En inaugurant le 25 septembre son nouveau site à Lons-le-Saunier, la société du groupe coopératif Demain a définitivement pansé les plaies de l’incendie de fin 2023 qui avait failli l’emporter. Elle rebondit de la plus belle des manières. Son installation résultant d’un investissement de 22 millions d’euros se hisse parmi les plus performantes du tri et de la valorisation de déchets électroniques en France.
Demain Environnement a tenu parole. La société du groupe coopératif jurassien Demain a inauguré, ce 25 septembre, son nouveau site dédié aux déchets électroniques et associés, à Lons-le-Saunier. La reconversion de cet ancien entrepôt de 5.500 m2, en face du siège de l’entreprise, incarne la courageuse ténacité de celle-ci : l’investissement de 22 millions d’euros, qui était planifié depuis plusieurs années, a pu être mené à son terme malgré l’incendie de novembre 2023 ayant ravagé une partie des installations pré-existantes.
La solidarité des clients et la mobilisation locale ont permis à Demain Environnement de passer ce cap, pour aboutir à une infrastructure devenant l’une des plus performantes et complètes de l’Est de la France, voire du pays entier, pour les flux qui y sont accueillis. « Nous sommes ainsi outillés pour transformer 25.000 tonnes annuelles en matières secondaires retrouvant une nouvelle vie », synthétise Matthieu Grosset, le président du groupe Demain.
La capacité ainsi doublée par l’investissement recouvre avant tout des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), plus particulièrement ceux relevant de la catégorie des « petits appareils ménagers », quand bien même leur taille peut ne pas être anecdotique. On y retrouve des téléphones, des rasoirs, des piles, mais aussi des aspirateurs, des écrans d’ordinateurs et unités centrales, des micro-ondes… « La palette va de la clé USB au photocopieur », résume Matthieu Grosset.
Leur tri suit un processus en quatre à cinq étapes, débutant par une séparation manuelle, le passage dans des broyeurs et une séparation par technologies optiques. Pour commencer, les opérateurs procèdent à une dépollution consistant à extraire piles, batteries, tubes, lampes et autres cartouches d’imprimantes des caisses provenant du réseau de récupération d’Ecosystem, le principal éco-organisme partenaire. Les ressources rejoignent ensuite des cabines de tri afin d'être dirigées vers les filières de valorisation appropriées.

A ce stade, sont « sortis » notamment les déchets de valorisation énergétique (DVE) qui ne peuvent être réemployés en tant que tel ou être recyclés en matière : de la porcelaine, des filtres, des sacs d’aspirateurs… « Ils sont incinérés pour partir en cimenterie, ce qui constitue un progrès par rapport à leur destination traditionnelle, l’enfouissement », souligne Laurent Mandrillon, responsable de production. La préparation s’opère sous forme de combustibles solides de récupération, dans les locaux de Bourgogne Recyclage (groupe E3R).
Dans ces cabines, les produits sont également séparés selon leur taille pour rejoindre divers broyeurs aux dimensions adaptées. Les métaux de valeur contenus dans les téléphones (or, argent, platine, palladium…) peuvent ainsi être récupérés spécifiquement par les affineurs spécialisés, ce qui représente une source de valeur ajoutée, et donc de revenus, intéressante pour Demain Environnement.
La montée en puissance des batteries
Mais toutes les composantes ou presque trouvent leur filière de transformation, classiquement des ferrailles pour aciéries aux « mélanges non-ferreux et plastiques » et aux mélanges de métaux « zorba » constitués d’aluminium, zinc, cuivre, laiton… « Là où la règlementation issue des directives européennes nous imposent un taux de valorisation (recyclage et incinération) de 85 %, nous atteignons 95 % », relève Alain Bosc, directeur commercial.


Le « bijou » se trouve en fin de process : la ligne de tri optique accumule les technologies, dont le courant de Foucault pour séparer les métaux selon leur réaction à un flux électromagnétique, et la fluorescence aux rayons X, permettant d’extraire les retardateurs de flamme contenus dans les plastiques, principalement le brome, des additifs très utilisés dans les plastiques des circuits électriques, les meubles et tissus ou dans les isolants, et aux effets sur la santé et l’environnement âprement discutés. « Nous sommes seuls en France à pouvoir opérer cette éjection », pointe Stéphane Rat, le responsable de cette ligne.
Parmi les flux accueillis, « les batteries liées à mobilité électrique prennent une importance croissante : celles des vélos et trottinettes et nous commençons à entrer des batteries d’automobiles », ajoute Laurent Mandrillon.
L’arrivée de nouveaux plastiques

En outre, l’installation dernier cri de Demain Environnement a été conçue pour accueillir de nouvelles filières, dans le cadre de leur organisation autour de la responsabilité élargie du producteur payant une contribution collectée par un éco-organisme pour financer l’amélioration des performances de collecte et recyclage. C’est ainsi que la société intervient dans le traitement lié aux nouvelles REP des articles de sports et loisirs et des articles de bricolage-jardinage.
Demain Environnement a accordé une attention particulière à la prévention du risque incendie.. étant on ne peut mieux placée pour en connaître les conséquences. A lui seul, ce sujet a mobilisé 4 millions d’euros d’investissements par des équipements et systèmes de détection-surveillance sophistiqués. L’œil est gardé en premier lieu sur les départs de feu de batteries au lithium-ion. C’est l’un d’eux qui fut à l’origine du sinistre dont l’entreprise a failli ne pas se relever.
Mais elle l’a fait, pour confirmer son statut de moteur du groupe coopératif Demain comptant 230 salariés pour un chiffre d’affaires annuel de 25 millions d’euros. Ce qui la place au rang des PME qui compte dans le paysage économique jurassien, comme les autres ou presque. Elle se différenciant par l’emploi de personnel en insertion à hauteur d’une moitié de son effectif.
Le groupe Demain est constitué des trois sociétés Demain Environnement, Demain Emploi (insertion) et Demain Services, auxquelles se rattachent des sociétés « sœurs », de travail temporaire (Altera Interim), de formation (Demain Talents) et de production : L’Atelier Textile Jurassien, dans les vêtements à usage professionnel. Celui-ci a lancé un appel au secours en juillet : il lui fallait trouver au plus vite un cumul de commandes de 10.000 pièces avant la fin de l’année, pour tout simplement survivre. Ce pari de court terme « est tenu : nous avons cette perspective et donc cette visibilité sur ces derniers mois de 2025 », annonce David Schmitt, le directeur opérationnel.
Celui-ci salue la « mobilisation » du monde économique local, avec plusieurs entreprises qui ont répondu à l’appel pour acheter les produits de la Scic (société coopérative d’intérêt collectif) de Lons-le-Saunier, confectionnés à partir de sources françaises en quasi-totalité : tissus d’Auvergne-Rhône-Alpes et des Vosges, fil du Nord, boutons jurassiens de Saint-Claude. Ils sont plus chers que d’autres, « mais pas si on regarde l’usure sur plusieurs années. » plaide le responsable. Pour autant, l’Atelier Textile jurassien n’a pas encore sorti la tête de l’eau, il lui faut confirmer le sursaut, « pour engranger 30.000 pièces de commande en 2026 », souligne David Schmitt. Il en va de l’avenir des 15 salariés en insertion, un effectif réduit de dix unités en moins de deux ans.






































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