Le recycleur familial installé au cœur de l’ancien bassin sidérurgique de Lorraine fait honneur à l’histoire – et au présent ! – industriel de ce territoire, par le soin que ses 15 salariés apportent à la valorisation des ferrailles et des métaux non-ferreux. Il vient de regrouper ses activités sur une partie du vaste ancien complexe de l'acier d’Amnéville-Gandrange où il a investi 6 millions d’euros en matériels de pointe.


Orne Recyclage est entrée dans une nouvelle dimension. Depuis l’été dernier, la PME familiale spécialisée dans le traitement des ferrailles et des métaux non-ferreux procède au regroupement de ses activités sur le vaste site à Amnéville (Moselle) qu’elle occupait déjà en partie, et qui forme lui-même une composante de l’immense ancien complexe sidérurgique Unimétal, vestige de l’épopée lorraine de l’acier.

Le redéploiement foncier sur 8 hectares (comprenant 7.000 m2 de bâtiments couverts) s’accompagne d’un important programme d’acquisition de nouveaux matériels, dont une cisaille de 1.000 tonnes de capacité. L’investissement se monte au total à 6 millions d’euros. Cette nouvelle étape vient consacrer la croissance de l’entreprise. Celle-ci puise ses origines dans les activités de récupération de ferrailles de Bruno Poquet au début des années 1990, mais le point de départ de son histoire récente se situe en 2020, à l’arrivée du fils du dirigeant, Cyrille. « Nous avons relancé l’activité avec un camion et un chauffeur, puis grandi », rappelle ce dernier.

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La PME familiale a investi dans une nouvelle cisaille à l'occasion de son regroupement à Amnéville (Moselle). © Orne Recyclage


Dès 2021, l’opportunité s’est présentée de reprendre à sa famille fondatrice la société locale voisine quinquagénaire Orne Métaux, un client historique. C’est ainsi que s’est construite l’activité actuelle, autour des deux piliers, les ferreux (pour deux-tiers) et les non-ferreux, représentant un volume annuel de récupération de 30.000 tonnes annuelles en moyenne. Fluctuant en fonction des cours, le chiffre d’affaires se situe globalement autour de 15 millions d’euros.

« Dans l’environnement concurrentiel important de l’Est de la France en matière de ferrailles, où interviennent aussi des confrères étrangers (Belgique, Pays-Bas, Allemagne…), nous faisons le choix d’être polyvalents. Ainsi, nous traitons les ferrailles massives industrielles, mais aussi celles de démolition ou encore les « chutes neuves » de l’industrie », expose Cyrille Poquet. La liste comprend en fait toutes les spécialités qui peuvent être cisaillées ; à l'exclusion, dès lors, de celles à broyer qui supposent d’acquérir des broyeurs plus gourmands en capitaux.

 

La maîtrise des alliages

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Orne Recyclage tire l'une de ses forces de sa capacité à traiter des métaux non-ferreux (cuivre, aluminium, inox, zinc...) d'une manière qui permet de personnifier les préparations de matière aux besoins précis de chaque client. © Mathieu Noyer


S’agissant des métaux, la palette valorisée se veut également large : cuivre, aluminium, zinc, bronze, laiton, plomb etc. avec un point fort revendiqué sur l’inox. « Nous avons hérité d’Orne Métaux un savoir-faire pointu dans l’analyse des alliages métalliques. Nous oeuvrons à nous maintenir à la pointe », poursuit le dirigeant, âgé de 38 ans.

« Nous investissons aussi dans l’humain », insiste Florent Dias, directeur commercial. L’effectif de 15 salariés permanents a été rejoint en septembre dernier par un responsable environnement, Marc-Antoine Seidel, afin d’engager la PME dans la démarche de certifications Ecovadis, attestant de la validité d’une politique de RSE, Iso 9001 (qualité), 14001 (environnement) et 45001 (sécurité). De façon volontaire : « Nos clients ne l’exigent pas, mais on sent bien que la tendance va dans ce sens », observe Cyrille Poquet.

 

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Cette clientèle, « elle nous ressemble », résument les deux dirigeants. Comprendre : outre quelques grands comptes incontournables de la sidérurgie et de l’industrie qui structurent le bassin d’emploi du nord de la Lorraine, elle est constituée de PME industrielles et locales (le noyau principal se concentre à environ 50 km à la ronde). « Quand nos clients expriment des besoins particuliers, nous sommes en capacité d’y répondre. Par exemple, les exigences des fonderies sont bien connues, nous nous considérons comme pleinement responsables de la réussite de leurs coulées », ajoute Florent Dias.

En amont de la chaîne, l'opérateur indépendant d’Amnéville récupère ses volumes dans un rayon de 150 à 200 km, qui le conduit ainsi du nord du Luxembourg voisin au département des Vosges, à l’Alsace et à la région de Reims. Une fois acheminées à Amnéville, les ferrailles et les non-ferreux sont soigneusement triés par les salariés. Les déchets passent ensuite par les séparateurs magnétiques ou dans un crible « nettoyeur » garantissant au maximum l’élimination des résidus non-ferreux dans les ferrailles envoyées en aciéries. Chez Orne Recyclage, l’amélioration continue n’est pas une expression vaine.

 

Un site chargé d’histoire

Le visiteur ne manque pas d’être impressionné par le lieu qui héberge Orne Recyclage. L’immense terrain ne constitue pourtant qu’une petite partie du complexe sidérurgique qui fit l’essor de la vallée de l’Orne pendant un peu plus de cent ans à partir de la fin du XIXème siècle. La société Unimétal y a formé une référence mondiale du fil en acier. Cédée par Usinor à la fin des années 1990, elle fut rachetée par Ispat, la société d’un entrepreneur indien alors inconnu qui effectuait là sa première incursion en Europe, un certain…Lakshmi Mittal.

Le complexe est installé sur le site de Gandrange qui connut son heure médiatique de gloire en 2008, lors de – l’éphémère – implication du président Nicolas Sarkozy contre sa fermeture. Celle-ci finit par survenir et le démantèlement des dernières installations est intervenu à l’été 2023.

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