Spécialisée dans le moulage de l’aluminium sous pression pour l’industrie automobile, l’usine SAB Thevenin de 70 salariés à Champagnole s’est agrandie en 2024 afin d’accueillir cinq presses dédiées à la motorisation électrique. Mais les commandes et volumes ne sont pas encore au rendez-vous : le nouvel atelier tourne aujourd’hui au ralenti.
D’une puissance variant de 1.050 à 2.000 tonnes, cinq nouvelles machines de moulage sous pression de l’aluminium trônent dans l’atelier de 2.650 m2 que la fonderie SAB Thevenin a inauguré en septembre dernier à Champagnole (Jura). Cet investissement de 11,5 millions d’euros (*) s’inscrit dans la stratégie de diversification amorcée en 2017 par le groupe SAB, propriétaire depuis une grosse décennie du site jurassien de 70 salariés permanents qui fond, usine et surmoule des composants destinés principalement à l’industrie automobile : climatiseurs, directions, boîtes de vitesse, systèmes de freinage, etc.
Afin de compenser la déclin annoncé de la motorisation thermique, le groupe familial rhônalpin, spécialiste du moteur Diesel, a identifié de nouveaux marchés sur lesquels se positionner : le deux-roues - il fournit déjà des pièces de cadre aux vélos Douze Cycles près de Dijon - l’aéronautique avec la certification spécifique EN 9100 en cours d’obtention, ainsi que la mobilité électrique ou à hydrogène.
À Champagnole, l’agrandissement de son « centre de compétences » pour la technologie du moulage par injection sous pression - qui réunit désormais 19 presses à l'intérieur de 10.450 m2 couverts - doit justement répondre aux besoins des constructeurs de véhicules électriques.
« Nous avons décidé de nous doter de machines beaucoup plus grosses que celles dont nous disposions déjà, de sorte à pouvoir produire des pièces de plus grande taille ou en plus grande quantité avec des moules multi-empreintes (**) », explique Philippe Collange, le responsable des relations externes de SAB. La presse de 2.000 tonnes a ainsi été affectée au moulage de pièces de carters pour E-motors, la co-entreprise de Stellantis et du Japonais Nidec qui a lancé en 2023 une ligne de montage de moteurs électriques près de Metz (Moselle).
Des clients en manque de visibilité

Mais le nouvel outil industriel est encore loin de donner sa pleine mesure. « Aujourd’hui, tous les projets dans l’électrique connaissent des retards au démarrage », constate Philippe Collange. Les plannings sont décalés ou les volumes s'avèrent moins importants que prévus. « La situation nécessite d’avoir les reins solides financièrement », poursuit le responsable des relations externes qui s’inquiète « du manque de visibilité de [ses] clients », composés d'équipementiers et de constructeurs comme Renault et Stellantis.
Las, ce nouveau marché peine à décoller tandis que le secteur automobile, dans son ensemble, subit un très sérieux coup de frein. De ce fait, pour le bilan 2024 à venir comme les perspectives 2025, SAB s’attend à une « petite érosion » de ses ventes. En 2023, son chiffre d’affaires consolidé se montait à 100 millions d’euros, réalisé à 60 % à l’export. En attendant des jours meilleurs, le groupe d’« un peu plus de 500 salariés » fait le dos rond, après avoir « réduit drastiquement le volant d’intérimaires. » La fonderie de Champagnole a par exemple dû se séparer d’une vingtaine d’opérateurs en intérim.

La société SAB (acronyme de Sous-traitance Appliquée de Belmont-de-la Loire) a été fondée en 1975 dans le département de la Loire par Jean Grosselin, le père du dirigeant actuel Jean-François Grosselin. Le groupe agrège huit établissements en France et un au Mexique, opérant dans l’usinage, la fonderie, la robotique et la peinture. Si son siège se situe toujours à Belmont-de-la-Loire, à la limite de la Saône-et-Loire, son centre névralgique s’est déplacé entre Lyon et Mâcon, à Montmerle-sur-Saône (Ain), où sont regroupés une fonderie, un site d’usinage et d’assemblage en grande série, un pôle technique (recherche et développement, bureau d’études, outillage) et une entreprise de robotique.
Positionné à l’origine sur le moulage en coquille par gravité, SAB a racheté en 1991 la fonderie de Matour, dans la commune du même nom au sud de la Saône-et-Loire, qui travaille également l’aluminium par gravité. Implantée depuis 1955 à Champagnole, la fonderie Thevenin a, quant à elle, été reprise en 2012 dans le but d'élargir les compétences du groupe au procédé de moulage sous pression.
Photos fournies par l'entreprise.
(*) Un investissement subventionné par 1,725 million d’euros de Bpifrance et 100.000 euros de la communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura.
(**) Les moules multi-empreintes permettent de réaliser plusieurs pièces à la fois, autant que le nombre d’empreintes.











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