Après six mois d’interruption officiellement pour écouler son stock de modèles qui n’est pas conforme aux dernières normes antipollution, le constructeur de deux-roues a repris début février sa production à Mandeure. Mais celle-ci va suivre un calendrier en dents de scie pendant plusieurs mois supplémentaires, avant un potentiel rebond si les perspectives de sortie de nouveaux modèles se concrétisaient, de sorte à consolider le recentrage du site franc-comtois sur le haut de gamme. Rien n’est acquis.
Six mois qu’on n’entendait plus les machines tourner à Mandeure (Doubs). Chez Peugeot Motocycles, la production a repris le 3 février dernier après une pause exceptionnellement longue : la date de sortie des ateliers du dernier modèle remontait au 26 juillet 2024. Sans aller jusqu’à faire donner les flonflons, l’événement aurait pu être accueilli avec une certaine réjouissance parmi les 285 salariés. Mais telle n’est pas l’atmosphère qui semble se dégager d’une usine où l’on fait profil bas en ce moment, y compris chez des syndicats peu diserts.
L’arrêt prolongé l’a été dans le but d'écouler le stock de véhicules devenant hors marché car répondant aux versions de l'ancienne normes anti-pollution Euro-5, qui fait place depuis l'an dernier à l’Euro 5+. dans le secteur de la moto. Le redémarrage d’abord envisagé à l’automne a finalement été repoussé à début février. Car rien ne presse, du point de vue de la demande. « Le marché est faible en général pour les deux-roues et pour nos segments en particulier », observe un représentant CFDT. Même sentiment à la CGT, dont la section de l’entreprise note que « les gammes aux prix élevés se vendent moyennement. »
De son côté, la direction invite à patienter quelque peu pour sa prise de parole. Le nouveau directeur général Laurent Lilti avait reconnu une attitude « voulue ultra-prudente » ces derniers mois, auprès du quotidien Les Echos en janvier.
Seule certitude, les volumes de production du site en 2025 resteront fort éloignés de leur capacité nominale annuelle de 7.000 véhicules. L’activité partielle de longue durée (APLD), autrement dit le régime de chômage partiel instauré au sortir des derniers congés d’été court jusqu’en juin prochain et il sera à nouveau mis en œuvre d'ici à l'échéance. Le calendrier de travail devrait comprendre une à quelques semaines d’arrêt et suivre une cadence hebdomadaire de trois jours sur cinq.
Pour retrouver davantage de punch, il faudra attendre la fin 2025 ou le courant 2026. Si les objectifs précédemment annoncés sont confirmés, Peugeot Motocycles devrait alors lancer la version électrique de l'un de ses produits historiques mythiques, la moto 103, ainsi que les motos électriques de DAB Motors, la société de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) acquise en 2023. Un modèle thermique est également en études.
Pour l’heure, l’activité se concentre sur le Metropolis, le trois-roues haut de gamme né en 2013 et restylé en 2022, ainsi que sur le deux-roues XP-400 (comme sa cylindrée en cm3) lancé l’an dernier, à la charnière entre le scooter de base et une moto.
On demande Mutares

Cette relance partielle se déroule sous la houlette de Mutares, le fonds allemand ayant racheté début 2023 le constructeur à l’Indien Mahindra qui avait lui-même pris, fin 2019, le contrôle total du capital qu'il avait partagé pendant cinq ans avec l’actionnaire historique, PSA successeur de Peugeot et devenu Stellantis. La stratégie du propriétaire interroge, dans le contexte de quelques autres dossiers qui se sont terminés par des fermetures dont tout récemment Valti en Bourgogne. « Peu visible », « non déclencheur d’investissements structurants » selon la CFDT et la CGT, il est attendu au virage, pour le temps où il sera aux commandes… qui n’est pas extensible avec ce profil d’actionnaires.
L’organisation sur le plan des produits et la structuration industrielle qui en découlent ont en tout cas été confirmées et consolidées. Plus que jamais, Mandeure se concentre sur le segment haut de gamme, celui de modèles qui peuvent se vendre à 10.000 euros ou un peu au-delà comme le Métropolis 400cc, sous la marque Peugeot Motocycles. Les plus petites cylindrées de moins de 50 cm3 sont fabriquées par la joint-venture de Chine avec le local Jinan Qinqgi, et le milieu de gamme (Django, 125 et 150 cc) devant concurrencer Piaggio se produit également en Asie.
Au siège franc-comtois, le département de recherche-développement reste étoffé, avec une cinquantaine de personnes. Le berceau du constructeur de motos et scooters depuis 125 ans vit-il alors une simple transition ? Les syndicats veulent l’espérer, mais ils font le constat d’une « pente déclinante. » L’entreprise devra trouver les freins pour que celle-ci ne mène pas au fond du ravin.


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