Née d’un projet de recherche sur les médicaments innovants, la start-up a conçu un système modulaire pour optimiser la production de CAR-T, des cellules génétiquement modifiées très efficaces dans le traitement des cancers du sang. D’ici à la fin de cette année, les premiers appareils fabriqués à Besançon seront testés par dix laboratoires partenaires, notamment aux États-Unis et en Chine.


En transformant, par modification génétique, les lymphocytes T du malade en « missiles » ciblés contre les cellules cancéreuses, les CAR-T (*) ont démontré une efficacité inédite face à certaines formes de cancer du sang, comme la leucémie et le myélome multiple. Porteuse de grands espoirs, cette révolution thérapeutique peine pourtant à se démocratiser, faute d’industrialisation.

Or, une société de Besançon (Doubs) prend position sur ce marché encore peu exploré : Cellquest. Hébergée au centre de développement Bio-Innovation pour la médecine du futur, cette start-up industrielle développe des solutions pour simplifier et optimiser la fabrication des cellules médicaments.

 

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La société a été créée en mai 2020 par Guillaume Wallart, auparavant chef de projet chez iLsa à Marchaux, dans l’agglomération bisontine. Cette PME conceptrice et fabricante d’instruments de laboratoire avait été désignée, en 2017, chef de file industriel de MiMeDi, un projet de recherche sur les médicaments innovants. « J’ai alors découvert qu’il y avait un médicament génial qui changeait la donne. Mais les difficultés de production risquaient d’empêcher son utilisation par le plus grand nombre », relate cet ingénieur en mécanique de formation.

Sa petite équipe de quatre ingénieurs chez Cellquest a mis au point un dispositif modulaire composé de trois machines. À partir du prélèvement sanguin réalisé sur le patient, ces appareils automatisent, en système clos, des opérations successives contrôlées par une caméra : isolement des globules blancs par centrifugation, tri et activation des lymphocytes T, modification génétique par contact avec un lentivirus (responsable de maladie d'évolution lente) et mise en culture de sorte à passer de 20 millions à un milliard de cellules médicaments.

 

Plus rapide et plus économique

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Labellisée deeptech par Bpifrance, la start-up de Besançon (Doubs) a déposé plusieurs brevets, notamment pour son « sablier » qui permet d’accélérer le process d’isolement des globules blancs par centrifugation. © Edwige Prompt


En l’état actuel, jusqu’à huit mois de temps sont requis pour préparer une dose de CAR-T. Guillaume Wallart assure pouvoir ramener ce délai à quinze jours. « Notre système est plus économique. Il divise par quinze le temps de travail du technicien. Et par cinq, a minima, le coût de la matière première en réduisant la quantité de cellules prélevées et de milieu de culture », affirme le dirigeant de la jeune pousse bisontine.

Cette solution s’avère également être beaucoup plus compacte : sur un linéaire de 5 mètres, il serait possible de produire 3.000 médicaments par an. Le changement d’échelle serait considérable, puisqu’on estime que 8.000 CAR-T sont fabriquées annuellement dans le monde, pour un prix de vente moyen colossal de 320.000 €.

À son lancement, Cellquest a bénéficié d’1,1 million d’€ de crédits européens alloués par la région Bourgogne-Franche-Comté dans le cadre de MiMeDi. En 2021, elle a été lauréate de l’appel à manifestation d’intérêt de l’État sur les biothérapies et a pu être accompagnée par Bpifrance dans le développement d’une version 1 de sa solution.

 

Levée de fonds d’1,5 million d’€

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Ingénieur mécanique de formation, Guillaume Wallart a quitté son poste de chef de projet chez iLsa à Marchaux (Doubs) pour créer Cellquest en mai 2020. © Edwige Prompt


Une première levée de fonds d’1,5 million d’€ est actuellement en cours de finalisation. Complétée par une nouvelle aide de Bpifrance – 1 million d’€ au titre du label deeptech – elle permettra la construction de dix prototypes d’ici à la fin de cette année. Ces appareils seront testés dans des laboratoires partenaires et potentiels clients à venir, parmi lesquels l’Établissement français du sang (EFS) à Besançon et des sous-traitants pharmaceutiques aux États-Unis et en Chine.

Ces deux pays constituent, avec l’Europe, les destinations cibles de Cellquest pour ses futures ventes. Espérée pour 2024, la première commercialisation devrait d’ailleurs s’effectuer outre-Atlantique, car les autorisations de mise sur le marché des dispositifs médicaux y sont délivrées plus rapidement que dans l’Union Européenne.

 

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L’industrialisation des machines sera sans doute confiée à la « grande sœur » iLsa, dont les actionnaires sont entrés au capital de Cellquest. L’entreprise de Marchaux prendra en charge la fabrication des « éléments stratégiques », notamment ceux brevetés comme le « sablier » qui sert à isoler les globules blancs. « Pour le reste, nous prévoyons de faire appel principalement à des fournisseurs locaux », annonce Guillaume Wallart.

(*) Chimeric Antigenic Receptor, soit récepteur antigénique chimérique

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