé quant à la possibilité de favoriser le retour au sol d’autres déchets. « C’est dans ce contexte que nous avons commencé à retraiter les résidus de l’industrie agroalimentaire ou encore des grandes surfaces collectés autour de l’axe Metz-Dijon », poursuit Loïc Delettre. Il lui était nécessaire de changer de dimension, afin de capter davantage de volumes de ces ressources qui étaient jusqu’à présent incinérées et dont la chaleur était valorisée au mieux dans des réseaux de chauffage urbain. En effet, les règlementations successives en matière de lutte contre le gaspillage (autour de la loi Agec de février 2020) ont abouti à la mise en place d’une obligation de tri des déchets alimentaires au 1er janvier 2024 pour les particuliers et les professionnels.

 

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Au sein d’ABCDE, le pôle « organique » (traitement des biodéchets, boues de stations d’épuration et déchets verts) représente 40 % du chiffre d’affaires, avec 55.000 tonnes collectées chaque année. Sur ce total, la nouvelle plateforme de Rosières-aux-Salines sera en capacité de traiter 10.000 tonnes par an. Elle va jouer le rôle de point de massification des flux biodéchets, à mi-chemin entre le déconditionneur de Mandres-sur-Vair et le site de Port-sur-Seille.

Les 60 % restants du chiffre d’affaires sont générés par l’activité de « triage à façon » de semences. Les stations mobiles de tri se déplacent dans les champs du 15 juillet au 15 octobre, dans le but de trier des graines de céréales ou d’oléagineux et de leur appliquer un produit phytosanitaire et/ou biostimulant destiné à réduire les traitements, en vue de leur plantation future. Quant à savoir quel est le point commun entre cette activité organisée à partir du site de Foulain (Haute-Marne) et le traitement de biodéchets, Loïc Delettre répond : « la volonté de préserver les sols et l’environnement. »

 Qui est Loïc Delettre ?

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Loïc Delettre est depuis l'été 2024 le directeur général d’ABCDE qu'il a rejoint en 2010. © Philippe Bohlinger
Ingénieur formé à l’Esstin (aujourd'hui Polytech) de Nancy, Loïc Delettre a démarré sa carrière dans l’informatique et l’automatique. Il a été recruté en 2010 par Patrick Marchand, fondateur d'ABCDE. Le président du groupe, qui s’apprête en ce moment à transmettre l’entreprise familiale à ses deux fils, lui a confié cinq ans plus tard le poste de responsable administratif, financier et informatique. Promu directeur général en juillet 2024, Loïc Delettre a notamment pour feuille de route de saturer les capacités du site de traitement des biodéchets de Rosières-aux-Salines.

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