La société Purple Alternative Surface de Belfort progresse en direction de son changement de dimension. Son procédé innovant de transformation de déchets plastiques mélangés en dalles de revêtement extérieur passe à un stade plus industriel, grâce à un contrat avec le syndicat mixte Sytevom de Haute-Saône. D’autres marchés l’amènent à créer ses propres lignes de production et à envisager la création d’une centaine d’emplois dans les prochaines années.


Voilà plusieurs mois que Purple Alternative Surface attendait des événements qui engendreraient son décollage. Cette convergence favorable des planètes semble survenir en ce début d’été pour la jeune société à Cravanche près de Belfort de fabrication de dalles de revêtements extérieurs en plastiques recyclés.

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Les applications peuvent concerner aussi des ensembles de constructions, comme ces tiny houses.


Elle ne doit bien sûr rien à l’astrologie mais vient concrétiser de longs et patients efforts : « Nous avons cumulé plus de 800 essais en deux ans pour notre procédé de revalorisation de déchets plastiques en mélange, aux compositions diverses, en vue de leur réutilisation comme matière de base » expose le dirigeant, Pierre Quinonero. Le syndicat de traitement de déchets de Haute-Saône Sytevom, qui accueillait ces tests, en a validé la pertinence, avec l’Ademe l’agence nationale de la transition écologique, si bien qu’elle a donné son feu vert à l’installation d’une ligne dans son centre de tri Symetri de Luxeuil-les-Bains.

L’investissement pour Purple se monte à 1 million d’euros. L’équipement arrive sur place en ce mois de juillet et doit être mis en service en septembre. « Il nous permet de décupler la capacité de recyclage de tels gisements, en passant de 100 à 1.000 tonnes par an », indique Pierre Quinonero. Ces niveaux sont à mettre en rapport avec les 500 tonnes cumulées de dalles Purple produites depuis les débuts en 2019, soit 25.000 m2 posés.

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Le changement d’échelle est donc indéniable. Il peut sembler encore modeste au regard des montagnes de plastiques usagés qui demandent à être recyclés. Cependant, Purple Alternative Surface évolue dans une catégorie petits volumes, mais de grande technologie. La jeune entreprise revendique l’exclusivité d’un procédé qui permet de valoriser ces déchets hétérogènes non pas de manière séparée ce qui requiert de lourds investissements, mais en mélange. « Nous collectons ce que les particuliers amènent en déchèterie sans parvenir à être recyclé par ailleurs aujourd’hui, à la différence de ce qu’on met dans le bac jaune. Parmi les volumes qui montent en puissance, on peut citer les cuves à eau. Dans le cas du Sytevom, nous débutons avec les gisements de 15 de ses 35 déchèteries », décrit le dirigeant de la PME.

Ainsi, le méli-mélo de polyéthylène haute et basse densité (PE-HD et PE-BD), polypropylène, polystyrène et autres ABS - et à un degré bien moindre le PET concentré surtout dans les bouteilles - qui sont triturées par Purple Alternative Surface selon une recette jalousement gardée. Ils deviennent les dalles perméables en plastique Purple Solo et Purple Pav. Plus légères que le béton et moins émissives de gaz à effet de serre, qui tapissent parkings, espaces publics, chaussées, parvis « dans toute la France, auprès d’utilisateurs publics et privés » relève le dirigeant, en mentionnant des références à Aulnay-sous-Bois en région parisienne et Laon (Aisne) pour un centre de détention de mineurs, sans compter l’aire de stationnement de la nouvelle gigafactory McPhy à Belfort-Fontaine.

 

A la recherche de 2.000 m2

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Les revêtements peuvent être ensuite transformés une seconde fois, en leur appliquant par exemple une végétalisation.
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La gamme Purple Pav, qui a été développée dans un second temps, incorpore des pavés.


De surcroît, le Sytevom de Haute-Saône n’est pas le seul acteur franc-comtois à concrétiser des contacts de longue date avec Purple. Le syndicat de collecte Smictom dans le Territoire de Belfort en fait de même, par l’intermédiaire de l’association Adapei 90 qui récupère les gisements en déchèteries. Cet autre marché apporte à la PME un volume annuel supplémentaire de 300 tonnes. Les évolutions doivent porter le chiffre d’affaires 2024 à 1 million d’euros ou à proximité de ce seuil, alors que celui-ci s’est limité l’an dernier à 160.000 euros, « parce qu’on ne pouvait pas produire plus », justifie Pierre Quinonero.

