Quatre start-ups bourguignonnes – Camcha, Mend Me, Event’hi et La Tribu digitale – dirigées par des femmes ont bénéficié d’un accompagnement spécifique dans le cadre du programme « Booste ta start-up », piloté par les Docks numériques à Dijon. À l’heure du bilan, après six mois de travail, les créatrices d’entreprise sont plus que jamais engagées dans le développement de leur jeune pousse. Elles sont à la fois motivées et réalistes.

Entre femmes et start-ups, la rencontre est encore trop rare. Moins de 15 % des jeunes pousses sont fondées par des créatrices en France, et la plupart d’entre elles sont associées à un homme quand elles se lancent. Ceux-ci lèvent en moyenne 3,4 fois plus de fonds que leurs homologues au féminin pour le financement de leur projet. En 2021, 88 % du montant total levé par les start-ups françaises étaient destinés à celles dirigées par des hommes.

À cette réalité s’ajoute un autre constat, spécifique au numérique : les femmes ne représentent qu’une vingtaine de pourcents des emplois de ce secteur, et l’avenir ne se dessine pas dans leur sens, car elles occupent une portion encore plus congrue des effectifs étudiants : moins de 10 % dans les BTS, à peine au-delà dans les écoles d’ingénieur(e)s. 

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L’accumulation ces deux constats a donné naissance à un programme original, en Bourgogne-Franche-Comté : « Booste ta start-up ! » « Il s’agit d’un parcours d’accompagnement de six mois, destiné à des fondatrices de start-ups du numérique », rappelle Jean-François Canzano, directeur des Docks numériques à Dijon, pilote du projet. Lancé le 14 janvier 2025 dans les locaux de la medtech dijonnaise Crossject, le programme s’est achevé le 8 juillet, par une rencontre entre les quatre créatrices accompagnées, leur mentor respectif et l’équipe des Docks.

Car tout l’intérêt de l’opération, qui a mobilisé un budget de 35.000 euros financé à 70 % par la préfecture de Bourgogne-Franche-Comté, réside dans l’appui apporté aux créatrices par des dirigeantes plus expérimentées. « La force, ce sont les rencontres ressourçantes qu’il permet », résume Anne de Forsan, dirigeante du cabinet parisien de relations presse Stories Out, qui envisage aujourd’hui d’ouvrir un bureau dans l’Yonne. « Mes échanges avec Carole ont été reboostants », confie pour sa part Florence Poulet, fondatrice et dirigeante de Follower Products, entreprise dijonnaise spécialisée dans la conception et le déploiement de solutions connectées pour la traçabilité.  

Convaincues par le dispositif

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Les acteurs de "Booste ta start-up !" réunis pour la rencontre de clôture le 8 juillet à Dijon.De gauche à droite : Anne de Forsan (Stories Out, mentor), Jean-François Canzano (les Docks numériques, directeur), Nathalie Grimaud (La Tribu digitale, créatrice), Éva Jaber (Event’hi, créatrice), Laurence Medioni (Matawan, mentor), Lauren Michel (Alta-M, mentor), Carole Boudot (Camcha, créatrice), Florence Poulet (Follower Products, mentor), Christophe Clot (coach), Élisa Cherrier (Mend Me, créatrice). © Patrice Bouillot

 

Outre ce mentorat, les créatrices ont participé à des ateliers mensuels et elles ont bénéficié d’un suivi stratégique et opérationnel, opéré par Jean-François Canzano et le coach et spécialiste en IA Christophe Clot. Leurs start-ups ont fait l’objet d’une mise en lumière sur les réseaux sociaux, dans la presse et lors d’événements – une manière de répondre à une autre réalité de l’entrepreneuriat féminin : ces entrepreneuses communiquent moins que leurs homologues masculins, c’est tout le syndrome de l’invisibilité des actrices de l’économie.

