Le transformateur de fils métalliques a doublé son chiffre d'affaires, depuis sa reprise il y a quatre ans par l'Espagnol Vicente Torns à la suite du désengagement du Suisse Von Roll. Le changement de propriété après redressement judiciaire a généré un fort rebond jalonné d'investissements récurrents de 2 à 3 millions d'euros. La PME consolide ainsi ses marchés dans l'énergie, sans renoncer à l'objectif de diversification, dans le véhicule électrique notamment.


Pour Delle Fil, les quatre premières années sous bannière espagnole auront été synonymes de croissance. Repris en mars 2021 à la barre du tribunal de commerce de Belfort par le groupe familial Vicente Torns, le transformateur de fils métalliques isolés pour l’industrie a fait passer dans l’intervalle son effectif de 78 à 95 salariés permanents, avec la perspective de franchir à court terme le seuil des 100. Le chiffre d’affaires, malgré un léger repli l’an dernier, a doublé : 60 millions d’euros en 2024, contre 30 millions par exercice au moment du rachat.

La nouvelle maison-mère consacre fidèlement chaque année une enveloppe de 2 à 3 millions d’euros à la modernisation des installations réparties dans les vastes locaux de 20.000 m2 couverts à Delle (Territoire de Belfort). En 2025, cette fourchette d’investissements atteint son haut : pas moins de sept nouveaux équipements rejoignent les ateliers. « Ils couvrent toutes les principales palettes de notre procédé : tréfilerie pour la transformation des fils de section ronde en format rectangulaire, selon des épaisseurs qui peuvent descendre à 1 millimètre, laminage, émaillage, et isolation (guipage, rubanage) », décrit Louis Mendès, le directeur de Delle Fil.

 

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L'une des forces du site réside dans son process d'émaillage. Il est logé dans une grande machine de plus de 20 mètres de haut. © Laurent Cheviet

 

En particulier, la PME travaille à une solution sans solvant chimique pour remplacer le vernis de l’émaillage, l’étape du procédé qui constitue un pilier de son savoir-faire et se déploie au long d’une impressionnante machine de 22 mètres de haut formée de plusieurs étages. Cette alternative en matière naturelle devrait entrer en fonction dans quelques semaines.

Le rebond est donc probant pour la PME de Delle qui avait subi par un redressement judiciaire les conséquences du désengagement de Von Roll, son groupe suisse précédemment propriétaire. « Les actions de l’équipe commerciale ont permis de retrouver les clients historiques, ce qui a donné aux ateliers le niveau de carnet de commandes nécessaire pour se relancer », salue Louis Mendès.

Ce socle ainsi reconstitué, Delle Fil s’est mise en quête de nouveaux débouchés. Le transformateur de fils conducteurs isolés continue de les trouver dans le secteur de l’énergie sur lequel il se déploie de longue date. Ses productions trouvent place dans les générateurs d’éoliennes, les alternateurs de centrales hydrauliques, dans de petits moteurs d’application industrielle, des composants de centrales nucléaires, etc. composant un portefeuille de clientèle qui comprend de belles références comme FramatomeNidec et General Electric.

 

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Delle Fil se dote en cette année de sept nouveaux équipements en tréfilage, émaillage et isolation des câbles. © Laurent Cheviet

 

Un groupe en expansion

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Louis Mendès dirige le site dans lequel il a effectué plus de 30 ans de carrière auprès de divers propriétaires, dont en dernier lieu l'Espagnol Vicente Torns. © Laurent Cheviet


Si l’énergie regroupe en soi une grande diversité d’applications, le fabricant manifeste le souhait de réussir une percée sur d’autres marchés. L’automobile qui aborde le virage de l’électrification forme une cible somme toute logique, elle demeure pour l’instant toutefois en sommeil, dans le contexte d’attentisme des investissements de ce secteur. « Nous sommes un nouvel entrant sur le marché, nous devons faire preuve de patience. Nous posons les jalons, forts de la certification sectorielle IATF que nous avons décrochée, auprès de clients potentiels qui sont aussi bien des constructeurs que des équipementiers de rang 1 », expose Louis Mendès.

Delle Fil s’insère, en outre, avec harmonie dans l’appareil industriel de Vicente Torns. Son effectif proche de la centaine de collaborateurs fait de lui un pilier à part entière parmi les plus de 600 salariés de son groupe d’appartenance constitué de 11 sites répartis entre l’Espagne (siège social et quatre usines), la Slovaquie, la France avec les implantations de Meyzieux et Vaulx-en-Bugey en Rhône-Alpes,  et donc depuis 2021 Delle dans le Territoire de Belfort. Sans compter l'Italie près de Venise, le Maroc depuis quelques mois et l'Inde en joint-venture avec un partenaire local.

 

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L’unité franc-comtoise porte la raison sociale Torns Fil de Bobinage qui souligne bien son activité. « Celle-ci est commune aux différents usines, nous-mêmes développons plus fortement les spécialités d’émaillage, de guipage et de rubanage », observe le directeur à Delle. Elle porte les mêmes valeurs que sa maison-mère, et les traits communs avec celle-ci vont jusqu'à leur âge : Vicente Torns a fêté son centenaire en 2024, et sa filiale terrifortaine en fera de même en 2027.

A son échelle territoriale, la PME trouve ou retrouve aussi un rôle fédérateur en rapport avec le statut de référence économique locale qu'elle avait joué dans le passé au temps de son plein rayonnement : « Nous avons constitué un réseau de sous-traitants », souligne Louis Mendès. Pas moins de 18 prestataires du Nord Franche-Comté forment ainsi ce pôle de bureaux d’études, entreprises de mécanique, chaudronnerie, tuyauterie, climatisation ou encore de prestations électriques, venant conforter le réancrage de Delle Fil au coeur de ses racines.

 

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Les fils passent du format rond au rectangulaire. © Laurent Cheviet

 

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