Magazine spécialisé dans le vigne et le vin depuis 25 ans, Bourgogne Aujourd’hui, à Beaune, résume dans son numéro anniversaire (*), sorti l’hiver dernier, un quart de siècle « qui a tout changé » dans le vignoble bourguignon. La fin des vendanges qui approche est l’occasion de revenir sur l’évolution économique de la filière et de proposer quelques ouvrages incontournables pour les amateurs de vin.


• Des capitaux étrangers à la conquête de la Bourgogne


Européens, asiatiques, américains... Le vignoble de Bourgogne attire de plus en plus de capitaux étrangers. Le phénomène était rarissime dans les années 1990. L'histoire retient la création en 1994, par la maison beaunoise Joseph Drouhin d'une holding avec son importateur japonais Snow Brand Milk qui en a pris temporairement le contrôle à 51%, et en 1996, le rachat par l’industriel Allemand Günter Freund du Clos des Lambrays dans la Côte de Nuits (repris plus tard par Bernard Arnault).

Le phénomène s’accélère dans les années 2010. Il suscite même l’émoi dans le vignoble en 2012 lorsqu’un investisseur chinois rachète le château de Gevrey-Chambertin à un prix record de 8 millions d’€ pour seulement 2 hectares de vignes. Grands amateurs de bourgogne, les Américains s’offrent de beaux domaines. Le château de Pommard est acheté en 2014 par Michael Baum, PDG de foudre.org dans la Silicone Valley. A Pernand-Vergelesses, le Domaine Bonneau du Martray passe, en 2017, aux mains d’un milliardaire américain, Stanley Kroenke qui a des vignes en Californie.


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• Les grandes fortunes françaises font monter les prix

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Le Clos de Tart, 7,5 ha en Côtes de Nuits, a été racheté en 2017, 280 millions d'€. © Wikipedia

En 2006, François Pinault, qui est l’une des plus grandes fortunes françaises, acquiert pour 13 millions d’€ le Domaine Engel à Vosne-Romanée. Cette opération attire l’attention sur le vignoble bourguignon, ce dont se passeraient bien les opérateurs locaux de la viticulture qui ont du mal, avec la valorisation des biens, à résoudre la question de la transmission à la jeune génération.
Le renchérissement des terres arrive à son summum lorsque le même milliardiaire, à travers son holding Artemis, débourse près de 280 millions d’€ en 2017 pour les 7,5 hectares du Clos de Tart, certes un joyau de la Côte de Nuits.
Déjà, en 2014, le prix qu’avait payé Bernard Arnault, 101 millions d’€ le Domaine des Lambrays (Morey-Saint-Denis) avec ses 8,70 hectares de grand cru Clos des Lambrays en quasi- monopole avait dépassé toutes les estimations.
Moins fortuné que les deux cités plus haut, mais tout de même héritier d’une des familles actionnaires de Promodès (groupe de la grande distribution), Olivier Halley achète en 2012 le château de Marsannay et ses 40 hectares de vignes et la société d'exploitation du château de Meursault (60 hectares) qui appartenait à la famille Boisseaux, qui domina longtemps le vignoble de Bourgogne.
 

 

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• Les Beaunois font une incursion dans les vignobles alentour

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Une cave de la Maison Champy, qui se présente comme la plus ancienne maison de vins bourguignonne, fondée en 1720. ©  Michel Joly.

Pour élargir leurs marchés, les maisons de vins de la Côte de Beaune  font une incursion dans le vignoble du Beaujolais, le Chablisien (Yonne) et le Jura.
En 1996, Louis Jadot achète le Château des Jacques et ses 36 hectares de vignes dans le Beaujolais. Plus de 10 ans plus tard (2008), Louis Latour à Aloxe-Corton s’implante dans le Beaujolais, en reprenant la maison Henri Fressy.
Bouchard Père & Fils (groupe champenois Henriot) rachète en 1998 la maison William Fèvre à Chablis (Yonne) et son vignoble de 64 hectares. Faiveley (Nuits-Saint-Georges) s’implante à son tour en Chablis, en 2014, en rachetant le domaine Billaud-Simon (20 hectares).

