CHIMIE/HAUT-RHIN. L’entreprise PPC (Potasse et produits chimiques) de Thann (Haut-Rhin) a célébré son sauveur le 27 mai : le procédé d’électrolyse « à membrane » qui vient remplacer le précédent utilisant le mercure, mais qui sera banni dans moins de deux ans par la règlementation européenne et française.

Une nouvelle technologie plus productive et plus automatisée, dont l'installation se traduit par une quarantaine de suppressions de postes.

 

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 International Chemical Investors Group a décidé en 2013 de changer le process d'un des plus vieux complexes chimiques de France. © PPC.

 

Pour l’usine qui fait partie du plus vieux complexe chimique de France créé par Napoléon 1er en 1808, le contexte est d’une simplicité assez radicale : soit elle changeait de technologie, soit elle fermait.


Le second terme de l’équation avait été retenu par le précédent propriétaire, l’américain Albemarle, ce qui avait déclenché une vive émotion locale en 2006. Etait-elle remontée jusqu’en Allemagne ? En tout cas, quelques mois plus tard, une société allemande d’investissements industriels détenue par des privés, ICIG (International Chemical Investors Group) sortait du bois pour annoncer le rachat du site.

 

Connue de longue date, la nécessité du changement de process n’était alors pas encore acquise, mais ICIG allait bel et bien la décider en 2013, au terme de longues négociations bancaires.


Situé à 53 millions d’€, l’investissement a été mis en service il y a quelques semaines. « L’électrolyse à membrane, c’est la MTD du moment, la meilleure technologie disponible », expose Vincent Gardon, le directeur du site. Elle consiste à créer un courant électrique entre une anode en titane et une cathode en nickel pour transformer du chlorure de potassium.

 

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L’électrolyse à membrane est, selon PPC la meilleure technologie du moment. ©PPC

 

Auparavant, PPC utilisait le mercure pour la même opération. « Grâce à la solution à membrane, nous combinons une évidente réduction de notre impact environnemental, l’amélioration des conditions de travail pour les salariés, la plus grande sécurité du process », précise Vincent Gardon. Et, last but not least, une « amélioration de la qualité des produits. »


Ce dernier critère est évidemment fondamental pour survivre sur des marchés « qui sont matures », reconnaît Jacques Sturm, directeur commercial.


L’électrolyse permet à PPC de fabriquer des dérivés de la potasse, utilisés dans les détergents, l’alimentaire, la verrerie, les batteries électriques, la catalyse… Cette variété d’applications fait l’atout du site, selon sa direction, pour cette partie qui représente 70 % de ses 100 millions d’€ de chiffre d’affaires annuel.


Un procédé plus productif et plus automatisé

 

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Vue aérienne de l'usine à Thann. ©PPC

 

L’autre partie, les dérivés bromés, « résulte d’un haut degré de savoir-faire qui permet d’évoluer dans l’univers de la chimie fine, sur des marchés très techniques de l’agrochimie, de la pharmacie ou encore des retardateurs de flamme », poursuit Gilles Zuberbuhler, président de PPC.


Au total, Potasse et Produits chimiques revendique la place de leader européen des dérivés potassiques solides et de numéro 3 pour les liquides.

 

Le groupe ICIG, quant à lui, est devenu un poids lourd de la chimie continentale par l’effet de ses croissances externes, puisqu’il pèse désormais 2,2 milliards d’€ de chiffre d’affaires avec plus de 5.000 salariés.


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Ce qui a décidé cette société allemande à investir dans la vieille usine française : « La culture de la sécurité du site, son potentiel technique permettant l’intervention sur des métiers spécifiques et son excellent climat social », répond Gilles Zuberbuhler. Le dernier point ne manque bien sûr pas de sel en ces temps de tension.


Un climat social donc bon, mais un projet pas exempt de dégâts. Comme le nouveau procédé est plus productif et plus automatisé, son installation se traduit par une quarantaine de suppressions de postes. « Mais n’oublions pas que sans l’investissement, c’était la fin », tempère Daniel Schaffhauser, le délégué FO.

 

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Gilles Zuberbuhler, président de PPC.

Et selon la direction, l’emploi devrait se stabiliser pour un certain temps. « Il n’y a pas de sureffectifs », appuie Gilles Zuberbuhler.


A Thann, les 215 salariés restants de PPC ne sont pas seuls à prolonger une histoire de plus de 200 ans.

 

Ils partagent le site avec leurs 260 collègues de Millennium, fabricant de dioxyde de titane et propriété d’un groupe saoudien, Cristal.

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Guyarddit :

    Belle réussite du capitalisme industriel allemand suite à la stratégie de la chimie française qui traine les pieds depuis 40 ans pour ne pas supprimer le procédé à cathode de mercure et au "pragmatisme" (c'est à dire la terre brûlée) des sociétés étasuniennes. On ne peut que se réjouir pour l'économie locale et la perpétuation des savoir-faire évolutifs.

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