La manufacture horlogère familiale active depuis près de 250 ans et sept générations vient de connaître une situation rare dans son histoire contemporaine : cumuler la restauration de deux œuvres monumentales, l’horloge du Grand Palais datant du XIXème siècle et celle, encore en cours, de l’horloge astronomique multiséculaire de la cathédrale de Lyon. Mais la petite entreprise de 10 salariés à Mamirolle (Doubs) fait d’abord reposer son activité sur des prestations plus classiques, ou d’envergure plus modeste.


De Mamirolle (Doubs) à Paris, l’horloge du Grand Palais a entamé lundi son grand voyage retour. Emballée dans une armoire vitrée d'1,60 mètre de large et 3,5 mètres de haut, l’œuvre monumentale a rejoint le balcon du prestigieux édifice au cœur de la capitale, lui-même en fin de rénovation complète pour les JO dont il accueillera des compétitions. Elle a été remise à neuf par la Manufacture Prêtre & Fils, qui procède à sa réinstallation et à ses réglages ultimes jusqu'à la fin du mois. Auparavant, elle avait assuré, dans ses ateliers, le démontage, le stockage, la restauration et le remontage de quelque 700 pièces.

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La manufacture a assuré dans ses ateliers de Mamirolle la restauration et le remontage de quelque 700 pièces de l'horloge du Grand Palais afin qu'elle soit prête pour les JO de cet été. © Laurent Cheviet


Un autre témoin en version XXL de cet art occupe les 10 salariés, jusqu’à cet été : l’horloge astronomique de Lyon.
Muette depuis dix ans, elle s’apprête à renaître dans la cathédrale Saint-Jean, entre autres grâce au savoir-faire de Prêtre & Fils. L'entreprise franc-comtoise y travaille avec l’horloger Eric Desmarquest, parfait connaisseur sur place de cette œuvre dont les pièces les plus anciennes remontent au moins au XVème siècle, sinon plus loin encore.

A Mamirolle, la PME répare le mécanisme du fonctionnement de l’Astrolabe, un carillon, une dizaine de personnages animés, ou encore le soufflet qui commande le chant d’un coq. « La plupart de nos interventions s’effectue sur place, contrairement au marché du Grand Palais. Ici à Mamirolle, nous réalisons les travaux mieux adaptés à des manipulations en atelier : soudure, usinage… », décrit Nicolas Prêtre.
 

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La manufacture connaît ces deux « monuments ». L’horloge du Grand Palais pour avoir déjà été à son chevet il y a une dizaine d’années. Celle de Lyon pour ses analogies avec l’horlogerie astronomique de la cathédrale de Beauvais (Oise), une référence majeure de l’entreprise - 90.000 pièces, 10 mouvements et 60 cadrans - qui remonte également à une décennie.

Cette échelle de temps donne la mesure du caractère exceptionnel de ces marchés, au-delà de leur montant unitaire de quelques dizaines de milliers d’€ chacun. « Et le fait d’en cumuler deux de la sorte simultanément est particulièrement rare pour nous », relève Nicolas Prêtre.

 

Défenseur du temps

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Prêtre & Fils sait travailler les mécanismes les plus détaillés. © Laurent Cheviet


Dans la même veine, Prêtre & Fils est chargée de l’entretien de trois horloges du château de Versailles et elle a également d’aplomb en 2022 le « Défenseur du temps », sculpture contemporaine ayant donné son identité et son nom au Quartier de l’Horloge à Paris.

Mais si de telles réalisations « signent » la PME en lui faisant capitaliser son choix d'avoir conservé le savoir-faire des horloges mécaniques d’antan, l’activité récurrente puise sa source ailleurs : dans l’entretien de cadrans ou de clochers, ainsi que dans les travaux, souvent complexes, d’électrification dans les églises. « Ce sont des commanditaires que connaissons par ailleurs et dont nous savons maîtriser la gestion du mobilier, comme les lustres », souligne le dirigeant. 

Nicolas Prêtre le reconnaît : la demande pour les restaurations de pièces historiques ne manque pas, elle pourrait mener son entreprise sur des chantiers à l’autre bout de la France. « Mais nous n’y allons que rarement. Sauf exception, effectuer plusieurs heures de trajet ne fait pas vraiment sens du point de vue économique, dans notre domaine. Il faut aussi s’assurer de trouver sur place des personnes encore compétentes pour manier et remonter une horloge mécanique. Nous avons déjà rencontré des mauvaises surprises. »

 

Une entreprise d’électromécanique avant tout

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L'horloge du Grand Palais a été réalisée en 1854 par la société Collin - Wagner. Prêtre & Fils en avait déjà opéré une restauration d'ampleur il y a une dizaine d'années. © Laurent Cheviet
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L'oeuvre monumentale a bénéficié des dernières finitions début février à Mamirolle, avant de rejoindre le balcon de l'édifice parisien où elle est enveloppée dans une armoire vitrée à sa mesure.  © Laurent Cheviet


« Le cœur de notre métier se situe dans la mécanique et l’électromécanique, avec une montée de la spécialité électricité qui a suscité la constitution récente d’un pôle dédié »
, synthétise Nicolas Prêtre. Il s’exerce pour une clientèle de collectivités publiques, de paroisses, et de quelques particuliers. « Dès lors, les compétences que nous recherchons se situent dans l’horlogerie, auprès du lycée Edgar Faure de Morteau, ou de SupMicroTech-Ensemm pour l’embauche d’un jeune ingénieur il y a deux ans. Mais aussi dans l’électricité. En fait, nous avons besoin de personnes touche-à-tout, nos critères de recrutement sont larges, d’autant qu’il faut compter avec la proximité de la Suisse », expose le dirigeant. 


Quant à l’impression d’immuabilité qui se dégage de cette spécialité, elle est en partie trompeuse. La manufacture a changé à plusieurs reprises de technologies depuis que Théophile Prêtre, son créateur en 1780, avait endossé comme bien d'autres l’habit du cultivateur en quête d’occupation des froides journées d’hiver. La société a connu son âge d’or un siècle plus tard, lorsque horloges et cloches fleurissaient sur les frontons des églises mais aussi de tous les bâtiments publics et des usines pour donner l’heure. Au siècle dernier, le grand’père de Nicolas, Robert Prêtre, a opéré le virage de l’électrique pour le remontage, puis son fils, Christian, a opéré la bascule vers l’électronique, dans les années 1960-1970.

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Dans cette activité aussi, la course à l’innovation accélère le temps. Même les horloges monumentales les plus vénérables y entrent. Elles se soumettent à la modéliisation 3D. « L’enjeu consiste à garder la mémoire des œuvres, d’en archiver de façon structurée toutes les interventions, afin de faciliter les suivantes, qui viendront dans un laps de temps plus ou moins long ». L’équipe Prêtre & Fils va ainsi mitrailler de photos sous tous les angles telle pièce, ou encore tel personnage d’horloge astronomique dans l’ensemble de ses tailles de forme et de couleur, de sorte à reconstituer la succession de ses gestes comme pour de vrai.

Le temps, à Mamirolle, continue de s’égrener, il n’a pas oublié d'entrer dans le XXIème siècle.

 

Qui est Nicolas Prêtre ? 

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Ingénieur mécanique, Nicolas Prêtre n'avait pas tracé par avance la trajectoire de la reprise de l'entreprise familiale, dont il représente la 7ème génération. © