L’entrée de la forge de Bouzonville dans le giron du Stéphanois Setforge a ouvert une nouvelle ère. La clôture au 31 mars du premier exercice complet de la société de Moselle sous ce nouveau pavillon est synonyme de retour de ses comptes dans le vert et de lancement d’un programme d’investissement de 12 millions d’€ sur cinq ans.


Etienne Chambon, le directeur général de Setforge Bouzonville (Moselle), ne jette pas la pierre à son ancien actionnaire chinois, Yantai Taihai. « La société était à l’époque structurellement déficitaire, prise dans une spirale négative depuis les années 2000, entre sous-investissement chronique et climat social délétère. Le métallurgiste chinois a perdu beaucoup d’argent dans cette affaire », juge-t-il. Yantai Taihai avait repris en 2013 Manoir Industries, fleuron de la métallurgie française qui comptait Bouzonville parmi ses implantations. La cession s'était opérée auprès du fonds de pension américain Sun Capital, mais l'acteur chinois a été contraint de céder Manoir Industries en juin 2020 à son principal créancier, le fonds d’investissement hongkongais CAM SPC.

L’incendie survenu le 29 août 2019 dans l’atelier d’estampage n’a rien arrangé à la situation de Bouzonville. Les flammes ont ravagé le centre névralgique de l’usine, à l'endroit où il abritait une forge marteau-pilon capable de réaliser des pièces jusqu’à 1,2 tonne ainsi qu'une presse d’extrusion pour le forgeage de tubes et d’arbres. Malgré la reconstruction engagée pour plus de 30 millions d’€, le placement en redressement judiciaire le 4 mars 2021, au même titre que cinq autres filiales de Manoir Industries, a jeté un nouveau voile d’ombre sur l’avenir de la forge mosellane.

 

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Deux ans après l’ouverture de cette procédure collective, l’avenir de la forge mosellane semble plus dégagé, si l'on excepte les conséquences de la hausse des coûts des énergies. La reprise en juillet 2021 par le Stéphanois Setforge, filiale du groupe français Farinia (1.300 personnes, chiffre d'affaires de 332 millions d’€ ), a ouvert une nouvelle ère. Le nouvel actionnaire a repris 106 des 154 salariés du site et remis la forge sur de bons rails. « La société perdait de l’argent, y compris en période de forte activité ; nous avons donc très rapidement intégré les modes de fonctionnement et bonnes pratiques de Setforge, largement réévalué les prix de vente et relancé le dialogue social via des échanges constructifs avec les représentants du personnel (négociations annuelles obligatoires, accord d’intéressement, etc.) », détaille Etienne Chambon.

 

Trois nouveaux types de métal forgés

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L’atelier d’estampage de Setforge Bouzonville a été reconstruit pour plus de 30 millions d’€ suite à un incendie. © Setforge


Ce fournisseur de pièces pour les engins de travaux publics ou d’extraction minière, ou encore pour les secteurs pétroliers et gaziers, s’est également ouvert le marché de l’armement, un positionnement qui lui était jusqu’alors impossible en raison de son actionnariat chinois. « Nous sommes également en mesure de forger des pièces dans des nuances de métal plus complexes comme l’aluminium, le titane et des alliages de nickel », complète le directeur général.

Les résultats n’ont pas tardé à se faire sentir. Pour son premier exercice complet sous la bannière Setforge, l’usine de Bouzonville a renoué avec la rentabilité et atteint un chiffre d’affaires de 36 millions d’€ à la clôture ce 31 mars 2023. Elle a embauché une vingtaine de personnes, dont une moitié d’anciens salariés, pour atteindre à présent un effectif de 126 personnes.

 

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Le nouvel actionnaire accélère encore en engageant le second étage de son projet industriel, celui de la modernisation et de la décarbonation des procédés. Un volet pour lequel il mobilise un investissement de 12 millions d’€ sur 2023-2028. Le plan prévoit le rachat des ateliers industriels de 20.000 m² d’ici à la fin de cette année, ainsi que la mise en route d’une nouvelle ligne de traitement thermique début 2024, à la fois plus performante et moins énergivore. Le remplacement d’équipements d’usinage poursuivra cette lancée, avec l’objectif d’abaisser dans les cinq ans les consommations de gaz et d’électricité de respectivement 40 et 20%. Si les pièces forgées à Bouzonville affichent un poids de 100 kg à 1,5 tonne sur la balance, leur bilan carbone devrait, lui, bientôt s’alléger, le groupe ciblant une réduction de ses émissions de CO2 de 2.000 tonnes par an.

 

 Qui est Etienne Chambon ?

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Etienne Chambon, le directeur général de Setforge Bouzonville, applique les bonnes pratiques du nouveau propriétaire pour poursuivre le redressement du site mosellan. © Setforge

Après une première partie de carrière à Shanghai, ce diplômé de l’université de Haute-Alsace a posé ses valises il y douze ans en Lorraine pour exercer ses compétences commerciales chez Hydro Leduc près de Nancy, puis au sein du groupe Manoir Industries, d’abord à Custines (Meurthe-et-Moselle) jusqu’à la liquidation du site en 2015, ensuite à Bouzonville (Moselle). Il a rejoint Setforge en 2018 pour prendre les commandes de la forge Estamfor de Charleville-Mézières (Ardennes). La reprise de Manoir Bouzonville par le groupe stéphanois lui a donné l’opportunité de revenir sur le site mosellan en avril 2022, comme directeur général.

 

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