Le promoteur immobilier bisontin SMCI transforme en logements de standing le bâtiment du 18ème siècle qui abrita tour à tour, le grenier d’Abondance, l’école d’horlogerie, celle de dessin et de musique, enfin le Conservatoire national de Région.


Toute habillée de pierre rosée et bleutée de Chailluz, la façade en impose entre la place de la Révolution et le lit du Doubs. Inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques tout comme sa toiture, elle se dresse sur trois étages avec, au-dessus de la porte d’entrée, un pignon qui résume une partie de la vie du bâtiment de 2.000 mètres carrés que le promoteur bisontin SMCI Editeur Immobilier vient de réaménager en logements.

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Vue sur la place de la Révolution...
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...et sur le Doubs. © Traces Ecrites


Sur le fronton, un cadran d’horloge orné de la devise de Besançon « Utinam » (Plaise à Dieu en latin), rappelle que ce bâtiment du 18ème siècle, hébergea l’école d’horlogerie.
C’était à la fin du 19ème siècle (1862 précisément) et Besançon se distinguait depuis un siècle déjà par son industrie horlogère. La cité comtoise concentrait 90% de la  fabrication des montres en France qui donnait du travail à 15.000 personnes.
Deux figures illustres de l’horlogerie bisontine furent formées dans ces murs, Fred Lip (qui donna son nom à un géant de la montre, liquidé à la fin des années 1970 provoquant un vaste mouvement social) et Henry Belmont qui, lui, créa une marque non moins célèbre, Yema. C’est pendant cette période faste que fut créé en 1864 l’observatoire astronomique, météorologique et chronométrique de Besançon. En donnant une heure exacte aux horlogers comtois, il en certifiait la qualité et l'authenticité, par la suite identifiées par une tête de vipère.

 

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D’abord abritée dans une partie du bâtiment pour 150 à 200 élèves, l’école d’horlogerie fut agrandie 10 ans plus tard dans les combles pour accueillir une cinquantaine d’élèves supplémentaires. Sous les toits, elle eut à cette époque comme voisine l’école de musique et de dessin. Et comme elle devait encore pousser les murs, cette dernière déménagea au Palais Granvelle en 1895. Toujours florissante, la communauté horlogère et la municipalité durent se résoudre à construire une nouvelle école. En 1933, elle prit place dans un imposant édifice dans les faubourgs, aujourd’hui le lycée Jules Haag qui dispense des formations en microtechniques, héritières de l’horlogerie.

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L'escalier monumental a été préservé ; il conduit aux étages des appartements. © Traces Ecrites


Revenons à la porte d’entrée du bâtiment, place de la Révolution. Elle est surmontée de deux vantaux décorés de bas reliefs représentant Cérès, déesse romaine de l’agriculture et Pormone, nymphe protectrice des fruits. Ces divinités rappellent la fonction première du bâtiment, un grenier à blé ou grenier d’Abondance.


Pour pallier les famines, depuis le Moyen-Age, les villes faisaient des réserves de céréales qui leur servaient aussi de monnaie d’échange. Celui de Besançon, situé derrière l’hôtel de ville étant devenu trop petit, la municipalité décida en 1720 d’en confier la construction d’un nouveau (qui dura jusqu’en 1726) à l’architecte Jean-François Charron, place Neuve, aujourd’hui place de la Révolution.

L’activité ne dura qu’une cinquantaine d’années, Turgot alors contrôleur général des Finances sous Louis XVI ayant décrété la libre circulation des céréales. Mais les traces de l'existence du grenier d'Abondance ne sont pas effacées dans la structure du bâtiment. Pendant le chantier de transformation en logements, en installant les parquets, le menuisier découvrit dans les planchers une trappe qui servait à écouler les grains.

