Durant cette semaine de congés scolaires, nous effectuons un retour sur quelques actualités de l’économie et des entreprises de Bourgogne-Franche-Comté et du Grand Est que nous avons relatées dans les dernières semaines. Aujourd’hui : Peuegot. Onze ans après s’en être retirée, la marque redevient sponsor du club dont elle a généré la création à la fin des années 1920, marquant les débuts en France du football professionnel. L’information révélée par le quotidien sportif L’Equipe ce mardi soir n’est pas dénuée de liens avec la stratégie industrielle de retour aux sources et à la qualité que prône le nouveau patron de Stellantis, Antonio Filosa. Dans l’usine de Sochaux, les représentants du personnel y voient un signe de confortement du site historique, sans ignorer les points faibles ou d’interrogation.
ARTICLE PUBLIE LE 5 MARS. Retrouvez égalemlent notre article du 12 mars au lendemain de l'annonce officielle.
C’est l’annonce qui était attendue sans trop être espérée : Peugeot renoue ses liens avec le Football-Club Sochaux-Montbéliard (FCSM). La marque va redevenir sponsor du club dont elle a été à l’origine de la création en 1928, dès le prochain match de National (la troisième division) le 13 mars contre Concarneau, où le Lion s’affichera sur les maillots.
L’histoire commune avait été rompue au bout de presque 90 ans, en 2015. Le patron de l’alors groupe PSA Carlos Tavares avait organisé à la hâte la vente rocambolesque au Chinois Ledus, sorti de nulle part…et parvenu nulle part. Il aura fallu la mobilisation d’une quarantaine de dirigeants d’entreprise du Nord-Franche-Comté autour du président historique Jean-Claude Plessis et de Sandro Nardis, le président d’EIMI, pour éviter la disparition pure et simple de ce bastion du football français, pionnier du professionnalisme. Si aujourd’hui un retour du constructeur, devenu Stellantis, au capital du club n’est pas à l’ordre du jour, le revirement est révélateur d’une volonté de retour aux sources du nouveau numéro un du groupe, Antonio Filosa.
Dans l’usine-berceau du groupe, l’information est accueillie globalement avec un enthousiasme certain par les représentants du personnel (*), pour beaucoup supporters à titre privé du club, dont le stade colle aux chaînes de montage. D'abord baptisé « de la Forge », il porte le nom d’Auguste Bonal, directeur de l’emboutissage avant-guerre et résistant (1898-1945). Ces syndicalistes la mettent en relation avec le sentiment d’un certain statut industriel retrouvé pour le site, dans un contexte toutefois contrasté.
D’un côté, Sochaux a atteint un bon niveau de fabrication de 230.000 véhicules en 2025 qui fait drainer vers lui seul le tiers de la production française du groupe, ceci grâce à la bonne tenue commerciale des 3008 et 5008, proposées en grande majorité dans leur version hybride. De plus, la nouvelle ligne de peinture monte en régime, dans l’objectif de la rendre pleinement opérationnelle à la fin de cet été, en tant que dernière mais principale composante (à 115 millions d’euros) du plan d’investissements de modernisation Sochaux 2022 lancé au début de la décennie.

D’un autre côté par contre, cette fin de cycle crée une attente de nouveaux investissements, pour l’heure non satisfaite, la crise de l’automobile reste sévère et les points d’interrogation se sont multipliés avec la décision de l’Union européenne de revenir sur sa politique du tout électrique. Et puis, l’énorme « reset » financier (les provisions exceptionnelles) instauré par Stellantis pour redéfinir sa stratégie de production dans ce nouveau contexte a entraîné une perte historique de 22,3 milliards d’euros pour l’exercice écoulé. Celle-ci résulte d'un mécanisme comptable, mais elle fragilise inévitablement le groupe dont le cours de l’action a chuté. Enfin, sur le plan social, Sochaux poursuit la décrue de ses effectifs, avec un total de permanents tombé aujourd’hui à 5.400 (pour un millier d’intérimaires).
« Retour à la raison »
Pour Christelle Toillon et Laurent Oechsel les délégués de la CFE-CGC premier syndicat à Sochaux, ce partenariat dépasse le simple cadre sportif. « Il traduit une volonté forte de Peugeot de se reconnecter à ses racines, à son territoire, et à toutes celles et ceux qui, par leur engagement et leur savoir-faire, contribuent chaque jour à l’excellence industrielle du groupe. Ce choix fort du nouveau CEO et des patrons des marques incarne également une rupture assumée avec une période marquée par la distance et les tensions entre l’entreprise et ses parties prenantes », réagissent-ils. « Le sentiment d’appartenance s’en trouve renforcé. La décision pro-football se situe dans le droit fil des déclarations d’Antonio Filosa à sa visite de l’usine en janvier dernier, où il avait relevé le besoin de s’ancrer dans l’histoire, mais aussi les atouts d’aujourd’hui d’un écosystème sochalien unique en son genre car il fait se côtoyer au quotidien la production et la R&D. »

A la CFTC, le délégué syndical du site Patrick Michel salue une « formidable nouvelle », qui renoue « une histoire complètement mêlée entre le club et Peugeot. Nous n’avions pas compris en quoi les sommes investies dans ce sponsoring pouvaient peser sur les comptes du groupe » (**). « C’est un retour à la raison » que Patrick Michel analyse comme en lien avec le marché : « Le segment principal des acquéreurs de véhicules est constitué des plus de 55 ans, c’est aussi la génération qui porte encore plus que d’autres le club dans son cœur », référence aux épopées européennes du FCSM dans le début des années 1980. Il s’agit aussi d’un retour à l’équité, dans la mesure où Fiat, dont le mariage avec PSA a créé Stellantis, n’a, quant à elle, « jamais cessé de soutenir la Juventus de Turin, et pour des budgets autrement supérieurs » (***), selon Patrick Michel.
Même la CGT se met à l’unisson…avec les bémols comme il se doit. « La partie de nos adhérents fervents supporters salue la décision, il y a les autres pour lesquels c’est indifférent », relate Jérôme Boussard, secrétaire de la section sochalienne. « On se félicite du retour d’un lien historique, mais il ne faut pas tout mélanger. » La griffe du Lion sur le maillot jaune et bleu ne va pas « d’un coup de baguette magique » supprimer les enjeux et problématiques tels que relevés par Jérôme Boussard : les « cadences infernales » qui font atteindre les niveaux de production à la 3008 et à la 5008, « et tout le reste qui suit. Dans un site qui tourne bien comme Sochaux, un monde meilleur, ce serait : des embauches, des investissements et des hausses de salaire. »
(*) la CFDT n’a pu être jointe ce mercredi
(**) Carlos Tavares avait en substance considéré le soutien au foot comme incompatible avec une stratégie de haut de gamme. Ce qu’une responsable marketing avait maladroitement traduit par le qualificatif d’un sport « trop populaire », par opposition au tennis abondamment soutenu par Peugeot à Roland-Garros
(**) ce soutien est d’abord financé par la famille Agnelli, propriétaire historique de Fiat



























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