La deuxième édition régionale Bourgogne-Franche-Comté de la French Tech Connect s'est déroulée jeudi dernier 3 juillet au stade Gaston Gérard de Dijon. Le succès était au rendez-vous avec 600 inscrits, le double de l’année précédente à Besançon. De nombreuses tables rondes ont été organisées dont une sur le thème ainsi intitulé : « quand l’innovation devient la meilleur défense ». Et si cette innovation venait d'abord de la matière grise ?
« Si vous n’avez pas encore été attaqués, c’est que vous allez l’être. » Dès le démarrage de la table ronde, le ton est donné, par Véronique Brunet. La déléguée à la sécurité du numérique à l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) est formelle : aujourd’hui, « on ne peut plus se passer de la cybersécurité. » Les dangers sont croissantsn et touchent un panel de plus en plus large d’entreprises, y compris de petite taille.
L’utilisation croissante de l’IA comme levier de fraudes risque de multiplier le nombre d’attaques et de les rendre plus « performantes. » C’est inévitable selon Fabien Hazebroucq, directeur des fonctions support dans l’entreprise Trinaps qui organise des diagnostics et audits cyber depuis son siège social de Belfort. « Demain, les mails d’hameçonnage seront tellement bien faits que vous ne verrez plus du tout la différence avec un véritable mail », affirme-t-il. D’après l'expert, l’IA comme tout système informatique, est également vulnérable, et c’est surtout avec notre matière grise que nous pouvons la combattre « Il faut mettre de l’humain face aux technologies, face à l’IA. L’humain est à la fois la source du problème, mais aussi la solution »,poursuit Fabien Hazebroucq.
Concernant la source de l'incident, Véronique Brunet rappelle qu'elle « se trouve souvent entre la chaise et le clavier. » Du côté de Trinaps, on se souvient d’une entreprise qui avait mis en place un bon arsenal de sécurité en cybersurveillance. « Pourtant, elle a été attaquée par une faille toute bête : les salariés se connectaient depuis leur téléphone personnel au Wi-fi de l’entreprise. C’est par ce biais qu’il y a eu une intrusion au sein de son système », relate Fabien Hazebroucq.
Pour l’ANSSI, c’est par la formation qu’il faut agir. L’organisme propose un Mood accessible à tous sur son site internet. L’ensemble des équipes doit être sensibilisé, ainsi que les sous-traitants qui vont constituer la première cible. « Il faut voir la cybersécurité à 360 degrés » rappelle le dirigeant de Trinaps, « c’est surtout un travail de proximité qui est à entreprendre sur toutes les parties concernées. La solution ne consiste surtout pas à prendre la dernière technologie à la mode et à l’appliquer ». Si l’on comprend bien le fonctionnement de l’entreprise, et le comportement des salariés, on peut mettre en place des protections.
Un centre d’appel face aux risques

Une riposte régionale a été mise en place. Le centre régional de cybersécurité et systèmes d’informations (CSIRT - BFC) a été créé par l’ARNia (Agence régionale du numérique et de l'intelligence artificielle) dans le but de gérer les situations d’attaques rencontrées par des collectivités, des entreprises et des associations, parmi les 25 sites de ce type qui ont été installés en France. Sébastien Morey, son responsable en Bourgogne-Franche-Comté, présente le centre comme un système de régulation, un peu comme le Samu, joignable 7j/7. « Nous coordonnons la gestion de la crise du début à la fin. Cela nous permet d'établir des corrélations d’incidents ensuite, de sorte à protéger un prestataire »,précise-t-il.
Faut-il s'en réjouir comme signe de prise de conscience, ou s'en inquitér ? Le CSIRT-BFC a enregistré un accroissement de 60 % du nombre d’appels en un an, soit un total de 400. D’après le dispositif gouvernemental d’action contre la cybermalveillance publié en début d’année sur la base de chiffres de 2023, le piratage de comptes bancaires forme la principale source de fraude avec 23,5 % des cas recensés. Pour les gros paiements, les acteurs de la table ronde rappellent la possibilité d’effectuer un virement à un euro pour vérifier sa bonne réception avant de virer une somme plus conséquente ensuite. Viennent ensuite les problématiques d’hameçonnage pour 21,2 % des fraudes puis les rançongiciels à 1 7%.
La plupart du temps, les organismes attaqués ne sont pas bloqués en totalité. Toutefois, Sébastien Morey se souvient avoir été contacté par une entreprise dont aucune des machines ne fonctionnaient plus. Cinq jours ont été nécessaires pour revenir à la normale, et le dirigeant a préféré payer la rançon de quelques milliers d’euros, en bitcoin.
Des data-centers de proximité, la meilleure voie pour sauvegarder ses données ?

Si Sébastien Morey comprend le désarroi des entrepreneurs, il les met toutefois en garde contre le paiement des rançons. « Rien ne dit que la situation sera rétablie ensuite », prévient-il. Dans tous les cas, le directeur du CSIRT-BFC les encourage à porter plainte auprès des autorités compétentes.
Véronique Brunet, quant à elle, met en garde les entreprises sur l'enjeu de la sauvegarde de leurs données « Nous devons faire attention à nos lieux de stockage. Il est important d’avoir des prestataires de proximité, comment faites-vous quand les données sont en Chine ? », a-t-elle interrogé. Trinaps a ainsi construit son data-center à Belfort même. Présent sur son stand à la French Tech Connect BFC, Maxime Rouiller, directeur du développement chez DTiX Datacenters rappelle le sérieux et la fiabilité de ses infrastructures de sécurité situées à Chevigny Saint-Sauveur près de Dijon, et à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) : « en voyant le développement de ces centres, nous nous sommes dit que rien n’empêchait d’en installer un à Dijon qui soit ultra-sécurisé », confie-t-il.
La PME au chiffre d'affaires d'1 million d'euros vient d’officialiser ces derniers jours un contrat avec le groupe Urgo et elle travaille depuis sa création avec le concessionnaire autoroutier APRR. « Ces entreprises qui ont hautement besoin de sécurité, nous ont fait confiance », appuie Maxime Rouiller. Fort de telles références, DTiX prévoit d'ouvrir un data-centre supplémentaire, en dehors fde la région, à Mulhouse (Haut-Rhin) ou à Annecy (Haute-Savoie).













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