Préservation d’un savoir-faire régional, diversification cohérente à partir des métiers du second œuvre (peinture, isolation, plâtrerie…), opportunité de se doter d’un outil de fabrication : le dossier Pacotte et Mignotte a coché les bonnes cases pour le groupe jurassien, malgré le placement en redressement judiciaire de la PME de Dijon. Celle-ci doit pouvoir repartir de l’avant, avec 40 salariés repris sur 66.

Voilà un dossier qui unit Bourgogne et Franche-Comté, autour des contours des bâtiments. Le Jurassien Bonglet, spécialiste des travaux de peinture, plâtrerie et isolation, assure la pérennisation du Dijonnais Pacotte et Mignotte, fabricant et poseur de menuiseries. En épilogue du redressement judiciaire prononcé en août dernier envers la PME, le groupe familial de second œuvre a vu son offre acceptée par le tribunal de commerce de Dijon, ce 1er décembre. Celle-ci conserve 40 emplois sur 66.

L’intérêt porté par Bonglet pour ce dossier n’est pas départi d’une dose de sentimental. « Nous sommes soucieux de ne pas voir s’éteindre les savoir-faire locaux ou régionaux », pose Hervé Peutot, le directeur général des opérations stratégiques du groupe basé à Lons-le-Saunier (Jura). En l’occurrence, l’expertise de Pacotte et Mignotte est reconnue depuis 1966, dans la confection de fenêtres en bois qui s’est élargie avec le temps aux différentes formes de menuiseries (portes, volets roulants, vérandas) et aux matériaux aluminium et PVC à l’occasion de leur essor.

 

Cessions aquisitions

 

Mais l’entreprise toujours familiale Bonglet ne fait pas vibrer que le cœur, bien sûr, elle qui est devenue l’un des leaders français de ses métiers avec un chiffre d’affaires attendu à plus de 130 millions d’euros pour cette année qui se clôture, et un effectif, filiales comprises, de 1.000 salariés.  Ce personnel est réparti entre Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est (via notamment la société Les Peintures Réunies acquise en 2021 en Lorraine) et Auvergne-Rhône-Alpes.  Elle passe d’abord au crible de la raison les dossiers de croissance externe qui lui parviennent, en configuration « normale » ou en cours de procédure collective, pour y dire oui…ou non.

Dans le cas de Pacotte et Mignotte, elle a estimé pertinent de formuler une offre, malgré les difficultés financières ayant conduit à la cessation de paiement au début de l’été. « L’outil industriel est de qualité, les ateliers sont bien à niveau », tranche Hervé Peutot. Une priorité de modernisation porte toutefois sur la ligne de production de menuiseries PVC. Elle va bénéficier dès les prochains mois d’un investissement de « plusieurs centaines de milliers d’euros » et le reste des installations devrait également à terme connaître des travaux de transformation. Quant au déploiement sur les trois matériaux bois-alu-PVC, il est confirmé, « chacun trouve sa pertinence de marché aujourd’hui », selon le dirigeant de Bonglet.

Bonglet ITE
Bonglet s'illustre notamment dans les travaux d'isolation thermique par l'extérieur. © Bonglet

Ce marché est certes secoué, mais « la rénovation continue à tirer vers le haut, par contraste avec le logement neuf » et Pacotte et Mignotte se trouve en capacité d’amortir les chocs économiques de par son implantation à la fois auprès des particuliers et des professionnels, selon l'analyse de sa nouvelle maison-mère..

Connaissance de l’industrie

Pour son propre compte, le groupe jurassien a vu dans ce dossier une quadruple opportunité. Pour commercer, « consolider notre ancrage régional Bourgogne-Franche-Comté » et poursuivre la diversification dans les métiers de l’enveloppe et de l'aménagement intérieur du bâtiment.  Mais aussi, entrer plus résolument qu’il ne faisait jusqu’à présent dans la pose de menuiseries. Et enfin, effectuer ses premiers pas dans la fabrication.

 

G constru 2bis

Bonglet exerce en effet ses autres activités comme metteur en œuvre de produits et solutions de fournisseurs. Toutefois, il estime ne pas s’aventurer en terrain inconnu. « Nous connaissons l’univers des industriels, leur fonctionnement et leurs contraintes, dans la mesure où nous entretenons des relations étroites et particulières avec eux : nous sommes les premiers expérimentateurs de leurs nouvelles offres, notamment conçues dans le sens du développement durable. Et les certifications Iso par exemple, nous les possédons nous-mêmes », expose Hervé Peutot.

Ce rôle de « testeur » a débuté dès 2005 pour les peintures, avec l’entreprise PPG à Genlis (Côte-d’Or). Puis ont suivi Gerflor pour les sols, Armstrong (aujourd’hui Knauf Ceiling Solutions, à Pontarlier dans le Doubs) pour les faux-plafonds, Isover pour la laine de verre et Rockwool pour celle de roche, Knauf pour les isolants en polystyrène  ou encore Siniat pour les plaques de plâtre, avec lequel de nouveaux développements innovants sont en cours.

Synergies commerciales 

Bonglet cellule formation
Face à ses besoins de recrutements et au nombre limité de cursus officiels, le groupe de second oeuvre développe son propre centre de formation à son siège de Lons-le-Saunier (Jura), par des cellules dédiées à chacun de ses métiers. © Bonglet

S'agissant des « synergies », elles concernent le volet commercial dans le cas présent. Bonglet intègre l’action commerciale de sa nouvelle filiale dijonnaise dans sa propre organisation. Concrètement, Pacotte et Mignotte se recentre sur la production (l’entité PM Industrie) à Dijon, tandis que ses agences commerciales spécifiques de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) et Besançon (Doubs) disparaissent pour se fondre dans l’organigramme du nouveau propriétaire. C’est à ce niveau que se situent surtout la réduction d’effectifs de quelque 25 postes qui a été comprise dans l’offre de reprise.

Le dirigeant de la PME, Emmanuel Chevasson (*), reste quant à lui à la tête du site de production de Dijon. Le groupe a souhaité le maintenir en fonction, tout en le plaçant sous la supervision de son directeur de région Bourgogne, Michaël Bonneau.

Bonglet compte continuer à étoffer la palette de ses métiers, en déclarant rester « attentif » aux opportunités de croissance externe. Dont celles qui, comme pour Pacotte et Mignotte, peuvent se présenter à la barre d’un tribunal. La conjoncture dans le BTP risque de ne pas faire manquer de cas pratiques. Elle a fait augmenter le nombre de défaillances dans la filière de 7 % en France (**), et de 4 % en Bourgogne-Franche-Comté.  

(*) par ailleurs président de la fédération du bâtiment (FFB) de Côte-d’Or

(**) évolution sur un an à mi-2025, données des Cerc (cellules économiques régionales de la construction)

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