Quel premier bilan tirer alors pour les créatrices ? « Lever la tête du guidon a été nécessaire, avoue Carole Boudot, fondatrice et dirigeante de Camcha, société dijonnaise qui déploie des comités d’entreprise externalisés pour les PME. Booste ta start-up  nous a permis de faire le pas de côté qui amène à s’interroger sur la stratégie, les problématiques… » La dirigeante évoque la solidarité qui s'est instaurée entre femmes : « Sans être féministe, j’ai apprécié d’échanger avec des femmes de sujets spécifiques aux femmes, aux mamans que nous sommes. »

L'initiative régionale lui a permis de rencontrer Nathalie Grimaud, fondatrice de La Tribu digitale, à Champignelles (Yonne), qui propose mentorat et formation pour aider les mères de famille à trouver leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Et elles ont fait affaire ! « Nous avons engagé un partenariat, qui va permettre aux mamans de la Tribu digitale de bénéficier de l’offre de prestations de CSE de Camcha », se réjouit Nathalie Grimaud, qui se dit « plus que jamais motivée » par la réussite des quelque 1.700 mamans déjà accompagnées par son entreprise et par la communication sur ses enjeux. Quant à Éva Jaber, fondatrice d’Event’hi, jeune pousse dijonnaise qui propose « des rencontres sans algorithmes », elle confie que le programme l’a amenée à engager une réflexion sur son modèle économique – elle se donne l’été pour la prolonger.

Financement, recrutement, RSE, internationalisation : des enjeux communs 

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"Booste ta start-up nous a permis de faire le pas de côté qui amène à s’interroger sur la stratégie, les problématiques…", estime Carole Boudot, fondatrice de Camcha à Dijon. © Camcha

 

Lors des débâts de clôture, les dirigeantes ont échangé sur des sujets qui résument bien les difficultés rencontrées par des start-ups fondées il y a quelques années et qui se trouvent actuellement en phase de croissance. À l’image de Mend Me, atelier de réparation de vêtements doublé d’une plateforme web qui ambitionne de donner corps à la mode circulaire : la jeune société engage un contrat national avec l’enseigne IKKS, qui va se déployer dans 150 boutiques d’ici à la fin de l’année, représentant « une très grosse charge de travail à venir », souligne la dirigeante, Élisa Cherrier.

Ces entreprises naissantes se trouvent confrontées à des enjeux de financement de leur croissance et de recrutements. « Nous allons passer de six à vingt personnes sur le terrain, c’est un sacré défi ! », explique Carole Boudot. « Il est désolant de constater que nous ne recevons quasiment aucun CV de femmes pour des postes de technicien ou d’ingénieur, regrette pour sa part Florence Poulet. La proportion de filles dans les sciences est passée de 24 à 22 % ces 40 dernières années. Mais il ne faut pas se résigner. »

Delphine Morandet, membre du comité de direction de la French Tech Bourgogne-Franche-Comté et déléguée régionale femmes du numérique, reconnaît que les choses évoluent lentement, mais les acteurs de la filière restent largement mobilisés, évoquant par exemple le programme « Tech pour toutes » porté notamment par le syndicat professionnel Numeum et par l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria). 

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Grandir donc, mais sans jamais oublier la responsabilité sociétale et environnementale : le sujet est spontanément évoqué. Par Carole Boudot notamment, qui vient d’obtenir pour Camcha la labellisation « Entreprise à mission ». « Il ne faut pas oublier les enjeux RSE quand on grandit vite », confirme Laurence Medioni, directrice RSE et transformation de l'entreprise de Mâcon (Saône-et-Loire) Matawan, 250 salariés désormais, spécialiste des solutions d’intermodalité dans le transport public. Avec sa casquette de fondatrice de l’agence dijonnaise Possible, spécialisée dans l’accompagnement RSE, Delphine Morandet confirme l’importance majeure du sujet pour l’image, le positionnement et l’attractivité des jeunes entreprises. Elle ajoute un autre enjeu incontournable, celui du développement à l’international. Celui-ci concerne par exemple Nathalie Grimaud, laquelle a entrepris de « recruter » des mamans pour La Tribu digitale parmi les expatriés jusqu’au Japon ou en Thaïlande.  

Booste ta start-up ! est désormais terminé mais « les contacts se poursuivront entre les créatrices, leurs mentors et les Docks numériques », assure Jean-François Canzano. Avec cette conviction partagée que résume Laurence Medioni : « Nous visons un objectif mais c’est le chemin qui est magnifique. »

 

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