Le site abandonné de l’aciérie historique de Gandrange (Moselle) va renaître grâce au fabricant de tracteurs agricoles AGCO. Ce groupe américain connu pour sa marque Massey-Ferguson va y faire sortir de terre une plateforme logistique de 84.000 m² de distribution des pièces détachées. Il mobilise un investissement de 87 millions d’euros en vue de rationaliser sa demi-douzaine d’entrepôts en Moselle.


En 2024, la crise agricole européenne a réduit les investissements des exploitants agricoles dans de nouvelles machines. Mais pas leurs besoins en pièces détachées. Cette tendance est confirmée par le fabricant de tracteurs AGCO : il vient d’annoncer investir 87 millions d’euros en Moselle afin d’optimiser sa distribution de pièces de rechange sur le Vieux continent et prolonger ainsi la durée de vie des matériels de ses clients.

Connu avant tout pour sa marque Massey-Ferguson, le groupe américain de plus de 25.000 salariés (chiffre d’affaires de 14 milliards d’euros en 2023) planifie, dans ce but; la construction d’une plateforme logistique de 84.000 m², sur un lieu hautement symbolique de l’industrie lorraine : la friche sidérurgique de Gandrange.

 

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Le foncier de 20 hectares est connu pour avoir hébergé l’aciérie d’un autre géant, le groupe ArcelorMittal. A la fin des années 1990, à sa mise en vente par Usinor qui se recentrait sur les aciers plats, ce site de produits longs (poutres, poutrelles pour la construction notamment) constitua aussi le premier investissement européen d’un aciériste indien alors inconnu. Dénommé Ispat, il était dirigé par un certain Lakshmi Mittal qui allait ensuite organiser la fusion avec Arcelor, le successeur d’Usinor, pour devenir le numéro un mondial de la sidérurgie.

La fermeture du site en 2009 s’est accompagnée d’un important retentissement médiatique. Il fut racheté par Gandrange Industry, une société détenue par Frank Supplisson, homme d’affaires et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, dont on se souvient qu’il avait vanté devant les ouvriers en attente d’un sauvetage les vertus d’un voyage de noces à Gandrange, au lendemain de son union avec Carla Bruni en février 2008. Mais la lune de miel fut courte pour le personnel avec une fin de production un an plus tard.

La démolition des ateliers, il y a deux ans, a ouvert la voie à la reconversion. Sa concrétisation par ce projet logistique est portée par AGCO en partenariat avec une foncière immobilière locale baptisée FSTA, acronyme de « From steel to agriculture » (NDLR, De l’acier à l’agriculture). Celle-ci va injecter 70 millions d’euros dans la construction du bâtiment dont la mise en service est attendue fin 2026. De son côté, le machiniste agricole va dépenser 17 millions d’euros dans l’équipement des locaux.

 

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La nouvelle plateforme logistique devrait être mise en service fin 2026 à Gandrange (Moselle), quittant ainsi la zone Garolor-Eurotransit d'Ennery (Moselle, ci-dessus), devenue un pôle logistique majeur en France au croisement des autoroutes A4 et A 31. © Moselle Attractvité/L'Europe vue du ciel


AGCO est un acteur de longue date dans le territoire au nord de Metz où il trouve son prochain lieu d’atterrissage. Il a commencé dans les années 1990 à installer des surfaces logistiques pour sa distribution à 12 km de Gandrange, à Ennery. Philippe Gehl, le directeur de ce site, calcule qu’en presque trente ans de présence en Moselle, « nous avons pris nos quartiers dans une demi-douzaine de bâtiments à Ennery soit un total de 150.000 m². Mais compter autant de dépôts signifie subir des ruptures de charge en permanence », des déchargements et rechargements coûteux qui impactent le service client et la rentabilité.

La future plateforme d’une hauteur de 11 mètres est conçue pour rationaliser les flux de préparation/expédition, représentant 4,5 millions de lignes commandes par an. Elle regroupera les 440 salariés locaux du groupe et desservira une trentaine de pays d’Europe et du Moyen-Orient. Elle servira également de dépôt principal pour l’approvisionnement, depuis l’Europe, de l’Amérique du Nord, de l'Amérique du Sud et de l’Asie-Pacifique en pièces détachées.

 

Conjoncture stable, pour le moment…

MACHINE DANS FERME
Le marché de la distribution de pièces détachées reste stable en France, alors que les ventes de tracteurs sont en recul. © AGCO


La conjoncture est stable, pour le moment... Le syndicat des entreprises du machinisme agricole Sedima observe un maintien global du chiffre d’affaires « pièces magasin » en 2024 en France, une tendance qui devrait se confirmer en 2025. A l’inverse, au second semestre 2024, les prises de commandes de matériels neufs et d’occasion ont subi une dégradation de leur activité, avec un recul estimé  de 10 à  11%.

« Notre site de Beauvais (Oise) a vu sa production de tracteurs Massey-Fergusson diminuer de 27 % entre 2023 et 2024. Cette baisse des ventes de tracteurs neufs risque d’impacter, à terme, la distribution de pièces détachées », avertit Xavier Arruego, responsable de la communication d’AGCO France. Outre la production d'exemplaires Massey-Fergusson en France, le groupe fabrique des tracteurs Fendt en Allemagne et Valtra en Finlande.

La dégradation de ses marchés déclenche une refonte de son organisation. En effet, le leader mondial dans la conception, la fabrication et la distribution de machines pour l’agriculture s’est construit par rachats successifs de différentes marques. Ce chantier s’accompagne d’un plan de réduction des effectifs de 6 % dans le monde, comprenant la suppression de 133 postes dans l’Hexagone où le groupe emploie 1.967 salariés. Annoncée en octobre dernier, cette restructuration a été récemment revue légèrement à la baisse, à 111 postes supprimés au total dont 9 à Ennery.

 

Cessions aquisitions

 

Qu’est-ce que la plateforme Garolor-Eurotransit ? 

La mutation d'Ennery (Moselle) vers une vaste zone logistique s'est opérée dans les années 1980-1990 sur la base d’un centre de fret et d'entreposage avec dédouanement. Baptisé Garolor-Eurotransit, en référence à son homologue « Garonor » aménagée en 1970 au nord de Paris, le site a été choisi par l’Américain AGCO pour y établir sa logistique de pièces détachées. Le machiniste agricole y a mis en service en 1996 un dépôt de 20.000 m², « une dimension XXL pour l’époque », commente Philippe Gehl.

La zone de 416 hectares présente l’avantage d’être située au croisement d’axes européens est-ouest (autoroute A4 Paris-Strasbourg) et nord-sud (A31 Dijon-Luxembourg). Au fil du temps, elle a attiré des acteurs logisticiens d’envergure comme Géodis, Pomona, Neovia Logistics, etc. En 2012, AGCO a délocalisé à Ennery son dépôt principal pour l’Europe initialement basé à Desford (Grande-Bretagne), un virage synonyme d’augmentation de ses besoins en locaux d’entreposage en Moselle.

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