Frédéric Visnovsky est le médiateur national du crédit à la Banque de France. Il préside également l’Observatoire du financement des entreprises et est le vice-président de l’Observatoire des délais de paiement. Il est intervenu le 3 avril lors du 7e colloque interdisciplinaire sur la défaillance d’entreprise, qui s'est déroulé à l'école de management BSB à Dijon. Nous l’avons interrogé sur le sujet à l'occasion de son déplacement dans la capitale régionale.
Ce colloque se déroule dans un contexte économique jugé difficile et incertain par les chefs d’entreprise comme par les observateurs. Constate-t-on d’ores et déjà une hausse du nombre de défaillances ?
Les entreprises ont traversé les crises récentes avec un relatif succès. Sur 1,5 million de bilans analysés par la Banque de France, une majorité d'entre eux sont meilleurs qu’avant la crise du Covid. Mais 2024 a été compliqué : le chiffre d’affaires des PME est orienté à la baisse (– 0,4 % en valeur) et les délais de paiement se sont détériorés en passant de 12 à 14 jours de retard de paiement soit 15 milliards d’euros de trésorerie en moins pour les entreprises, dont 11 pour les PME. Les trésoreries se tendent du coup de plus en plus, entraînant une dégradation des cotations Banque de France.
Les perspectives de croissance pour 2025 se situent à + 0,7 %, mais ce chiffre ne tient pas compte de l’impact des décisions américaines, qui ajoutent de l’incertitude à l’incertitude. Nous estimons que la baisse de l’investissement, engagée en 2023, va se poursuivre, et que le nombre de défaillances va augmenter.
Que recouvre en fait exactement le terme de « défaillance » ?
En général, on l’utilise pour parler des procédures collectives, dont le nombre a augmenté de 17 % l’an dernier, soit 66.000. Le nombre de défaillances de PME a bondi de 3.000 à 5.000, avec un impact fort sur l’emploi et la chaîne de valeur. Mais derrière le terme se trouvent aussi et surtout les arrêts volontaires d’activité : 160.000 entreprises ont cessé de travailler en 2024, en dépit d’une ancienneté moyenne de 8-9 ans. Par ailleurs, le nombre de procédures préventives a fortement augmenté : on en comptait 6.000 avant le Covid, on était à 8.800 en 2024… et ce n’est pas à la mesure de ce qui serait nécessaire. Le phénomène est d’autant plus regrettable que ces procédures aboutissent, dans 70 % des cas, à une poursuite d’activité, alors que les procédures collectives (placement en sauvegarde ou en redressement judiciaire, Ndlr) débouchent sur une liquidation dans 70 % des cas.
Connaît-on les causes profondes de cette augmentation du nombre de défaillances ?
Il peut s’agir de mauvaise gestion, de disparition d’un marché, de changement de comportement des clients… On constate généralement que les entreprises défaillantes sont moins productives, mais nous manquons d’éléments d’analyse plus complets, d’où la difficulté à proposer les bonnes réponses. Nous avons rédigé un rapport avec le médiateur des entreprises, que nous allons remettre ces jours-ci à Olivia Grégoire, ministre déléguée chargée des entreprises, du tourisme et de la consommation.
Quelles sont les conclusions de ce rapport ?
Le système d’accompagnement des entreprises compte de nombreuses structures, mais celles-ci sont éclatées, non lisibles, elles travaillent peu ensemble et sont contactées trop tardivement par les dirigeants en difficulté. Le mécanisme est fondé sur le principe que le chef d’entreprise doit se manifester, alors qu’il faudrait aller le chercher. Le seul qui va le chercher finalement, c’est le président du tribunal de commerce, et c’est généralement trop tard. Les difficultés d’une entreprise commencent le jour de sa création. Or il n’existe pas de permis de chef d’entreprise ! Et pour bien diriger, il faut des tableaux de bord, des outils de pilotage, des dispositifs d’alerte.
Pourtant, l’écosystème existe bien, les dispositifs sont là et fonctionnent !
Sauf que les chefs d’entreprise ne se rendent pas compte qu’ils sont en difficulté et, parfois, ils sont dans le déni. Naturellement optimistes, ils pensent que les choses vont s’arranger et se battent pour cela. Ils s’informent peu sur les aides existantes. Par ailleurs, ils craignent, en avouant leurs difficultés, d’être stigmatisés, dans une culture où l’échec est mal perçu. Nous devrions aussi faire évoluer la terminologie : personne n’a envie d’aller au « tribunal », même celui des affaires économiques, ni d’échanger avec « l’Administration fiscale » !
Tout cela est d’autant plus dommage que nos dispositifs fonctionnent bien, en effet : la médiation du crédit aboutit dans 65 % des cas, les mandats ad hoc et conciliations dans 70 %. Nous devons trouver un système qui permette d’alerter les dirigeants suffisamment tôt, et continuer sans relâche notre travail de sensibilisation des entreprises tout comme des ménages.

Après le colloque du 3 avril, BSB (Burgundy School of Business) s’apprête à accueillir un événement d’envergure : le congrès mondial du marketing, organisé par l’Academy of Marketing Science (AMS), du 1er au 4 juillet. Le rendez-vous incarne l’activité de recherche, de publications et d’organisation d’événements de l’école de commerce dijonnaise, dont le Centre de recherche sur les entreprises (Ceren) mobilise 73 enseignants chercheurs. L’école est notamment partenaire de cinq projets de recherche financés par l’Union européenne dans le cadre du programme Horizon Europe 2021-2027. L’un d’entre eux, consacré à la sylviculture et à l’agriculture durables, est porté par Nikolaos Georgantzis, professeur à BSB : c’est la première fois qu’une business school française coordonne un projet européen d’une telle ampleur.
À découvrir ici : 125 publications d’enseignants chercheurs de BSB.





















.jpg)






.png)






























