La dernière étude de l’Urssaf Franche-Comté souligne une différenciation des profils des frontaliers vers la Suisse, selon qu’ils résident entre Franche-Comté et Alsace d’une part, ou en Rhône-Alpes d’autre part. Cette tendance concerne en particulier le secteur d’emploi et le niveau de rémunération.
De plus en plus, il y a non pas un frontalier de France en Suisse, mais deux : l’un du « nord » et l’autre du « sud. » L’écart de profil a tendance à se creuser entre les actifs dans la Confédération qui résident en Franche-Comté et dans le Haut-Rhin, et ceux qui habitent dans l’Ain et la Haute-Savoie, soit de part et d’autre de l’ « Arc jurassien », selon la dernière étude annuelle produite par l’Urssaf de Franche-Comté. Ce travail devient de plus en plus de référence au fil de son affinement, année par année. Il a été présenté ce mardi 28 janvier, dans sa version consolidant les chiffres à fin 2023.
La disparité la plus marquée concerne le secteur d’emploi. Au « nord », l’industrie manufacturière occupe une place prépondérante avec une part de 27 % (dans le Haut-Rhin) jusqu'à une pointe de 45 % pour le Territoire de Belfort, en passant par 40 % dans le Doubs et 38 % dans le Jura. Alors que pour l’Ain et la Haute-Savoie, elle ne pèse que 12 %, loin derrière les différents types de services, aspirateurs à emploi dans la tertiarisée agglomération de Genève, voire dans celle de Lausanne.
Cette dichotomie en entraîne d’autres, à commencer, de façon assez prévisible, par celle de la rémunération. Mesurée par l’Urssaf selon le critère qui lui est connu du revenu fiscal de référence, celle-ci se situe vers 60.000 euros annuels pour les actifs résidant dans les deux départements rhônalpins, contre 50.000 euros ou un peu moins dans les autres territoires frontaliers. « Assez marqué » comme le relève D’Jor-Krévys Moueza, directeur par intérim de l’Urssaf franc-comtoise, cet écart est mis en avant par l’organisme comme une hypothèse d’explication d’un autre phénomène : le choix de l’affiliation à l’assurance-maladie suisse, qui progresse en Rhône-Alpes « potentiellement » en lien avec la rémunération supérieure, de préférence au système tricolore.
Bien qu’en retrait de 4 % en 2023, cette affiliation à la Sécurité sociale française demeure dominante. Cette année-là, elle concernait 152.000 travailleurs frontaliers « français » en Suisse sur leur total de 224.000. Représentant 45 % de l'ensemble des frontaliers dans la Confédération, ce chiffre global a progressé de 5 % en 2023 et il désigne à plus de 98 % un statut de salarié.
50 km aller pour un frontalier sur cinq

Par ailleurs, la hausse tendancielle de la distance domicile-travail, décortiquée en finb d'année dernière par une étude de l’Insee Bourgogne-Franche-Comté, n’est pas égalitaire là encore. Elle aboutit à un trajet moyen de 43 km pour le frontalier franc-comtois, contre 28 km pour son homologue rhônalpin (et 35 km pour l’Alsacien). « Un salarié sur cinq parcourt plus de 50 km chaque jour pour rejoindre son travail dans le pays voisin », pointe Amandine Durupthy-Perriand, pilote du service des travailleurs frontaliers en Suisse à l’Urssaf Franche-Comté.
La « division nord-sud » n’est pas généralisée tout de même. Un phénomène se diffuse en particulier de façon moins binaire : la part des frontaliers dans la population active départementale. Sur ce plan, le Doubs avec son taux proche de 15 % (soit un total de 31.354 personnes en 2023) se rapproche de la Haute-Savoie (19,4 %), alors que l’Ain (6,4 %) se situe en queue du second peloton qu’il forme avec le Haut-Rhin (7,8 %), le Territoire de Belfort (7,6 %) et le Jura (7 %).

Dans l’analyse plus détaillée à l’échelle intercommunale, les deux départements les plus marqués par le travail frontalier placent chacun l’un de leur bassin dans les niveaux records : la communauté de communes du Genevois et le Val de Morteau. Plus de six travailleurs sur dix sont embauchés en Suisse.
Et l’étude ne vient pas remettre en cause une conclusion commune à tous les territoires limitrophes de la Suisse : leurs salariés franchissant la frontière y gagnent bien davantage que ceux qui restent sur le versant français. Avec un revenu fiscal de référence moyen mesuré à 55.472 euros il y a deux ans, ce fait-là n’est pas près de disparaître , ni d'exercer une force d'attraction...
(En 2023 par rapport à 2022)
Haute-Savoie : 96.371 soit + 4,9 %
Haut-Rhin : 38.963 soit + 1,1 %
Doubs : 33.722 soit + 6,4 %
Ain : 30.052 soit + 6,7 %
Jura : 7.743 soit + 7 %
Territoire de Belfort : 4.707, soit + 9 %






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