Nestor, ainsi se nomme la machine inventée par Julien Maruotti et Suriya Gunin pendant le Covid, dans un garage du sud de la France. De l’idée à sa réalisation, il leur a fallu franchir de nombreuses étapes jusqu’à la décisive qui mène en Bourgogne-Franche-Comté : Cellaven, la société créée pour valoriser Nestor est installée sur le pôle d’innovation AgrOnov, à Bretenière, près de Dijon. L'an prochain, elle vendra cet équipement innovant qui permet de robotiser et d’automatiser la culture cellulaire.


La culture cellulaire est indispensable aux biologistes.
Mais elle est également chronophage. « Elle représente 100 millions d’heures chaque année dans le monde occupées à des tâches répétitives et routinières» , rapporte Julien Maruotti. Ce docteur en biologie installé à Grasse (Alpes-Maritimes), a cherché, en conséquence, à robotiser le process.

« Pendant le Covid, j’ai parlé de mon idée à mon ami Suriya Gunin, ingénieur en mécatronique. Et ensemble, dans mon garage, nous avons inventé Nestor, une machine de culture cellulaire automatisée pour la R&D qui est proposée à un prix abordable : autour de 25.000 euros alors que sur le marché, il existe actuellement des machines à partir de 150.000 euros », introduit le quarantenaire. Il a alors développé sa start-up Cellaven, en l’implantant à Dijon, grâce à Deca BFC, l’incubateur régional de Bourgogne-Franche-Comté.

NESTOR DE LINTERIEUR
La machine vue de l’intérieur : l’électronique de pilotage du tout premier Nestor a nécessité des dizaines d’heures de soudures manuelles. © Déborah Levy


L’objectif de ce nouveau robot consiste ainsi à libérer du temps de travail aux experts afin de leur permettre de se concentrer sur leur recherche fondamentale. Soit un atout supplémentaire de l’offre Cellaven : les machines automatiques disponibles sont essentiellement destinées aux applications cliniques et ne sont pas adaptées aux besoins des équipes de recherche et développement. « Sans notre invention, tous les uns à deux jours et à la main, il est nécessaire de changer le liquide stérile dans lequel se trouve les cellules », poursuit Julien Maruotti.

« Comme il faut du temps et de l’argent pour s’en occuper et que tout se déroule dans un environnement stérile, cette tâche de routine chronophage sera remplacée par notre robot Nestor d’ici quelques mois », développe l’entrepreneur, en présentant son prototype dans son laboratoire à présent situé sur le pôle d’innovation tourné vers l’agro-écologie, AgrOnov à Bretenière, près de Dijon. 

 REGION BFC 640x90_HD


« Quand nous avons cherché à développer notre processus, nous avons candidaté à plusieurs incubateurs et AgrOnov nous a parus très pertinent 
», ajoute le dirigeant. Qui relate multiplier les allers-retours entre le Sud de la France et Dijon pour travailler avec son équipe, aujourd’hui constituée de cinq personnes.

Depuis son entrée dans le pôle en novembre 2021, Cellaven a décroché des financements pour un total de 400.000 euros provenant de différents partenaires banquiers : le Crédit Agricole Champagne Bourgogne, Bpifrrance, la Région Bourgogne-Franche-Comté et des INSEAD Angels issus du réseau de l’Institut européen d'administration des affaires de Fontainebleau. Cette somme a permis de développer le premier prototype industriel. Récemment, un tour de table d’amorçage d’un montant de plusieurs millions d’euros a été bouclé.

 

Un marché potentiel de 4 milliards d’euros par an

CELLAVEN
Julien Maruotti, à gauche et Suriya Gunin, à droite, co-fondateurs et dirigeants associés dans le projet Nestor pour leur entreprise Cellaven. © Cellaven


Accompagné de Marc Barsoum, qui développe les aspects marketing et commerciaux de Cellaven, Julien Maruotti tente actuellement de percer le marché dans le but de proposer la machine en pré-commande. « Les cellules forment un vecteur d’aide aux découvertes dans trois domaines d’application : les biothérapies, les anti-cancéreux et la production de vaccins. Le marché de la culture des cellules automatisées représente un montant de 4 milliards d’euros par an et il affiche une croissance annuelle de 12% », poursuit Marc Barsoum.

expertcomptable

Les pré-commandes sont d’ores et déjà ouvertes et « nous avons attiré cinq acheteurs qui sont soit des biotechs, soit des CRO (Ndlr : Contract Research Organization), soit des grands comptes pharmaceutiques. Dans un an, en 2025, nous serons prêts pour expédier nos machines », précise Julien Maruotti. Elles seront fabriquées pour partie par iLsa Manufacturing, un fabricant d'instruments de laboratoires sur mesure et de consommables plastiques liés à ces instruments, qui est basé à Besançon.
 

La Bourgogne-Franche-Comté en opération séduction au Congrès France Bioproduction

Début avril, la Région Bourgogne-Franche-Comté et l'Agence Économique Régionale de Bourgogne-Franche-Comté (AER BFC) ont participé à la 8ème édition du Congrès France Bioproduction à Paris-Saclay, un événement majeur dans le domaine des biothérapies et de la bioproduction. La filière régionale en santé représente, aujourd’hui, près de 500 établissements et 13.000 salariés.

A l’occasion de ce salon, l'AER BFC a animé une table ronde intitulée « Regards croisés sur deux solutions innovantes au service de la bioproduction. » Elle a mis en exergue le potentiel d’innovation et de collaboration entre les entreprises régionales et des start-ups émergentes, à travers l’exemple et la contribution de Julien Maruotti de Cellaven et de Guillaume Wallart, le président de Cellquest offreur de solutions de bioproduction industrielle à Besançon. Pour Julien Maruotti, le Congrès France Bioproduction a été l’occasion de rencontrer des distributeurs qui « nous ont fait part de leur intérêt pour notre solution. Cela confirme le potentiel de notre machine. » 

Commentez !

Combien font "7 plus 9" ?