La start-up dijonnaise développe des particules en format minime capables d’étonnantes prouesses. Sur un marché mondial encore naissant pour la médecine ou l'environnement en particulier, elle tente de franchir le cap de la fabrication à plus grande échelle.


L’entreprise dijonnaise SON, spécialisée dans les nanoparticules bifonctionnelles, se prépare à sa mue : dans les trois mois qui viennent, son dirigeant, Jérémy Paris, compte passer d’une phase de recherche et développement, à la fabrication à plus grande échelle.

À cet effet, l’entreprise va déménager, l’automne prochain, au sein de « l’accélérateur d’innovation agricole » Agronov de Bretenière (Côte-d’Or), au nord-est de Dijon. « Nous sommes un peu à l’étroit dans nos locaux actuels, au sein de la faculté des sciences Mirande à Dijon. À Bretenière, nous disposerons d’une salle dédiée à la production et d’une autre pour la caractérisation de nos nanoparticules », détaille l’entrepreneur-chercheur.

À la fin de cette année ou au début de l’année 2024, SON va mener une campagne dans le but de lever 5 millions d’€ auprès d’investisseurs. Elle est aidée dans ses démarches par le programme  « ProPulseur » du pôle des microtechniques de Bourgogne Franche-Comté basé à Besançon. « Je suis confiant, nous avons déjà rencontré plusieurs investisseurs », note Jérémy Paris. Qui poursuit, non sans humour : « je veux rester majoritaire au capital après cette levée de fonds. Je n’ai pas l’intention de vendre l’entreprise, je veux la faire prospérer,... et créer un empire que je pourrai transmettre à mon fils... »

 

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Avec son équipe de 7 personnes, soit 3 mises à disposition par l’Université de Bourgogne et 4 employés en direct, SON développe des nanoparticules d’oxydes de fer bifonctionnelles : elles sont conçues pour remplir une fonction particulière tout en disposant d’un second effet, magnétique.

Elles trouvent leur application dans plusieurs domaines. La médecine d’abord, en permettant de distribuer un traitement anticancéreux de manière extrêmement précise et localisée. « Notre nanoparticule accroche la molécule médicamenteuse et, grâce à sa forme particulière, elle va aller se fixer uniquement sur la zone tumorale visée. Cela permet de diviser considérablement les doses de chimiothérapie », détaille le président de SON. Également au catalogue de l’entreprise, certaines nanoparticules s’avèrent très efficaces pour la dépollution, en fixant des polluants comme le mercure, le cadmium ou le lithium.

 

Potentiel important dans la catalyse chimique  

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La start-up travaille à l'échelle du nanomètre. Les nanoparticules en suspension sont attirées par un aimant.
© Arnaud Morel


Le débouché le plus prometteur demeure cependant la catalyse chimique, notamment pour l’industrie médicamenteuse. Lors des processus de production, celle-ci s’opère à l’aide de métaux lourds, très complexes et coûteux à supprimer après la réaction. « La purification classique représente près de 50 % du coût de production d’une molécule et exige l’utilisation de solvants et de procédés de chauffe énergivores. Notre nanocatalyseur permet de réduire considérablement ce coût », détaille Jérémy Paris.

En effet, grâce à l’utilisation de l’oxyde de fer, un simple aimant permet de récupérer la matière après la réaction de catalyse, de même que pour toute utilisation des nanoparticules de SON, qui possède là son gros avantage concurrentiel. « Nous disposons de trois familles de brevets sur nos procédés de fabrication, nous comptons en déposer un autre cette année », se félicite le président de la jeune société.

Les nanoparticules de la start-up dijonnaise sont déjà utilisées, à titre d’expérimentation, par plusieurs industriels, notamment des CDMO (Contract Development Manufacturing Organizations) pharmaceutiques.

L’industrialisation des processus de fabrication représente un défi de taille. « Nous produisons des particules de forme et de taille très précise, 30 nanomètres (*). L'enjeu consiste à maîtriser totalement le processus de fabrication pour assurer la reproductibilité des lots. Fabriquer à l’échelle industrielle implique d’investir dans de nouveaux réacteurs chimiques, des purificateurs et des machines d’analyse », explique Jérémy Paris.

 

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Autre inconnue, la toxicité des nanoparticules demeure une question débattue. « Nous effectuons des essais de toxicité, et nos nanoparticules sont non-toxiques aux concentrations utilisées. En outre, la réglementation se développe autour de ces technologies, notamment avec le registre public national R-Nano qui en assure la traçabilité en France », tempère le dirigeant. 

Jérémy Paris a cofondé SON, une société par actions simplifiée à 67.703 € de capital social, en novembre 2020, avec Richard Decréau, professeur associé à l’Université de Bourgogne et conseiller scientifique, et Pierre-Emmanuel Doulain, un autre chercheur qui devrait prochainement quitter l’entreprise pour valoriser ses travaux sur les nanoparticules. L’entreprise a obtenu la bourse French Tech Emergence de Bpifrance (90.000 €), elle a été suivie par la SATT Sayens (société d'accélération de transfert de technologies), puis mâturée pendant 24 mois au sein de l’incubateur régional Deca-BFC. Elle est également aidée par le Réseau Entreprendre Bourgogne, Laurent Boidron, dirigeant d’AnthroPi, une start-up dijonnaise spécialisée dans la simulation d’appels d’urgence, faisant office de parrain.

 

 Jérémy Paris, un chercheur passionné d’entreprendre

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Jérémy Paris, le fondateur de SON, est originaire de la région parisienne. © Arnaud Morel

Né à Nemours (Seine-et-Marne), Jérémy Paris doit à ses études en chimie d’être devenu Dijonnais d’adoption. Son doctorat portant sur les nanoparticules à usage médical en poche, il passe un master en administration des entreprises. La fibre entrepreneuriale le travaille depuis toujours. « Je n’imagine pas mes recherches sans leur valorisation », affirme-t-il. Depuis qu’il dirige SON, l’homme de 37 ans a dû s’habituer à prendre l’avion, ce qu’il a toujours détesté, et à se concentrer sur le développement de sa SAS. « Quand on est chef d’entreprise, on n’a plus qu’une seule passion, son entreprise », estime ce jeune père d’un fils de 20 mois.

 (*) Un nanomètre est égal à un millionième (10 -6) de millimètre

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