Depuis 2023, le groupe espagnol a relancé la fabrication de mouvements de montres à Maîche assurée par la société France Ebauches. Trois décennies après sa disparition, la manufacture entend renouer avec son glorieux passé à la faveur du renouveau de l’horlogerie hexagonale.


Trente ans après le dépôt de bilan de l’emblématique manufacture franc-comtoise France Ébauches (lire ci-dessous), des calibres de montres estampillés « FE » sont de nouveau assemblés dans le Doubs. La production de mouvements mécaniques automatiques a démarré il y a quelques mois à Maîche, au cœur du Pays horloger, sur un ancien site de France Ébauches. L'entreprise est passée dans le giron du motoriste suisse Soprod, propriété de Festina. 

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Le groupe espagnol de 1.142 salariés, qui vend chaque année 5 millions de montres
(*) explique qu’il « entend ainsi répondre aux attentes des marques, des consommateurs et des politiques qui réclament le développement de mouvements français intégrant des valeurs françaises. »

Outre la marque Festina, les créateurs hexagonaux Apose, Akrone, Carzo & Lieutier et l’Alsacien Pierre Lannier ont déjà passé commande pour un volume global compris « entre 5.000 et 10.000 » unités, d’après Sébastien Gigon, responsable commercial de France Ebauches.

 

Mouvement 100 % jurassien 

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Le mouvement de France Ebauches, tel qu'il résulte des multiples étapes de sa confection. © Laurent Cheviet


Environ 70 % des composants sont français. Notamment les platines, ponts, masses oscillantes et indicateurs de quantièmes que l’usine de Maîche fournissait déjà aux sociétés du groupe (Festina, Lotus, Jaguar, Leroy, Candino…) ainsi qu'aux principaux acteurs de l’industrie horlogère. Les 30 % restants - dont les balanciers-spiraux, les ancres et les roues d’échappement - proviennent d’une autre fabrique de Soprod située à moins de 30 kilomètres, dans le canton du Jura suisse. Ce qui fait dire au responsable commercial que ce mouvement est 100 % jurassien, sans aucun élément asiatique, et qu'il affiche ainsi « l’empreinte carbone la plus intéressante » du marché.
 

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Afin de permettre la renaissance de France Ébauches, la firme ibérique fondée par Miguel Rodriguez a consenti d’importants investissements industriels… dont le montant reste confidentiel comme souvent dans le discret monde de l’horlogerie. Deux centres d’usinage cinq axes à grande vitesse sont déjà opérationnels. Plus rapides, plus flexibles et moins énergivores que les anciens outils, quatre engins à commande numérique du même type doivent également être mis en service d’ici le mois de juin.

 

« Aux marques de jouer le jeu »

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La manufacture de Maîche bénéficie d'investissements de Festina en matière d'usinage. Deux centres à cinq axes sont déjà opérationnels.
© Laurent Cheviet
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Quatre autres équipements similiares d'usinage à commande numérique sont attendus sur place d'ici juin 2024. © Laurent Cheviet


Une machine d’ébavurage des pièces par jet d’eau haute pression a été installée, en outre, l’été dernier dans le vaste atelier de 5.000 m2 où œuvraient autrefois 450 employés. Ils sont aujourd’hui 30 salariés, « la relance récente ayant permis la création de quatre postes », indique Christopher Joly, le directeur du site. Quant à l’assemblage, il s’effectue encore à la main ou de manière semi-automatique à l’aide de potences pneumatiques. 

Les investissements de modernisation dans ce domaine n’ont pas encore été engagés car « ils seront proportionnés à la volumétrie des besoins effectifs de nos clients. Aux marques désormais de jouer le jeu, celui d’un mouvement made in France », souligne Sébastien Gigon. Il brandit un objectif de ventes « de 10.000 à 30.000 » calibres par an.

 

Une saga horlogère

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Gros plans sur le contrôle des pièces (à gauche) et la finition de l'ébavurage (à droite). © Laurent Cheviet

La société France Ébauches est née en 1967 de la fusion de quatre fabriques d’ébauches ; ce terme désigne les mouvements incomplets, sans l’organe réglant, vendus aux marques de montres. Elle installe alors son siège à Besançon et ouvre plusieurs sites de production dans le Doubs, à Maîche, Villers-le-Lac et Valdahon. Dix ans plus tard, l’entreprise réalise 8 millions d’unités, ce qui la hisse au deuxième rang mondial de sa spécialité. Dans les années 1980, France Ébauches prend le virage du mouvement à quartz. Employant alors près d’un millier de salariés, la société crée une filiale à Hong-Kong, une usine de montres en Inde et elle noue des partenariats en Chine.

Mais la crise horlogère de la décennie suivante lui porte un coup fatal : elle dépose le bilan en 1994. Après plusieurs tentatives de reprise - sous les noms de Société nouvelle France Ébauches puis Technotime - la dernière usine encore en activité ferme à Valdahon en 2009. Huit ans plus tard, en 2017, le groupe Festina, ancien client de la manufacture franc-comtoise et déjà propriétaire du site de Maîche, rachète les actifs de la société Technotime basée en Suisse. Son patron Miguel Rodriguez souhaite alors empêcher le départ vers l’Asie d’un outil de production du spiral, composant stratégique des mouvements. Par cette opération, l’homme d’affaires espagnol acquiert également la propriété intellectuelle de la marque France Ébauches, qu’il fait aujourd’hui revivre.

 (*) Chiffre d’affaires non communiqué

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