La PME a obtenu le label de la fédération nationale des travaux publics distinguant les pratiques les plus vertueuses de ressources humaines et développement durable. Elle a décroché le niveau supérieur, la classe « excellence ». La reconnaissance ne peut que lui faire du bien pour poursuivre son développement, fondé sur les travaux de canalisations d’eau potable et eaux usées, ainsi que sur la relation de fidélité et proximité.

 Le « Monsieur Jourdain de la RSE » comme il se nomme a fini par être reconnu. Le spécialiste des travaux publics Boucard TP à Vuillecin près de Pontarlier (Doubs) est entré depuis quelques semaines dans le club des entreprises de son secteur d’activités labellisées par sa fédération nationale (FNTP) pour ses actions de responsabilité sociétale. Et pas à n’importe quel niveau : il a d’emblée décroché la version premium du dispositif, la « RSE Excellence. »

Tel a été le résultat de l’audit opéré par un cabinet extérieur. Pour en arriver là, faut-il verser dans l’extraordinaire ? La réponse est clairement non, à observer les pratiques de la PME de 28 salariés. « Du pragmatisme avant tout et la volonté de faire du mieux possible », synthétise Patrick Comte, l’ancien gérant de Boucard Travaux Publics jusqu’en 2021, qui accompagne son successeur Jérémie Ferreux et a piloté cette démarche. « Cela commence par du matériel toujours bien soigné, le respect des clients et fournisseurs, le travail dans la durée », ajoute-t-il.

 

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La société a aussi veillé de longue date à « soigner » ses employés…potentiellement tentés de franchir la frontière suisse toute proche pour y empocher des salaires plus élevés. Depuis la fin des années 1990, elle pratique l’intéressement, annualise les horaires et la poussée du nombre de semaines de congés annuels à six, répartis entre trois été et trois dans les hivers, souvent plus rudes dans ce coin du haut-Doubs.

Vis-à-vis des fournisseurs, « la fidélité est notre devise » souligne Patrick Comte, avec des relations renouvelées d’année en année. Quant au développement durable, voilà encore un concept mis en œuvre avant qu’il ne soit formalisé. « Cela fait 13 ans que nous recyclons », souligne l’ancien dirigeant : à Vuillecin, une plateforme accueille 10.000 à 15.000 m3 par an de déchets inertes (matériaux démolis, anciens enrobés, bétons hors d’usage…) pour leur revalorisation. « Et nous faisons attention à la préservation de la biodiversité sur nos chantiers privés de la même manière que sur les marchés publics où elle est imposée par les règlementations », ajoute Patrick Comte.

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La PME de 28 salariés est historiquement spécialisée dans les travaux de réseaux d'eau et d'assainissement. Ceux-ci ont repris une part prépondérante dans son chiffre d'affaires pour en représenter près des trois-quarts actuellement. © Mathieu Noyer


La prévention sécurité autour notamment d’une grande journée annuelle de passage en revue, aussi bien que la formation par l’apprentissage font partie des fondamentaux de cette PME qui pousse la promotion interne autant que possible. Deux chefs d’équipe ont débuté comme apprenti et plus encore, c’est sous ce statut que l’actuel dirigeant est entré en 1998 à l’âge de 15 ans pour gravir les échelons. Avant Jérémie Ferreux, Patrick Comte a lui aussi débuté sa carrière comme apprenti-géomètre à l’instar, par coïncidence, de la première génération de dirigeant, à savoir le fondateur en 1978 Jean-Claude Boucard.

Une structuration par la rencontre avec le cluster Ecorse TP

La rencontre avec la consultante Chloé Doisy, dans le cadre d’Ecorse TP le cluster en Bourgogne-Franche-Comté de promotion de la RSE dans les travaux publics, a créé les conditions pour structurer ou formaliser les initiatives et rentrer dans le cadre du label de la Fédération nationale des travaux publics. L’audit extérieur a délivré sa note à Boucard TP, légèrement supérieure au seuil plancher du niveau Excellence. Il s‘agit désormais pour la PME de maintenir sa performance dans la durée, pour commencer pendant trois ans jusqu’à l’audit de renouvellement.

Si cette distinction n’ouvre pas en soi les portes aux contrats, elle est évidemment tout sauf préjudiciable aux prospections de marchés de la PME. Dans un contexte chahuté. Historiquement et aujourd’hui toujours majoritairement basée sur les travaux de canalisations, l’activité a été diversifiée, vers les terrassements, les aménagements de lotissements, etc. Mais ce filon se tarit aujourd’hui, même dans ce territoire supposé prospère grâce au voisinage de la Suisse… ou pas : les dirigeants de Boucard constatent que cet emplacement déclenche une flambée des prix de l'immobilier sans adéquation avec le gros de la demande et bloque ainsi la construction de maisons et appartements.


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Le déploiement de la fibre optique, autre voie trouvée vers le « sec », étant terminé dans le Doubs, les solutions se trouvent sur quelques opportunités ciblées comme les zones commerciales frontalières, mais plus encore dans le confortement des sources. Autrement dit, les réseaux d’eau potable et d’assainissement. Selon Jérémie Ferreux, « la part de tels travaux est remontée à environ trois-quarts du chiffre d’affaires », celui-ci s’étant établi à 5,4 millions d’euros lors du dernier exercice clos le 31 mars dernier, en ligne avec les montants depuis la sortie de la crise sanitaire. Dans ce contexte, « la tendance à la baisse des appels d’offres publics depuis mai-juin » telle que rapportée par l’actuel dirigeant, forme un point de vigilance pour lui, bien qu’il détecte une tendance de long terme à accélérer les travaux de renouvellement des conduites, longtemps parent pauvre des investissements des collectivités locales.

Quoiqu’il en soit, Boucard mise sur la force qu’il considère comme principale : la proximité. « Nous travaillons dans un rayon de 40 km, pas davantage. Au-delà, les clients ne vous connaissent pas », estime Patrick Comte. A l’intérieur de ce cercle premier, ces clients ont l’embarras du choix, « la concurrence est dense », reconnaît Jérémie Ferreux. Mais Boucard TP n’est pas la moins armée.  

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Patrick Comte (à gauche) a cédé les rênes de l'entreprise à Jérémie Ferreux (à droite) mais il y demeure bien actif pour piloter certains dossiers, comme ce fut le cas de la labellisation RSE spécifique à la filière des travaux publics. © Mathieu Noyer

 

Une dizaine de pionniers dans la région

Lancé en 2021 par la fédération nationale des travaux publics,  le label Parcours RSE-TP a distingué pour l’heure une dizaine d’entreprises en Bourgogne-Franche-Comté. Maurice Thivent, à la Chapelle-sous-Dun (Saône-et-Loire), partage avec Boucard TP une place dans la catégorie supérieure, le niveau Excellence. Les autres ont atteint le niveau « performant », « engagé » ou « avancé » : les Franc-Comtois Vermot TP, Pellegrini, Poissenot, Benetruy et Petitjean, ainsi que les Bourguignons SCUB et DVF (Dijonnaise de Voies Ferrées) Le Grand Est réunit également une douzaine de sociétés labellisées comme Lingenheld, Trabet, Berthold et Alter.  

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