L’un des premiers à s’intéresser au vignoble du Jura où la valeur moyenne d’un hectare est 11 fois moins élevée qu’en Bourgogne, est Guillaume D’Angerville à Volnay. Après avoir acheté deux petits domaines à Arbois fin 2011, réunis sous le nom de Domaine du Pélican, il reprend l’exploitation du domaine réputé de Montigny-les-Arsures, celui de Jacques Puffeney. La famille Duvillard (Château de Chamirey à Mercurey, en Saône-et-Loire) investit dans le Jura en acquérant les 65 hectares du Domaine Rolet à Arbois. Quant au groupe Boisset, il s'offre en 2015 l'ancestrale maison Henri Maire, également située à Arbois.

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L’inverse est vrai aussi. Des maisons d’autres vignobles français s’intéressent à la Bourgogne.  Le groupe champenois Henriot avait racheté Bouchard Père & Fils en 1995. De leur côté, Les Champagnes Jacques Bollinger acquiert Chanson Père et Fils à Beaune et son domaine de 86 hectares, en 1999.  AdVini, opérateur coté en bourse propriétaire de vignes dans le Bordelais, le Languedoc et les Côtes du Rhône rachète d’abord en 2006 Laroche à Chablis, puis presque 10 ans plus, la maison beaunoise Champy.

Les négociants beaunois ne sont pas en reste et s'intéressent au vignoble nord américain. Louis Jadot s’intalle en Oregon en 2013. Il succède à la maison Joseph Drouhin installé sur place depuis 1987 et qui a  étendu en 2014 sa surface viticole de 112 hectares.


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AdVini rachète la maison beaunoise Champy.

Ravi Viswanathan, le nabab du vin indien.

La maison de vin Joseph Drouhin programme près de 10 millions d'€ d'investissement en Bourgogne

Le négociant éleveur de Beaune, Louis Jadot étend ses domaines en Bourgogne et aux Etats-Unis

Louis Latour fait du Château de Corton-Grancey, la vitrine de son groupe viticole

A Nuits-saint-Georges, la maison de vins Faiveley fait de sa nouvelle cuverie une oeuvre architecturale

 

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• Les négociants deviennent vignerons et les vignerons se regroupent en coopératives

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Quelques grosses coopératives demeurent, comme celle des Vignerons de Buxy en Saône-et-Loire qui a ouvert en 2019, un espace dédié à l'oenotourisme. © Traces Ecrites

La vente des vins en bouteilles n’était pas usuelle dans le vignoble de Bourgogne jusque dans les années 1970 où le conditionnement était plus pratique pour l’exportation vers les Etats-Unis. Au cours des années 1990, le phénomène prend de l’ampleur pour devenir la règle. C’est aussi à cette époque que les négociants qui achetaient presque exclusivement les raisins en vrac pour les transformer, renforcent leur patrimoine et achètent des domaines pour sécuriser leur approvisionnement, lissant le vieux clivage propriétaire-négociant.
Aujourd’hui, 15% du vignoble bourguignon appartient aux maisons de vins, précise l’auteur de l’article de Bourgogne Aujourd’hui, Elisabeth Ponavoy. Le négoce est à l’origine du développement exponentiel des exportations. Désormais, une bouteille sur deux est vendue à l’étranger, avec le peloton de tête Etats-Unis, Grand Bretagne, Japon vérifier
Autre phénomène structurel, les viticulteurs bourguignons se désengagent des coopératives pour travailler eux-même leurs vins et les mettre en bouteille. Quelques grosses coopératives comme celle Les vignerons de Buxy et la cave de Lugny, toutes les deux en Saône-et-Loire, restent cependant des acteurs inc

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