Présentée la semaine dernière comme une alternative à Microsoft par les autorités publiques qui l’ont homologuée pour leur propre utilisation, la suite digitale « Hexagone » s’inscrit dans une décennie de développements d’Interstis. La petite société de plateformes collaboratives est née dans la ville de son fondateur. Depuis, elle est devenue une PME de 60 salariés qui continue de faire du Creusot son siège et la base technique de ses nouveaux projets.


Sa « suite collaborative souveraine » a rencontré un bel écho médiatique après sa présentation le 7 janvier au Creusot, jusqu’à être qualifiée de « celle qui veut dépasser Microsoft. » De la cité industrielle de Saône-et-Loire, la société Interstis fait le tremplin de son développement dans la conception et la commercialisation de telles offres digitales qui rassemblent boîte mail, logiciels de bureautique et de visioconférence et autres outils de communication et de stockage de données, de sorte à faciliter la communication entre les collègues de travail et avec leurs interlocuteurs extérieurs.

La dernière-née est mise en exergue du fait qu’elle doit apporter une solution sécurisée, alternative aux géants américains, aux administrations publiques et ainsi incarner une facette du « cloud souverain. » La bien-nommée suite « Hexagone » a été retenue, au sein d’un groupement de sociétés numériques françaises (*), comme l’une des trois offres validées par l’Etat à l’issue de son appel à projets sur cet enjeu, pour les deux thématiques « Suite collaborative souveraine » et « Accompagnement à la qualification SecNumCloud » qui garantit les plus hauts niveaux de sécurité d’hébergement de données.

 

BP

 

Cette nouvelle étape confirme Interstis comme un acteur prometteur, au développement duquel Le Creusot contribue. La PME qui a bien grandi depuis ses débuts en 2014 emploie sur place 20 des 60 personnes qui composent aujourd’hui son effectif, outre ses implantations dans les agglomérations de Nantes, Paris et Montpellier. « Nous voulons montrer qu’il est possible d’innover dans le numérique depuis les territoires dits décentrés », appuie Mathieu Candel, responsable communication. La spécialité d’Interstis lui fait par nature communiquer à distance peu importe le lieu, mais « nous avons aussi besoin de proximité avec les clients et interlocuteurs. Or sur ce point Le Creusot (également siège social, Ndlr) est bien placé en terme d'infrastructures physiques, routières et ferroviaires, pour nous relier à eux », poursuit-il.

Le fait que l’un des deux fondateurs, Nicolas Huez, soit originaire de l’agglomération creusotine a certes généré cette localisation. Mais depuis, celle-ci a confirmé sa pertinence. Interstis compte la faire fructifier par le dialogue potentiel avec son nouveau voisin, l’incubateur « Hub & Go », vivier visé de jeunes pousses.

 

L’ouverture aux entreprises par l’offre trois en un

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La suite française estime proposer les mêmes services que les produits ultra-dominateurs de Microsoft, pour un coût 20 à 30 % moindre. © Shutterstock


Dix ans de développements débouchent pour Interstis sur un premier palier annoncé de 1.500 clients représentant 700.000 utilisateurs pour ses suites, d’abord pensées et déployées pour le secteur public. Elles ont connu un coup d’accélérateur durant la crise sanitaire, lorsque la Direction interministérielle du numérique de l’Etat a référé l'offre de la PME bourguignonne pour son application aux préfectures alors confinées.

Ainsi, le portefeuille constitué génère une évolution vers le haut du chiffre d’affaires, passé de 2,7 millions d’euros en 2023 à 4 millions d’euros l’an dernier. « Au niveau des effectifs, après des phases de recrutement, nous allons, sauf exceptions, chercher la stabilisation cette année », précise Mathieu Candel.

 

Cessions aquisitions

 

Pour continuer à progresser, Interstis affirme davantage aussi un positionnement vers le secteur privé. « Les associations, les entreprises, en somme toutes structures collectives, constituent nos cibles », confirme le responsable. La PME enrichit son offre et la réorganise en ce début 2025, de sorte à la présenter selon trois gammes voulues bien lisibles pour tout type de prospect, correspondant à trois échelles d’utilisateurs : le « collaborateur de terrain, comme un service technique ou du personnel de chantier, avec un stockage de l’ordre d’1 Go dans la boîte mail », puis l’encadrement intermédiaire pour des collectes d’information plus volumineuses, et enfin l’offre « VIP, pour les postes de direction » proposant à son bénéficiaire une vision transversale des données de l’organisation qu’il pilote.

L’entreprise de services du numérique (ESN) se donne les moyens du financement de son développement. L’an dernier, elle a levé 4 millions d’euros auprès des fonds Side Capital et Odyssée Venture. L’appel à projets remporté pour Hexagone ajoute une enveloppe de 2 millions d’euros de Bpifrance.

 

 Une solution bleu-blanc-rouge « similaire pour 20 à 30 % moins cher »

Solution en mode SaaS (à partir d’un navigateur Internet), Hexagone réunit les différents éléments d’une suite collaborative dont le marché est aujourd’hui dominé par quelques outils amplement répandus comme Outlook ou Teams, et Google Drive pour le stockage. Ils sont tous étrangers, ce qui signifie l’hébergement des données hors de France.

Le « rapatriement » forme l’un des arguments de la solution Interstis dont le contenu, lui, est géré depuis un data-center tricolore, de Dassault Systems via sa filiale 3DS Outscale. Interstis revendique pour sa dernière offre un coût inférieur « de 20 à 30 % » aux outils Microsoft, « pour un résultat similaire. Avec Hexagone, vous ne renoncez à rien de ce que vous pouvez faire avec Microsoft 365. Nous avons été vigilants à comparer plus de 80 points fonctionnels pour nous en assurer », déclare Thomas Balladur, dirigeant cofondateur d’Interstis avec le Creusotin Nicolas Huez. Pour ceux qui veulent s’affranchir de la tech US et adopter Hexagone, sa concurrente française a mis en place un service d’accompagnement à la transition.

(*) avec Belledonne-Communications, Linphone, BlueMind, Parsec, Tranquil IT, 3DS Outscale et XWiki.

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