Le groupe de produits d’isolation et couverture pour le bâtiment, un des leaders mondiaux de son secteur, a inauguré son quartier général tout neuf dans la zone portuaire de Strasbourg en face de l’ancien. Particularité, les services tertiaires y cohabitent avec les chercheurs dont les laboratoires ont été réimplantés au sein de l’élégant bâtiment, témoignant de leur rôle décisif dans le développement de la société familiale de 10.500 salariés.


Ces blouses blanches détonnent. Au milieu des bureaux, ouverts collectifs ou individuels plus cloisonnés, du nouveau siège de Soprema à Strasbourg (Bas-Rhin) où se pressent des hommes et femmes du marketing, des ressources humaines, du juridique ou encore des finances, voilà que les chercheurs rejoignent leur poste de travail au premier étage, sur 1.500 m2 dans l’une des ailes du bâtiment, comme n’importe quel service.

Le groupe, comptant parmi les leaders mondiaux des produits d’étanchéité, d’isolation, de couverture et gestion des eaux pluviales pour le bâtiment, a choisi d’installer son principal centre de recherche-développement à l’intérieur même de son nouveau quartier général, inauguré ce 14 septembre. Ce choix n’est pas étranger au montant important de son investissement de 47 millions d’€, rapporté à la surface de 8.500 m2 de l’immeuble de six étages.

 

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« Aménager des laboratoires et adapter dans ce but des locaux conçus pour le tertiaire n’a été pas chose aisée. Mais c'était une volonté forte de marquer la place centrale de la R&D dans la stratégie de développement du groupe », appuie Olivier Weymann, directeur du projet du nouveau siège. Non que ces experts et expertes des éprouvettes et autres fioles fonctionnaient en vase clos jusqu'alors : ils travaillaient déjà dans l’emprise du précédent siège, situé juste en face dans la même rue de Saint-Nazaire, dans la zone du port de Strasbourg. Mais ils occupaient un bâtiment spécifique, à l’arrière de l’entrée principale.

Cette équipe vient donc désormais partager le quotidien des 250 collaborateurs du nouveau siège, dénommé « Le Grand Charles » en référence non au surnom d’un célébrissime général, mais au prénom du fondateur de Soprema en 1908, Charles Geisen, l'homme qui  trempa du bitume dans une toile de jute pour donner naissance aux membranes d’étanchéité devenues un standard des bâtiments.

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Les 35 salariés du centre de recherche-développement ont installé leur matériel dans une aile du bâtiment,
à côté de bureaux classiques. © Mathieu Noyer


Le centre de R&D strasbourgeois compte 35 personnes, ce qui en fait le principal de Soprema où cette fonction emploie au cumul 120 salariés,
sur un effectif total de 10.500,  mobilise l’équivalent d’1,5 % de son chiffre d’affaires annuel (situé à 4,8 milliards d’€ en 2022) et a suscité 80 brevets, au dépôt et à la protection desquels l’entreprise consacre 300.000 à 400.000 € chaque année.

Leurs collègues chercheurs sont beaucoup plus disséminés, puisque répartis dans 22 autres sites, mais pas de hasard, là encore. « Dans nos domaines, nous avons besoin de trouver des solutions à des problématiques locales. Les règlementations diffèrent, les conditions d’application aussi, entre les froids hivers du Canada et les températures caniculaires d’Afrique…et désormais d’Europe du sud. Nousn à Strasbourg, ne sommes pas capables de déterminer les priorités de nos collègues en Californie », souligne Rémi Perrin, le directeur de la R&D de Soprema. « Et l’on s’enrichit des cultures de recherche différentes, entre les plus spontanées comme aux Etats-Unis et les plus cartésiennes type Allemagne », ajoute-t-il.

 

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Car Rémi Perrin le martèle : « Nous ne voulons pas créer des tours d’ivoire. L’addition des deux lettres R et D fait partie de l’identité de Soprema depuis toujours. Nous sommes là pour apporter des solutions concrètes, sans tarder ». C’est ainsi, par exemple que huit personnes forment le centre de R&D - récemment reconstruit - de Saint-Julien-du-Sault (Yonne) spécialiste des mousses isolantes en polyuéthane et en polystyrène, soit les fabrications respectives des deux usines Soprema sur place et dans la commune voisine de Savigny-sur-Clairis.