 

Conservatoire national de Région jusqu'à son déménagement à la Cité des Arts en 2013

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L'enseigne du conservatoire national de Région est conservée au-dessus du portail d'entrée. © Traces Ecrites


Retour devant la porte d’entrée qui continue de raconter l’histoire des lieux. L’écriteau « Conservatoire national de Région, musique, danse et art dramatique » saute aux yeux. Son ancêtre, l’école municipale de musique était installée dans le grand comble qu’elle partageait avec l’école d’horlogerie jusqu’en 1895. L’école de dessin y avait aussi pris place jusqu’en 1874. Devenant conservatoire national de Région en 1966, il occupa tout le bâtiment jusqu’à son déménagement tout récent, en 2013, à la Cité des Arts partagée avec le Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC) sur les bords du Doubs,  à l’autre bout du centre-ville, et qui fit l’actualité des gazettes d’architecture en raison de la signature du Japonais Kengo Kuma. 


La réhabilitation du bâtiment garde le souvenir de cette fonction culturelle. Chaque porte d’entrée des logements est décorée du portrait d’un musicien, d’un peintre, d’une danseuse… Les couloirs d’accès conservent les arches de l’école de musique que beaucoup de Bisontins ont connu.

Vide de toute activité, la mairie de Besançon décide en 2016 de vendre le bâtiment à la condition de le garder dans son jus, eu égard à son implantation dans le secteur sauvegardé. Dans un premier temps, le groupe Lazard envisage d’y aménager un hôtel quatre étoiles mais le projet n’aboutit pas. En 2018, SMCI Editeur Immobilier remporte l’appel d’offres pour un projet de logements avec au rez-de-chaussée, une activité commerçante. Fabrice Jeannot, son président, l’achète pour la somme de 1,8 million d’€ et s’engage à installer d’un côté un bar (qui a ouvert au lendemain du déconfinement), de l’autre une brasserie (dont l’exploitant n’est pas encore trouvé).

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Les arcades des salles de musique dans les couloirs qui mènent aux appartements. © Traces Ecrites
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Chaque porte des appartements porte le nom d'un musicien, d'un peintre, d'une danseuse ou d'un comédien. © Traces Ecrites


Le promoteur immobilier Bisontin qui raffole de rénovations de ce genre, y consacre 2,8 millions d’€ hors taxes de travaux et commercialise avec succès 31 logements, du T1 au T4.

En dehors de la façade et du portail ainsi que la toiture, protégées par les Monuments historiques, le promoteur préserve l’escalier d’honneur à l’intérieur, les sols en dalle de pierre ainsi que des boiseries. Les fenêtres sont toutes remplacées par des neuves à l’identique. Du pur travail de restauration comme le promoteur aime faire sur des bâtiments anciens. Et qui pose parfois des problèmes techniques comme l’installation d’un ascenseur qui ne trouve d’autre place que dans l’une des extrémités du bâtiment afin de respecter la structure d’origine.



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Sur les quais du Doubs par le port Mayeur



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Accès au quai Vauban par le passage Port Mayeur. © Traces Ecrites
Rien d’étonnant qu’une halle aux grains se soit installée ici, sur les berges du Doubs. La rivière est mentionnée comme navigable dès le 1er siècle, peut-on lire sur le panonceau fixé sur les murs du passage couvert qui conduit vers le quai Vauban.
Flottage des bois en provenance de la montagne au 19ème siècle, approvisionnement en charbon de la ville, le Doubs sert aussi d'énergie à des moulins à grain et toute une série d’activités utilisant le courant : travail du chanvre, de la laine, du cuir avant de céder la place à des activités de loisirs dans l’entre-deux-guerres.
L’existence de remparts qui surplombent les rives dans la traversée du coeur de la ville créé des passages presqu’intimistes jusqu’aux berges agrémentées de quelques bancs pris d’assaut aux premiers soleils en semaine pour les déjeuners sur le pouce. A Besançon, on appelle ces descentes couvertes vers la rivière, des ports. Le port Mayeur longe le bâtiment de l’ancien conservatoire.

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