Le nouveau site de Beaune du groupe alsacien de produits de couverture sera spécialisé dans le recyclage de la glassine. D'ici deux mois, ce sous-produit des étiquettes adhésives commencera à être transformé en fibres de ouate de cellulose destinée à l’isolation, au moyen d'un procédé breveté. À la clef, une trentaine d’emplois et 30 millions d’euros d’investissement.
L'ouverture de la vaste usine Soprema à Beaune (Côte-d'Or), n'est plus qu'une question de semaines. Le groupe basé à Strasbourg de produits de couverture et d'isolants en avait engagé en juillet 2024 la construction, le long de l’autoroute A6. Le site transformera, à partir de novembre 2025, les déchets de glassine en fibre de ouate de cellulose destinée à l’isolation thermique des bâtiments. L’heure est aux recrutements. « Nous avons embauché le directeur du site, le responsable qualité et le responsable de production. Nous recrutons une vingtaine de personnes pour l’ouverture, une trentaine à terme », précise Christophe Bourgouin, directeur du site Soprema de Cestas en Gironde, qui pilote le projet côte-d'orien.
Le procédé de recyclage, inédit, a été développé avec le soutien de l’Ademe et expérimenté dans cette usine-sœur proche de Bordeaux. Sous-produit, principalement, des étiquettes adhésives sur lequel elles sont collées, la glassine est un papier à la texture fine, enduit d’une couche de glycérine ou de silicone aujourd’hui non recyclée. « J’ai travaillé treize ans dans le vin et j’ai vu partir en décharge des milliers de tonnes de glassine servant de support d’étiquettes », confie Christophe Bourgouin. « C’est presque par hasard, à la faveur d’essais en laboratoire, que nous avons découvert la possibilité de transformer en ouate cette matière très lisse et difficile à broyer, avec un procédé purement mécanique de broyage et de défibrage. Nous avons déposé un brevet mondial qui nous place en position unique sur ce marché », poursuit-il.

L’investissement global à Beaune atteint 30 millions d’euros, terrain et process inclus. L’usine à charpente béton couvre une surface bâtie de 14.700 m² sur une parcelle de 4,5 hectares. Elle est équipée de solutions photovoltaïques (1,3 MW), de récupération d’eau et de dispositifs de toiture bas carbone.
Le choix du site beaunois, à proximité de l’axe rhodanien et aux portes de l’Europe du Nord et de l’Est, s’explique par des considérations logistiques. « La glassine est produite de manière diffuse, ce qui impose un maillage territorial », explique Christophe Bourgouin. Le responsable a dû développer un réseau de collecte efficace, ce qui n’est pas une mince affaire : « nous avons déjà signé près de 800 contrats avec des industriels français afin de récupérer plus de 1.000 tonnes mensuelles. Notre dizaine de points de massification, où les volumes sont temporairement entreposés, permet de remplir les camions, de réduire les kilomètres parcourus et d’optimiser le bilan carbone », ajoute le responsable de projet. L’entreprise distribue chaque mois 4.000 cartons de collecte aux partenaires, un dispositif qui constitue également un levier de communication.
La nouvelle usine doit produire jusqu’à 25.000 tonnes de ouate par an à pleine puissance, soit davantage que les 20.000 tonnes actuellement issues de Cestas. Atteindre dès la première année la moitié de cette capacité serait considéré comme une réussite. « Notre produit Crystal a déjà évolué depuis son lancement. Nous allons proposer une nouvelle génération de ouate avec de meilleures performances thermiques, tout en conservant un procédé sobre en énergie : quelques centaines de watts par kilo produit, sans apport d’eau ni recours au gaz », insiste Christophe Bourgouin. La ouate de cellulose, conditionnée en balles de 12 kg, sert à l’isolation intérieure des bâtiments et combles et est distribuée dans les réseaux professionnels et les grandes surfaces de bricolage.
Le soutien de l'Ademe se chiffre à 6,4 millions d’euros, dans le cadre de France 2030 et de financements européens destinés à valoriser des déchets ultimes qui sont sources de microplastiques. « Notre rôle a été d’aider au développement de ce process innovant », précise Adrienne Simon-Krzakala, directrice régionale Bourgogne-Franche-Comté. « Cette innovation permet de valoriser un déchet ultime et de l’incorporer dans une chaîne industrielle au service de l’isolation des bâtiments. Elle illustre parfaitement la logique de levier que nous recherchons », explique-t-elle.
Au-delà de Beaune, Soprema envisage déjà de renforcer son maillage européen, car le gisement de glassine est considérable : 80.000 tonnes par an en France, et près de 500.000 tonnes à l’échelle européenne. « Nous donnons une seconde vie à un matériau jusque-là sans débouché, tout en apportant confort thermique et acoustique, et en rendant service à l’environnement », résume Christophe Bourgouin. Dans un contexte de forte demande pour des solutions d’isolation durables, l’usine de Beaune s’inscrit ainsi dans une stratégie industrielle qui conjugue innovation, souveraineté et transition écologique.
Le groupe Soprema, fondé en 1908 à Strasbourg, y conserve toujours son siège social. D’abord spécialisé dans les revêtements d’étanchéité, il s’est diversifié dans les matériaux d’isolation, devenant un acteur mondial de la spécialité. Il s'est engagé dans la recherche tous aszimuts de solutions de recyclage pour la matière première de ses produits, de façon à réduire sa dépendance au pétrosourcé, le bitume constituant sa ressource historique. Soprema dispose de 90 filiales mondiales et 128 sites de production. Il emploie plus de 12.300 collaborateurs, dont 5.589 en France. Son président-directeur général actuel, Pierre-Etienne Bindschedler, est l'arrière petit-fils du fondateur. En 2024, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 5,144 milliards d’euros. Pour soutenir sa croissance, il multiplie ces derniers mois les ouvertures en France : à Saint-Gilles, en Camargue gardoise, à Sausheim, près de Mulhouse (Haut-Rhin), à Blyes, dans l’Ain ou encore à Étrechet, près de Châteauroux (Indre). L'une de ses unités phares dans le domaine des mousses isolantes en polyurtéhane ou polystyrène se situe dans l'Yonne, à Saint-Julien-du-Sault. Sa filiale Rikksen d'accessoires de toiture et d'étanchéité est installée dans l'agglomération de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), elle s'est réimplantée récemment dans une nouvelle usine dans la zone SaôneOr.



































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