Les cas récents de passerelles réussies entre les deux univers ne manquent pas : les travaux sur le recyclage des barquettes plastiques PET ont débouché en 2019 sur une ligne de mousses polyruéthane à Strasbourg, tandis que la paille résiduelle de la récolte de riz dans le Sud-Est devient la matière première de la nouvelle usine en cours d'achèvement de Saint-Gilles dans le Gard.

 

A mi-chemin de la conversion à l'écosourcé

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Le nouveau siège, à l'architecture inspirée des silos portuaires, se veut démonstrateur des récentes solutions du groupe ou de ses innovations en cours d'élaboration, par exemple pour la végétalisation de toitures. © Mathieu Noyer


Ces dernières concrétisations incarnent parfaitement l’axe prioritaire de recherche de Soprema : réduire la dépendance aux matières premières dérivées du pétrole. Pas une affaire anecdotique pour cette société qui a vécu (et vit toujours) du travail du bitume. Le programme dédié, et nommé fort explicitement « Mutatio », a démarré dès 2014, en association avec l’université de Strasbourg et le CNRS. Signe de son caractère de long cours, « il nous fait atteindre aujourd’hui la moitié du chemin à parcourir », estime Rémi Perrin : le responsable R&D évalue à 35 % le taux de substitution du pétrole dans les fabrications de Soprema, par des matières d’origine recyclées (écosourcées) ou vierges naturelles (biosourcées), par rapport à un objectif final de 65 %.

D’autres sujets de recherche portent sur la séparation des multiples composants d’une membrane d’étanchéité, les matériaux plus récents (la fibre de bois produite par la filiale Pavatex dans les Vosges), des solutions innovantes de végétalisation des toitures ou encore la filtration par les plantes des « eaux grises » résultant des usages domestiques et professionnels, pour leur réutilisation.

« Nous avons l’atout d’une multiplicité d’expertises. Nous cherchons à le cultiver en attirant de nouveaux talents. Ce n’est certes pas évident de séduire les chimistes de l’université de Strasbourg comptant parmi les meilleurs du monde sur les membranes à bitume, mais on essaie de faire partager notre enthousiasme », poursuit Rémi Perrin. Les conditions de travail indéniablement excellentes que procure le « Grand Charles », dans des surfaces de R&D agrandies d’un tiers environ représentent, de ce point de vue, une carte de plus pour cette entreprise référence mondiale dans sa spécialité.

 

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Pierre-Etienne Bindschedler, président-directeur général, est l'arrière-petit-fils du fondateur de Soprema en 1908. © Soprema

 

Une année 2024 « difficile » en vue 

C’est un groupe en forme qui a célébré, le 14 septembre, l’implantation de ses principales directions dans son nouveau siège, un mouvement opéré par étapes depuis le début de 2023. Soprema a porté son chiffre d’affaires à près de 5 milliards d’€ l’an dernier. Mais franchir ce seuil ne sera pas forcément une formalité. Le président-directeur général Pierre-Etienne Bindschedler déclare s’attendre à « une année 2024 difficile », conjoncture oblige : « Nous notons les forts reculs des marchés de la construction, celui de la maison individuelle notamment. Si nous n’en subissions pas les conséquences, ce serait quelque part anormal », a-t-il confié en préambule de l’inauguration.

Le groupe familial – Pierre-Etienne Bindschedler est l’arrière petit- fils du fondateur Charles Geisen – peut toutefois compter sur le lissage que lui procure son implantation mondiale : 47 usines en Europe, en Asie et sur le continent américain, pour une présence commerciale dans 90 pays. Mais son patron demeure prudent, s’agissant notamment de conquérir de nouveaux marchés géographiques ou de nouveaux métiers par des rachats de sociétés comme Soprema l’a pratiqué avec intensité jusqu’il y a peu. « Les prix d’acquisition sont devenus élevés ces dernières années, et ils le restent », juge le dirigeant. Dès lors, le ratio du moment « moitié croissance externe – moitié croissance interne » pour la contribution à l'augmentation du chiffre d’affaires ne devrait pas bouger, du moins à court terme. 

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