La récupération des vieux jouets et jeux pour leur réutilisation ou le recyclage de leur matière vont se généraliser en France, à partir de leur expérimentation dans le sud du Jura, le fief de la production, menée en partenariat avec le groupe Demain de Lons-le-Saunier. D’ici à fin 2024, l’éco-organisme Ecomaison entend détourner de l’enfouissement un tiers des 100.000 tonnes mises au rebut chaque année au niveau national.
Tester quelque part sur le terrain la mise en place de nouvelles consignes de tri et de contenants adaptés afin d’assurer leur réutilisation ou la valorisation des matières premières : tel était, pour les jouets, l’objectif de l’expérimentation conduite par Ecomaison. Cet éco-organisme a choisi le sud du département du Jura. D'une durée d'un an, la mise en jambes vient de se terminer.
Anciennement appelé Eco-Mobilier, Ecomaison a été agréé en avril 2022 par l’État pour prendre en charge la collecte, le réemploi et le recyclage des jeux et des jouets. « Nous avions besoin de lancer d’abord la filière à petite échelle, précise Matthieu Goutti, responsable de la filière chez Ecomaison. Nous avons choisi le Jura car le territoire compte de nombreux fabricants [ndlr : Smoby à Arinthod, Juratoys à Orgelet, Jeujura à Saint-Germain-en-Montagne, Vilac à Moirans-en-Montagne] que nous souhaitons sensibiliser à l’éco-conception. De plus, nous y avons trouvé des partenaires techniques bien appropriés. »
De juin 2022 à juillet 2023, l’expérience a été menée dans sept déchetteries dépendant des Sictom (*) de Lons-le-Saunier et du Haut-Jura : des caisses-palettes en plastique y ont été installées afin d’accueillir tous les types de jeux et de jouets – sans critère de taille ni de matériau – à l’exception des équipements électriques et électroniques qui disposent déjà de leur filière spécifique. La recyclerie d’Arinthod et l’association d’insertion Oasis ont récupéré les articles pouvant être réparés et réutilisés, ces derniers représentant entre 30 % et 50 % des flux selon les points de collecte.
20 millions d’€ pour lancer la filière

et, en dernier recours, l'envoi des matières en enfouissement.
Un tel réemploi est pratiqué (ci-dessus) par la recyclerie de l'association de développement local Adapemont à Arinthod (Jura).
Le groupe coopératif Demain, de Lons-le-Saunier, a assuré l’enlèvement et la rotation des contenants ainsi que le pré-traitement des produits destinés au recyclage. « Le process est comparable à celui déjà mis en place pour l’ameublement, observe Emmanuel Troubat, le directeur d’exploitation de l’opérateur jurassien qui gère 40.000 tonnes de déchets par an. Le tri s’effectue par typologie de composants : plastique, métal, carton, bois. Puis les différents flux sont préparés et adressés vers des unités de recyclage en aval. » Même les peluches, constituées d’un mélange de matières dit « complexe », ont trouvé des débouchés, comme combustible solide de récupération.
Une petite quinzaine de tonnes de jouets a ainsi été valorisée à 100 %. « L’expérimentation nous a permis de valider la pertinence de recourir à des contenants petits flux d’1 m3 pour la collecte, de constater qu’il y avait un potentiel important de réemploi et de confirmer que plus de la moitié des articles à recycler sont en plastique », conclut le représentant d’Ecomaison.
L’éco-organisme déploie, à partir de cet automne, le mode opératoire à l’échelle nationale. Des appels d’offres sont en cours pour désigner les opérateurs chargés de la collecte et du traitement de ces déchets. Financé par l’éco-participation que payent les fabricants et les distributeurs, Ecomaison annonce consacrer 20 millions d’€ à la mise en place de cette nouvelle filière à responsabilité élargie des producteurs (REP) prévue par la loi Agec (**).
Alors que l’Ademe, l'agence nationale de la transition écologique, estime que 100.000 tonnes de jeux et jouets sont mises au rebut chaque année en France, Ecomaison s’est engagé à en détourner 30 % de l’enfouissement d’ici à fin 2024 et de doubler cette proportion, à 60 %, en 2028. Quant aux industriels, ils seront amenés à améliorer la conception de leurs produits de façon à en faciliter la seconde vie, « mais dans un second temps, quand la filière sera plus mature », indique Matthieu Goutti.
Photos fournies par Ecomaison.
(*) Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères
(**) La loi « anti-gaspillage pour une économie circulaire » du 10 février 2020 prévoit la création de 11 nouvelles filières REP afin de porter leur total à 25 dans deux ans, en 2025.




























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