Depuis, la PME s’est organisée de sorte à répondre à son expansion. A l’entreprise haut-rhinoise Plaxer, elle a ajouté un second sous-traitant, Confwell (Well-in-Plast) à Conflans-sur-Lanterne (Haute-Saône). Et elle se lance dans la production en propre. Depuis mars, une friche de 600 m2 à Héricourt (Haute-Saône) abrite la fabrication des gammes Purple Solo, la version de base, et Purple Pav incorporant des pavés.

Mais elle ne va pas suffire. L’entreprise souhaite scinder la fabrication en transférant les capacités de Purple Solo dans un bâtiment distinct, de l’ordre de 2.000 m2. « Nous recherchons cette surface pour l’instant sans succès, dans le Nord Franche-Comté », pointe son dirigeant.

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Purple Alternative Surface vend ses solutions le plus souvent aux entreprises de terrassements et travaux de voirie, qui en assurent la pose sur les chantiers concernés. Sachant que celles-ci travaillent en grande partie pour les collectivités locales, la clé de réussite économique passe par ces donneurs d’ordre… que Pierre Quinonero souhaiterait plus actifs dans leur « retour » : « Nous les débarrassons de déchets compliqués pour elles, quand même », glisse le dirigeant.

Depuis l’an dernier, Purple Alternative Surface noue des relations privilégiées avec Colas (groupe Bouygues) via un contrat de partenariat par lequel ce major des travaux publics propose les innovations de la PME en option dans les marchés qu’elle remporte. C’est par son biais que le marché avec McPhy a pu être conclu, in extremis avant la fin des travaux du parking à l’Aéroparc de Fontaine. Mais la relation n’est pas exclusive. Le contrat à Laon a par exemple été décroché avec Eurovia, la filiale route de l’autre major du BTP Vinci.

Performance économique et environnementale

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Pierre Quinonero a cofondé Purple Alternative Surface en 2020 à Cravanche à côté de Belfort.


Purple Alternative Surface, qui a adopté en début d’année le statut d’entreprise à mission, assure que ses solutions sont « aussi compétitives économiquement » que les offres de ses concurrents recourant à la matière vierge, « soit une fourchette de 35 à 50 euros par m2. » Ses dalles d’infiltration retiennent 40 litres par m2 . Leur épaisseur, de 6 ou 7 cm selon les variantes, réduisent d’autant celle de la couche de forme nécessaire ainsi que les volumes à terrasser.

Sur le plan environnemental, « nous avons déjà réduit le bilan carbone de 3,35 tonnes de C02 pour chaque tonne fabriquée et la nouvelle ligne à Luxeuil doit nous permettre de faire encore mieux », espère Pierre Quinonero. La reconnaissance de la validité du procédé ne devait pas non plus tarder, annonce le dirigeant : « Nous déposé une demande d’appréciation technique expérimentale (Atex) auprès du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), dont nous espérons la réponse positive fin 2024/début 2025. »

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Les récents développements impliquent aussi de réunir les moyens de leur financement. Bénéficiaire en 2022 d’une levée de 2 millions d’euros auprès de business angels, Purple Alternative Surface œuvre à la concrétisation d’une seconde, à court terme. Enfin, les effectifs doivent progresser en due proportion du boom espéré. Pierre Quinonero annonce la perspective de la « création d’une centaine d’emplois dans les trois à quatre ans », à partir des 20 actuels. Si tout va bien.

La vague favorable amène également Purple Alternative Surface à viser des extensions de son gisement de matières recyclables. La jeune société est en approche avec un groupe de traitement pour récupérer des pales d’éoliennes et en incorporer les fibres constitutives, en verre ou carbone, dans ses dalles, « jusqu’à 30 %. » De quoi perpétuer un état d’esprit de start’up au moment où tout porte à croire que l'entreprise va passer au stade d’une PME plus mature.

Photos fournies par l'entreprise

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