Constituée pour donner un élan à la production française d’objets horlogers et de leurs composants, la « grappe d’entreprises » de la filière a achevé le 1er octobre un premier cycle de réunion, chez Supmicrotech à Besançon. Il en résulte des avancées pour relocaliser les cadrans et boîtiers et pour améliorer la connaissance des compétences présentes sur le territoire national, relève dans cet entretien le président de France Horlogerie Pierre Burgun. La prochaine étape vise à constituer une plateforme d'innovation et de coopération, à Besançon et Morteau.
Quelles sont les conclusions de la réunion de la grappe d’entreprises tenue début octobre ?
Nous avions fixé trois axes de travail lors de la réunion constitutive de la grappe d’entreprises en mai 2024 : reconstituer une filière de production de cadrans en France qui avait disparu entièrement, faire de même pour les boîtiers, et stimuler la fabrication et l’assemblage par la mise en place de synergies. La troisième réunion qui clôturait cette phase initiale débouche sur des résultats très concrets. S’agissant des cadrans, un acteur se positionne pour s’y lancer, de réputation nationale, non issu de l’horlogerie mais disposant de l’outillage nécessaire. Pour les boîtiers, un sujet plus complexe, nous sommes encore en phase de réflexion, mais bien avancée. Là encore, il existe des offres de compétences, dans l’usinage ou dans la frappe, qui doivent pouvoir être exploitées.
Enfin, sur le troisième thème rassemblée sous le terme d’ « offre intégrée », Francélat notre comité interprofessionnel, va établir d’ici à la fin de l’année, une carte des compétences et des savoir-faire. Elle sera destinée aux fabricants et assembleurs de montres pour disposer d’une liste exhaustive de nos fournisseurs de rang 1, à savoir les producteurs de composants basés en France. Même les marques établies comme les nôtres n’en ont pas forcément la connaissance complète et surtout, les jeunes entrepreneurs qui en créent y trouveront des coordonnées précieuses.
Est-ce à dire qu’une volonté de travailler ensemble émerge, en rupture avec la tradition d’un certain cloisonnement ?
L’espace d’échanges que nous avons constitué correspond en effet à cet état d’esprit, de sorte à le diffuser plus largement que par le passé. La grappe poursuit aussi l’objectif, et avec de premières concrétisations, de mise à disposition de capacités : telle marque peut dire à une autre qu’elle va fabriquer pour elle en cas de besoin, pour la sortie d’une nouvelle collection par exemple.
France Horlogerie rassemble aujourd’hui l’essentiel des acteurs significatifs du pays, nous comptons une centaine d’entreprises membres cumulant 3.000 emplois et un chiffre d’affaires de 423 millions d’euros en 2024 (*) dans les trois collèges des fabricants de montres, des « horloges de gros volume » élargi aux développeurs de logiciels du temps, et des fabricants de composants. Le chemin vers la réunion de l’ensemble de la filière est bien engagé.

Ces rencontres de la grappe vont-elles avoir une suite ?
Oui, le travail se poursuit notamment dans le cadre d’un appel à projets France 2030 dont nous déposons le dossier ces jours-ci, visant à constituer un « espace collaboratif d’innovation (ECI). » Il s'agit d'une démarche générale de stimulation des échanges en vue de réindustrialiser l’horlogerie français, assortie de la création d’espaces de mise en œuvre, des locaux de coworking qui sont prévus à Besançon et Morteau (**). Plusieurs millions d’euros seront mobilisés, par les entreprises et les aides publiques. Le résultat de l’appel à projets devrait être connu durant le premier trimestre 2026.
Jusqu’à quel point le made in France revient-il dans l’horlogerie ?
Quelque chose se passe, indéniablement. J’en veux pour preuve la dimension du pavillon français au grand salon mondial de Hong Kong : nous étions trois marques il y a dix ans, aujourd’hui ce sont 10. Ceci étant, j’ai parfaitement conscience que le chemin est encore long à parcourir. En Suisse, le chiffre d’affaires de l’horlogerie, c’est 25 milliards d’euros… Et seulement 2 % des montres vendues en France sont produites sur le territoire national.

(*) selon les données de Francéclat la filière rassemble en Bourgogne-Franche-Comté un peu plus de 100 entreprises pour un effectif cumulé mesuré à 2.168 salariés en 2024 représentant les deux-tiers du total national.
(**) Cet « ECI » s’organiserait en mode coopératif via une Scic (société coopérative d’intérêt collectif) qui réunirait les quatre collèges des industriels, des institutionnels, des distributeurs et des employés. Les actions comme une plateforme d’innovation et de coopération et le soutien à la labellisation EPV (entreprise du patrimoine vivant) portent l’objectif de créer quelque 1.200 emplois jusqu’en 2030 parmi les fabricants des produits finaux et des composants et de doubler les ventes de montres français ainsi que leur prix moyen, à 300 euros.
Au quotidien, Pierre Burgun préside le fabricant de montres Pierre Lannier qui emploie 80 personnes à son siège et site de production d’Ernolsheim-lès-Saverne (Bas-Rhin) et 30 dans l’atelier de Madagascar. Devenu une priorité de la PME, le développement des ventes à l’international connaît deux accélérations depuis quelques semaines. En Inde, Pierre Lannier a décroché en juillet un partenariat avec le distributeur national et familial Just In Time : « il nous ouvre les portes de ses 70 magasins dans le pays et se montre disposé à élargir encore notre réseau de vente », se félicite Pierre Burgun, qui espère atteindre un premier seuil d’1 million d’euros de chiffre d’affaires en Inde d’ici deux ans. De même, aux Emirats Arabes Unis, le fabricant alsacien a conclu un accord commercial avec le géant de la distribution multi-produits Al-Futtaim, pour une début de collaboration ce mois d'octobre. Il donne aussi un coup d'accélérateur à sa commercialisation en Arabie saoudite en exclusivité avec le distributeur Al Homaidhi.
« Nous visons une croissance à court terme de 30 % de notre activité à l’export qui pour l’heure représente un peu moins de 20 % de notre chiffre d’affaires établi au total à 16 millions d’euros en 2024. Les perspectives de croissance se situent à l’étranger pour nous », commente le dirigeant. La PME fabrique les montres de marque Pierre Lannier complétée désormais d’une gamme « premium » 1977 en référence à l’année de sa création et allusion indirecte à ses prix de vente publics qui s'étendent de 1.577 à 1.777 euros.






























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