Soprema vise le doublement de son chiffre d’affaires d’ici cinq ans, par croissance externe, dans la foulée de l’acquisition fin 2020 d’un spécialiste de l’étanchéité au Brésil et d’une implantation en Russie début 2021. Cet objectif passe aussi par une diversification des solutions orientées vers l’adaptation du bâtiment au changement climatique. « Le grand Charles », son nouveau siège social, doit redonner ses aises aux 270 collaborateurs à Strasbourg, sur un effectif de 8.900 salariés dans le monde.


A nouveau siège, nouvelles ambitions pour Soprema. Le groupe familial, poids lourd mondial des produits d’étanchéité et d’isolation pour le bâtiment, se construit un nouveau bâtiment pour accueillir son « headquarter » à Strasbourg (Bas-Rhin) qui doit le porter vers sa feuille de route des prochaines années : « Atteindre le cap des 5 milliards d’€ de chiffre d’affaires en 2025 », annonce son président directeur général Pierre-Etienne Bindschedler. Soit deux de plus que les 3,03 milliards d’€ enregistrés en 2020, très proches du record de l’exercice précédent à 3,08 milliards.

La Covid-19 n’a donc qu’à peine contrecarré la marche en avant ininterrompue du groupe depuis vingt ans, lorsqu’il engrangeait 450 millions d’€ de ventes. Pour poursuivre son impressionnante progression, Soprema va s’appuyer comme dans le passé récent sur les deux pieds de la croissance interne et externe. Le second doit lui permettre de nouveaux bonds à l’international, dans la foulée de l’acquisition en fin d’année dernière d’un spécialiste de l’étanchéité au Brésil, nommé Denver.

« L’Amérique du Sud constituera notre troisième pilier après l’Europe et l’Amérique du Nord. La Russie forme notre autre cible : le potentiel de marché y est considérable et nous y trouvons un concurrent en position dominante, performant, qui vient nous défier en Europe de l’ouest. Alors, autant le défier à notre tour chez lui », décrit Pierre-Etienne Bindschedler. Dans cet esprit, l’entreprise strasbourgeois a concrétisé sa première implantation russe début 2021, à Samara. Son dirigeant se montre en revanche plus circonspect sur la conquête de l’Asie.



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Soprema totalise ainsi 81 sites de production dans le monde, en étanchéité (33), isolation (28), désenfumage, charpente métallique, mastics et colles, membranes géotextile et charpente bois, qui peuvent s’appuyer sur 17 centres de R&D, 22 centres de formation et plus de 4.000 distributeurs. Soit un effectif de 8.900 salariés, dont un peu plus de la moitié (4 600) en France.


Parallèlement, le groupe puise l’eau de sa croissance aux sources de nouvelles solutions, toutes orientées vers l’adaptation du bâtiment au changement climatique. Ilots de fraîcheur, confort thermique d’été, toitures végétalisées, récupération des eaux, réemploi et recyclage : ces sujets à l’ordre du jour de la filière ont été investis par Soprema depuis de longues années, selon le principe élaboré dès 2008 de substituer progressivement la matière première fossile (le pétrole à l’origine du bitume) par de la matière « écosourcée », biosourcée à l’état vierge ou recyclée.

La France joue un rôle pilote dans cette stratégie, dont témoignent la nouvelle unité de Strasbourg de polyols à base de barquettes plastiques recyclées lancée en 2019 (Lire ici l’article de Traces Ecrites News) et, plus récemment, l’annonce de deux usines d’isolants de toiture à Nîmes (Gard) en 2023 dont l’une d’isolants à base de paille de riz représentant 150 emplois et 35 millions d’€ d’investissements.


Substituer progressivement le pétrole par de la matière biosourcée

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Soprema a mis en service en 2019 à Strasbourg une usine de recyclage des emballages plastiques PET pour les transformer en polyol, un des principaux composants des mousses isolantes en polyuréthane pour le bâtiment. © Traces ecrites


Le nouveau filon que Pierre-Etienne Bindschedler identifie relève des eaux de pluie. C’est le sens du dernier programme de développement lancé, l’an dernier : « Skywater », pour le stockage des eaux de pluie en toiture et l’optimisation de leur contribution au rafraîchissement. Le PDG exprime ses fortes convictions en les vertus de la toiture-terrasse, plus généralement : « Elle fait gagner de l’espace par rapport au toit en pente, elle capte mieux l’énergie solaire, elle est le support de panneaux photovoltaïques et permet donc d’exploiter le potentiel des eaux de pluie. »

Favoriser l’émulation entre les équipes au service de ses nouveaux projets et manifester le dynamisme de Soprema ont dès lors motivé la construction du nouveau siège social. Il sera situé dans la zone du port de Strasbourg,  en face de l’actuel datant de 1972, devenu vétuste et plus encore inadapté à la croissance : il abritait 90 collaborateurs en 1990, chiffre passé aujourd’hui à 270.
Le groupe y met les moyens : 45 millions € d’investissements pour une construction de 8.000 m2 confiée aux architectes Edouard François et Denu & Paradon au terme d’un concours. Celle-ci mêle style contemporain et références à l’industrie avec la couverture en sheds d’une salle de sport et une surface en forme de silos qui abritera notamment le restaurant d’entreprise. La mise en service est prévue à l’automne 2022.


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L’autre « Grand Charles »


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Le nom de baptême du nouveau siège provient du fondateur prénommé Charles, arrière grand-père du PDG actuel. © Architectes Edouard François et Denu & Paradon

Quel nom allait-on donner au nouveau siège ? La direction de Soprema a posé la question aux salariés futurs occupants, et de ce brainstorming est sorti « Le Grand Charles ». Aucune référence à De Gaulle, mais à Charles Geisen. Celui-ci a fondé Soprema en 1908, en créant l’étanchéité moderne par le fait de tremper une toile de jute dans du bitume chaud.
L’actuel patron Pierre-Etienne Bindschedler est son arrière-petit fils. Il n’a pas manqué d’être séduit par l’idée qui ancre le groupe dans son histoire. L’adjectif accolé exprime en outre la hauteur conséquente de la construction : six étages pour 28 mètres, juste sous le seuil de la classification en immeuble de grande hauteur.

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