Avec 10 % d’exposants en plus par rapport à 2025 aboutissant à un total de 100, et une fréquentation stable à 1.050 visiteurs, le 5ème salon Euro Supply Chain de Mulhouse (Haut-Rhin) a confirmé sa pertinence dans un contexte économique bien incertain, ce 9 juin au Parc Expo. Malgré les nuages, des acteurs du transport et de la logistique continuent de grandir tout en entrant résolument dans le temps de leur décarbonation. Preuve que les deux dynamiques ne sont pas incompatibles. Eclairage sur quelques exemples.
Schneider Transport gagne des surfaces dans le Sud-Alsace frontalier de la Suisse

Sa croissance « à deux chiffres » de l’an dernier lui donnait des fourmis dans les jambes. Schneider Transport, la filiale française du groupe suisse Schneider, guettait avec une certaine avidité l’opportunité de s’étendre, de préférence à proximité de sa base de Sierentz (Haut-Rhin). Elle l’a trouvée, vite et au plus près : la libération de 2.000 m2 de bâtiments juste à côté de son site lui a permis de s’y installer, dès février dernier, occasionnant une extension d’un tiers de ses capacités. La SAS se trouve ainsi plus à l’aise pour déployer son offre qui regroupe messagerie, transport par groupage ou camions complets, affrètement pour la France et le reste de l’Europe, déclaration d’import/export des flux alternatifs à la route : aériens, maritimes et ferroviaires, y compris, pour ces derniers, les activités le long de la fameuse Route de la soie partant de et menant à la Chine.
Un atout particulier est revendiqué, en lien avec la nationalité de la maison-mère : « l’expertise douanière vers les pays tiers », expose Laurine Rey, responsable commerciale. Autrement dit, la gestion des nombreuses formalités, « de plus en plus complexes », pour les relations avec les Etats voisins de l’UE, « principalement le trio Suisse, Grande-Bretagne et Turquie », précise Laurine Rey. Le dédouanement centralisé national (DCN), qui permet de séparer les lieux de dépôts de la déclaration en douane et des marchandises correspondantes, n’a par exemple pas de secret pour l’équipe française, formée de 60 salariés à Sierentz et de 140 collaborateurs avec les sites en régions parisienne et lyonnaise. Schneider Transport fonctionne ainsi en format de PME « réactive » appuyée sur « la force d’un groupe », qui a tissé depuis son siège à Bâle un réseau de 80 implantations en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. Soit un effectif de près de 1.200 salariés pour un chiffre d’affaires de 484 millions de francs suisses (527 millions d’euros au cours actuel) en 2025.
Charpiot branche ses camions sur l’électrique

L’électrification se met doucement en marche chez le transporteur alsacien et franc-comtois Charpiot. L’heure est pour lui aux tests sur des recharges mobiles, mais les infrastructures fixes ne vont pas tarder. L’entreprise vise pour le tournant 2026/2027 la mise en service de deux ensembles de stations de charge, sur ses implantations principales, à Delle (Territoire de Belfort) et Bartenheim (Haut-Rhin), nouvelle base alsacienne depuis le 1er janvier dernier. « Nous avons prévu une forte puissance, respectivement 1,2 et 2 mégawatts, ainsi que l’application de la technologie MCS (Mega Charging System), de sorte à permettre aux camions de se recharger en 20 minutes s’ils sont dotés des équipements adaptés, ce à quoi les constructeurs travaillent en ce moment », décrit Patrice Bernhard, directeur logistique et qualité-sécurité-environnement. Le dimensionnement initial permettra de brancher quatre poids lourds simultanément, sur chacun des sites.
Charpiot veut ainsi se donner les moyens d’une conversion progressive et partielle à l’électrique de sa flotte, constituée de 70 véhicules tracteurs. La PME d’une centaine de salariés (chiffre d’affaires de 28 millions d’euros en 2025), membre du groupe BBL et spécialiste notamment des opérations douanières avec la Suisse frontalière, reste par ailleurs en quête d’une extension de 10.000 m2. « Le potentiel est là, mais nous avons besoin d’une commande ferme importante et durable pour passer à l’acte », souligne Patrice Bernhard.
Le Franc-Comtois JPA Emballages entre dans sa dimension XL

Le stand JPA Emballages a été une première à Euro Supply Chain pour la PME de Noidans-lès-Vesoul (Haute-Saône). Celle-ci a marqué ainsi sa « volonté d’intensifier l'activité commerciale en Alsace », relève Anthony Monnet, représentant technico-commercial. L’ambition est justifiée par la nouvelle dimension prise par le parc de machines : la ligne XL Jumbo entrée en fonction en novembre dernier permet la fabrication de formats en carton ondulé plus grands, jusqu'à 4,80 m x 2,40 m. Elle ouvre ainsi des débouchés nouveaux à l'emballeur haut-saônois, d’autant plus que celui-ci a adopté la triple cannelure particulièrement résistante aux contenus des emballages. L’investissement s’est élevé à 7 millions d’euros, entre l’acquisition de la machine et l’agrandissement de bâtiment qu’elle a requis. « Nous proposons ainsi une offre à haute cadence, vers nos clientèles traditionnelles des industries et de l’agroalimentaire en particulier, et aussi vers les logisticiens qui deviennent de plus en plus les emballeurs pour le compte de leurs chargeurs », expose Emmanuel Mereo, responsable commercial. JPA Emballages et ses 45 salariés forment la composante « carton » de l’ensemble en périphérie de Vesoul complété de Synembal (palettes bois) et de la structure d’insertion L’Emballage Comtois (montage et conditionnement). Le trio totalise 80 personnes pour un chiffre d’affaires de 26 millions d'euros en 2025, en progression annuelle de près de 10 %.
Lors de la table-ronde inaugurale du salon 2026 avec les élus, la représentante de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), sa vice-présidente mulhousienne aux finances Lara Million, se savait attendue au tournant par le public de professionnels chargeurs et transporteurs s'étant opposé, y compris par des manifestations spectaculaires, au projet d’écotaxe routière de la collectivité envers les poids lourds. La mesure s’apprête à devenir réalité, au 1er janvier 2027, sous le nom de R-Pass. Elle imposera une contribution de 7 à 34 centimes par km pour la circulation sur les axes principaux du réseau géré par la CEA, avec des réductions ciblées de fait vers le transport local, l’objectif consistant d’abord à faire payer le transit international passant par la rive française du Rhin plutôt que par l’allemande où l’écotaxe Maut est en vigueur. Rappelant que « le premier argument est la sécurité », par l’objectif de résorber les bouchons, Lara Million a insisté sur le « 100 % de retour au monde économique des recettes. » D’un montant prévu de 50 millions d’euros, celles-ci doivent se décomposer ainsi, selon l’élue : « 25 millions pour améliorer le réseau, 10 millions d’aides qui seront versées par la Région Grand Est au titre de sa compétence économique, par exemple pour le verdissement des flottes des entreprises, et le solde pour le financement de projets multimodaux. »










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