Les délais de paiement en France sont en moyenne de 61 jours, contre 24 jours seulement en Allemagne.
Les délais de paiement en France sont en moyenne de 61 jours, contre 24 jours seulement en Allemagne.

FINANCES. En France, les délais de paiement des grands comptes s’allongent et plombent la trésorerie de leurs fournisseurs, principalement des PME.

On estime « ce manque à percevoir dans les temps» à la modique somme de 13 milliards d’€.

Une véritable plaie ouverte, surtout en période de crise, qui contribue à détruire les marges de la grande majorité des entreprises représentatives du tissu industriel français.

Et que Bruxelles montre du doigt… Explications.

Les excuses et autres arguties pour ne pas payer dans les délais légaux, prévus par la loi dite LME soit : 60 jours calendaires ou 45 jours fin de mois, sont nombreuses dans les grands groupes.

En voici un florilège : « votre facture s’est perdue dans le circuit ; nous avons changé de prestataire - variante : nous avons délocalisé notre comptabilité dans un pays étranger ; il nous manque une référence sur la facture (que bien sûr vous ne connaissiez pas en l’émettant) ; c’est trop tard pour l’échéance de ce mois-ci, vous serez payé à la suivante ; il manque juste la signature de notre responsable qui est en congé ou, en formation ; nous sommes en pleine réorganisation de nos services… ».

Selon une analyse de Jean-Francis Pécresse publiée dans Les Echos, seules 39% des grandes entreprises ont payé leurs fournisseurs à 60 jours en 2010. Cette même année, leur dette fournisseur atteignait les 45 milliards, soit six à sept fois le montant des emprunts bancaires à court terme.

Une attitude inqualifiable lorsque l’on sait que les trois quarts des grands comptes se font payer en temps et en heure.

Une plaie aussi pour toute l’économie française car elle provoque un effet boule de neige, crée de stupides rapports de force, plombe la trésorerie des PME de quelque 13 milliards d’€ (*) et fragilise, surtout en période de crise comme aujourd’hui, des pans entiers de nos secteurs industriels qui n’ont guère besoin de cela.

Quelle solution ?

Une manière enfin de se condamner à mort  tout doucement, en pratiquant la politique de la terre brûlée au nom du sou, du petit sou, du dernier petit sou à grappiller.

Les grands groupes ne sont toutefois pas les seuls en cause. « Alors que les collectivités locales respectent presque toutes un code de bonne conduite en matière de paiement, le plus mauvais payeurs n’est autre que l’État », assure un expert-comptable dont l’un des clients qui travaille pour le ministère de la Défense voit ses factures réglées à six mois.

Quémander gentiment son dû n’est plus une solution acceptable, même si, au final, elle évite tout conflit. Car comment imaginer qu’un fournisseur, dont une grande partie de l’activité dépend d’une entreprise du CAC 40, puisse appliquer à ce client les pénalités légales de retard. Suicidaire !

Solliciter le recours à la médiation interentreprises « suscite lui aussi des craintes, alors même qu’il débouche sur un accord dans 80% des cas », rappelle Denis Cosnard (Le Monde du 23 avril 2013).

En visite récemment en France, Antonio Tajani, vice-président de la Commission Européenne en charge des entreprises et de l’industrie, est venu rappeler que la France n’avait pas encore appliqué la totalité des mesures de la directive européenne de 2010 sur le non-respect des délais de paiement (**).

Mais le texte communautaire ne prévoit pas grand chose de plus que la réglementation nationale. Aussi, de très nombreux spécialistes s’accordent-ils pour demander l’application de véritables sanctions : amendes dissuasives (jusqu’à 375 000 €), publication des noms des mauvais payeurs…

Soit, mais ne pourrait-on pas aussi ramener les délais de règlements de 60 à 30 jours et déclencher le décompte, non plus à compter de l’émission du bon de commande, mais au jour de la commande effective.

La France n’est pas le plus mauvais élève européen.

Avec 24 jours en moyenne, les Allemands sont les meilleurs payeurs en Europe. En queue de peloton, nous trouvons l’Espagne, l’Italie et le Portugal (80 jours). La France est légèrement au-dessus des 61 jours de la moyenne européenne, avec 65 jours.

