Huit mois après un incendie dévastateur, l’entreprise coopérative de Lons-le-Saunier a redémarré son activité sur un nouveau site. Vingt-deux millions d'euros y ont été investis pour doubler les volumes de déchets traités, à 25.000 tonnes annuelles, améliorer leur valorisation et créer une quarantaine d’emplois.
La date du 12 novembre 2023 restera gravée avec tristesse dans la mémoire des 200 salariés du groupe coopératif Demain, poids lourd de l’économie sociale et solidaire dans le Jura.
Cette nuit-là, dans la zone industrielle de Lons-le-Saunier, les flammes ont ravagé l’un des principaux bâtiments de Demain Environnement, l’entreprise d’insertion spécialiste du recyclage et de la valorisation des déchets. Le feu provoqué par l’explosion d’une batterie lithium-ion dans une zone de stockage a entièrement détruit les installations que le vaisseau amiral du groupe dédiait au tri du plastique et des petits appareils ménagers.
Cet été, après huit mois d’arrêt, la société coopérative de production (Scop) a pu redémarrer son activité de traitement des déchets d’équipements électriques et électroniques, les D3E : le 15 juillet, elle a mis en service une nouvelle plateforme industrielle dont la construction était déjà engagée avant le sinistre. Une perspective qui, ajoutée à un vaste élan de solidarité, a permis aux équipes de surmonter le traumatisme de l’incendie.
A droite : L’éco-organisme Ecosystem assure plus de 80 % des approvisionnements de Demain Environnement dans le domaine des déchets électriques et électroniques. © Edwige Prompt
À proximité de ses locaux, Demain Environnement avait en effet racheté un ancien bâtiment logistique de 5.500 m2 avec un double objectif : doubler ses capacités de tri des D3E en les faisant passer de 12.500 à 25.000 tonnes, et améliorer ses performances dans l’identification et la séparation des matières. La société souhaitait ainsi conforter ses positions commerciales sur son principal marché tout en créant une quarantaine de nouveaux emplois.
Avant de se lancer, l’opérateur jurassien a sécurisé ses approvisionnements à hauteur de 18.000 tonnes par an. « Notre premier client Ecosystem [ndlr : l’éco-organisme en charge des équipements électriques et électroniques] qui représente plus de 80 % de nos flux sur cette activité, a accepté de nous accompagner en doublant les volumes qu’il nous confie », salue Matthieu Grosset, le PDG du groupe.
Chasse pionnière aux perturbateurs endocriniens
Le nouvel outil a aussi vocation à prendre en charge les produits complexes (articles de sport, loisirs, jardin, bricolage…). Il se déploie progressivement. Tri optique et manuel, criblage, broyage… les deux lignes permettent d’ores et déjà de perfectionner le traitement des petits déchets électroménagers et d’optimiser la valorisation des différents matériaux qu’ils contiennent. Les appareils aux dimensions réduites (moins de 10 centimètres) sont désormais orientés vers un broyeur spécifique afin d’extraire plus finement les métaux des piles et des batteries.
Annoncé pour cet automne, un robot de tri à fluorescence X analysera bientôt la matière plastique à l’échelle de l’atome, de manière à y détecter la présence de perturbateurs endocriniens, les retardateurs de flamme bromés. « Nous serons les premiers en Europe à utiliser cette technologie dans le domaine du recyclage », affirme le dirigeant. En complément, d’ici début 2026, une ligne de séparation de ces plastiques aux molécules dangereuses pour la santé sera installée. Une manière d’anticiper la règlementation européenne qui s’appliquera à partir de 2027.
Quant au risque d’incendie, il devrait être beaucoup mieux maîtrisé car l’entreprise s’est dotée d’une « solution d’extinction intelligente » développée aux Etats-Unis : la nouvelle chaîne de tri est équipée d’une vingtaine de lances à eau connectées à un système de détection par caméras.
Financement par titres participatifs
Le coût total de la plateforme, 22 millions d’euros, représente un montant inédit pour le groupe. Subventionné par l’Ademe, cet investissement est financé en partie par des prêts à long terme de Bpifrance et de France Active Franche-Comté. Demain a également recouru aux titres participatifs, le principal levier financier des Scop, de sorte à renforcer ses fonds propres sans modifier la structure du capital. Les fonds Inco Ventures, Esfin Gestion, Scopinvest ainsi que la Banque des Territoires y ont souscrit pour un total de 2 millions d’euros.
Après deux exercices plombés par une perte d’exploitation que les assurances n’ont pas couverte, Demain Environnement envisage, pour 2025, un chiffre d’affaires de « 25 à 27 millions d’euros », contre 15 millions d’euros en 2022. « Nous voulons maintenant regarder vers l’avant. Nous avons vécu la pire catastrophe possible, alors on doit en sortir plus forts ! », affirme Matthieu Grosset. Le 12 novembre prochain, il a déjà donné rendez-vous à ses collaborateurs pour mesurer le chemin parcouru, ensemble, depuis exactement un an.
Issu de l’entreprise Juratri fondée en 1993, le groupe Demain est né en 2017 autour d’un triple projet social, environnemental et coopératif.
Outre Demain Environnement, il regroupe aujourd’hui quatre sociétés : deux entreprises d’insertion (Demain Habitat et l’Atelier Textile Jurassien), une agence de travail temporaire (Altera Interim) et un organisme de formation créé en 2023, Demain Talents.
Tombé à 170 après l’incendie, l’effectif global devrait atteindre 220 salariés dans les prochains mois (dont 170 pour Demain Environnement) puis 250 fin 2025. La moitié des équipes est composée de personnes éloignées de l’emploi, en parcours d’insertion. Ces dernières sont embauchées avec des contrats d’une durée maximale de deux ans et elles bénéficient d’un accompagnement socio-professionnel.

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