Trente ans après son ouverture, La Vapeur continue d’évoluer dans un paysage musical en mutation, jonglant entre financement public, adaptation économique et nouveaux usages. Elle a accueilli 60.000 personnes l'an dernier. Supérieur à la moyenne des salles homologues en France, son budget de 2,3 millions d'euros repose en revanche moins que la moyenne sur les subventions publiques. Un modèle qu'il s'agit de conforter dans le temps.
Depuis trois décennies, La Vapeur fait vibrer Dijon au rythme des concerts et des découvertes musicales. Mais derrière les projecteurs, la Scène de Musiques Actuelles (SMAC) doit jongler avec des enjeux économiques et culturels de plus en plus complexes. La salle, qui célébraitson trentième anniversaire début mars, doit sans cesse se réinventer face aux mutations du secteur musical, aux contraintes budgétaires et aux attentes d’un public toujours plus large : elle a accueilli 60.000 personnes l’an dernier, dont 36.000 pour les concerts.
Avec un montant de 2,3 millions d’euros, l’établissement dijonnais dispose d’un budget plutôt confortable, presque du double de la moyenne de dotation des 96 SMAC françaises, situées à 1,3 million d’euros annuels selon l’étude « Évolution des SMAC » conduite du Ministère de la Culture. La part du financement public s’avère plutôt moins importante, cependant, pour la structure dijonnaise que pour ses alter ego, environ 50 %, presque 10 points sous la moyenne. « L’essentiel de nos subventions provient de la mairie de Dijon, qui est propriétaire de l’équipement et verse 800.000 euros à l’année. L’État abonde de 200.000 euros, et la Région Bourgogne-Franche-Comté de 100.000 euros. Depuis 2019, nous ne recevons plus d’aide du conseil départemental de Côte-d'Or, à l'exception d'opérations ponctuelles autour de leurs compétences, la petite enfance et les collèges notamment », détaille Yann Rivoal, directeur de la Vapeur.
La moitié du budget finance les activités (concerts, médiation culturelle, accompagnement des pratiques), l’autre étant affectée aux salaires des 15 permanents de la Vapeur (auxquels s'ajoutent 3 techniciens intermittents et des prestataires) ainsi qu'aux frais fixes. Hors Covid, le budget de la salle demeure relativement constant depuis 2018, et les financements publics stables.

Assez paradoxalement, les marges de manœuvres financières ne se situent pas sur la programmation musicales. « Aujourd’hui, les tournées des artistes internationaux s’organisent 12 à 18 mois à l’avance. Sur celles à prise de risque, c'est-à-dire d’artistes moins connus, le délai tombe à 3 à 6 mois. Le seule variable d’ajustement au niveau de la programmation se situe précisément là, sur sa partie non-rentable », éclaire le directeur. L’une des missions de la structure étant la découverte d’artistes émergents, réduire leur présence demeure un dernier recours.
Trouver des opportunités de recettes impose de s’intéresser… au bar et à la restauration. « La billetterie représente 18,7% du produit des SMAC, le bar et la restauration 9,5% », remarque le Ministère de la Culture dans son étude. La Vapeur gère directement son bar, et réfléchit à améliorer ses marges. « C’est une équation un peu complexe, car nous sommes aussi engagés dans une politique de réduction des risques. Nous ne voulons pas nous transformer en vendeurs d’alcool. Pour le moment, nous ne proposons pas d’alcools forts, plus rentables, contrairement à ce que d’autres salles ont commencé à faire. Nous travaillons plutôt à renforcer la présence de produits locaux, dans le cadre de l’économie circulaire », précise Yann Rivoal.
Un public très local

Afin de renforcer l’insertion au sein de son quartier et diversifier ses ressources, la salle expérimente de nouveaux usages. Une offre de restauration le midi permet d’ouvrir La Vapeur à ses riverains, notamment aux employés des zones d’activités alentours. Les « Vapéro », organisés l’été dans les espaces extérieurs de la salle, rencontrent un franc succès. « Nous pourrions les proposer plus fréquemment, mais nous ne voulons pas entrer en concurrence avec les bars et autres lieux de convivialité dijonnais », précise le directeur.
L’établissement public local (EPL) a débuté sous forme associative, sous le très temporaire nom d’« Ateliers Rock » durant le dernier mandat de Robert Poujade, l’ancien maire RPR de la ville. « Cette salle a été obtenue en 1995, après des mois de négociation entre la municipalité et le monde du rock, fédéré au sein de l’association Hiero », se souvient Frédéric Robbe, l’un des fondateurs de Hiero, qui dirige aujourd’hui l’Astrolabe, la SMAC d’Orléans.
Comme nombre de ses consœurs, la Vapeur a d’abord été gérée par des passionnés, issus du monde associatif, avant d’entamer le virage de la professionnalisation qui a marqué sa première décennie. Début 2000, un premier directeur est recruté, Didier Gueniat, puis un programmateur Marc Rémy. En 2005, Fred Jumel entre en scène, tandis que la Vapeur devient un établissement public. En 2011, Yann Rivoal, qui a fait ses premières armes au célèbre festival des Vieilles Charrues en Bretagne, en prend la direction. L'année suivante, La Vapeur obtient le label Scène de Musiques Actuelles (SMAC), qui concerne 7 équipements en Bourgogne-Franche-Comté et 96 salles en France en 2025 (68 en 2013). En 2018, l’équipement connaît une rénovation et un agrandissement majeurs, pour un investissement de près de 7 millions d’euros.
Après trois décennies de fonctionnement, la Vapeur est profondément installée dans le paysage dijonnais. La SMAC a missionné en 2023 le cabinet d’études Gece pour conduire une étude fine sur son public. Il en ressort que la moitié de celui-ci est dijonnais, 75 % côte-d’orien et près de 90 % bourguignon. L’âge moyen des spectateurs (des femmes à 58 %) se situe à 36 ans.
La salle ne manque pas de projets pour l’avenir. « Nous travaillons à améliorer l’efficacité énergétique du bâtiment. Celle-ci est déjà assez bonne, mais nous avons encore des marges d’amélioration. Par ailleurs, nous renforçons notre rôle d’accompagnement des pratiques culturelles. Aujourd’hui, n’importe qui peut nous contacter pour bénéficier d’un accompagnement ou d’un conseil personnalisé afin de développer son projet musical », indique Yann Rivoal.
L’accessibilité à La Vapeur représente un enjeu pour l’établissement, qui cherche à optimiser les déplacements de son public. Une étude a révélé que les spectateurs viennent en moyenne à 2,3 par voiture. Pour encourager le covoiturage, un logiciel de mise en relation a été intégré à la billetterie, en co-développement avec d’autres salles. Des discussions sont également en cours avec Keolis pour améliorer la desserte des transports en commun lors des grands événements. L’objectif consiste à faciliter l’accès aux concerts tout en limitant l’empreinte carbone des déplacements.























.jpg)



.png)