(*) Et de 9 milliards d’€ celle des entreprises de taille intermédiaires, dites ETI (Source : Le Monde du 23 avril 2013, Denis Cosnard). Dans cet article, notre confrère relate aussi le racket des grands groupes en lien avec le crédit impôt pour la compétitivité (CICE).

(**) Source : Les Echos, Marion Kindermans.

4 commentaire(s) pour cet article
  1. Patron-en-cileredit :

    Au Cameroun, certains grands comptes vous demandent de leur accorder une remise de 2% si vous voulez êtres payés en deux semaines et ne pas attendre les 60 jours prévus par le contrat. Et dans beaucoup d'entreprises, notamment publiques, il faut prévoir un bakchich de 5% pour graisser la patte des services comptables. Certaines factures, notamment d'entreprises publiques, dépassent allègrement les 9 mois, et on vous oppose un : "il n'y a pas d'argent"qui ne souffre d'aucun recours.

  2. Thierry PITOIZETdit :

    Sur le terrain, j'ai effectivement noté 2 raisons qui expliquent des problèmes de trésorerie à cause des délais de paiement. La faute n'est pas seulement extérieure à l'entreprise: « La balle dans le pied » : Les TPE et PME ne sont pas assez rigoureuses en termes de facturation. Elles augmentent elles-mêmes leur délai client en facturant tardivement. Nous avons constaté que bon nombre d’entre elles mettent parfois une semaine à 15 jours pour éditer une facture et perdent encore quelques jours de plus pour la poster ! C’est une aberration, rencontrée couramment dans les entreprises de moins de 20 salariés. Rien ne sert de faire du chiffre d’affaires, il faut tout d’abord le facturer, puis l’encaisser. Une des règles prioritaires de la bonne gestion d’une entreprise réside dans la facturation, en temps et en heure, des produits ou des services vendus. « Le syndrome Franco-français » : Les Dirigeants ont peur de perdre leurs clients en réclamant leurs créances. C’est pourquoi, ils n’osent pas faire une relance rigoureuse des factures. Certes, ce n’est pas une tâche très agréable à effectuer, mais elle est vitale pour la bonne santé de la trésorerie. Une autre règle de la gestion d’entreprise est donc de ne pas négliger la relance des factures éditées. Les chefs d’entreprises doivent mettre en place une procédure de relance rigoureuse et procéder au « Harcèlement Courtois ». Il ne s’agit pas d’agresser son client, mais de lui faire comprendre que le délai de paiement est déjà une tolérance contractuelle et que la date d’échéance arrivée, il est temps de régler. En cette période de récession économique, ces 2 règles prennent une dimension supplémentaire. En effet, une entreprise qui tarde à facturer et à relancer prend le risque de ne pas être payer si son client dépose le bilan. De plus, nous savons que plus le délai client d’une entreprise est important, plus sa trésorerie souffre. Et qui dit mauvaise trésorerie dit agios et retard de paiement de fournisseurs. La boucle est bouclée ! Thierry PITOIZET. Gérant de TC Performances. Concepteur de la méthodologie Trésor' Zen. Gestion des créances clients.

  3. Ropiotdit :

    Bonjour chers Amis Il y a eu même pire 90 jours et voire certaines centrales d'achat à 100 jours nets pour certains produits. Les centrales d'achat font leur trésorerie sur le dos des fournisseurs et de gagner beaucoup d'argent, cela leur permet de vendre en un mois et le second est tout bénéfice. Sans compter les remises du style remises de fin d'année (RFA) ou autres... C'est la France !

  4. Guyarddit :

    Bonjour, Depuis le temps qu'on entend cela !!! Mme Parisot qui fait de grands discours sur la compétitivité, sur les freins administratifs... Elle aurait été bien inspirée de s'occuper de ce problème! Mais c'était peut-être des discussions de bas étage. Et la solidarité entre patrons, ça existe ? Ah, mais même en interne on accepte cela: "nous ne sommes pas dans un monde de bisounours" m'a répondu le représentant du Medef du Rhône fin 2012 lorsque je lui rappelais un communiqué de la FIM sur le sujet en décembre et l'article de M. Yves Blouin dans la revue Mecasphère de décembre 2012 (page 6). La France ne manque pas de technologies ni de moyens, seulement d'organisation et de sens du collectif! Mais pour changer des mentalités… Bonne journée

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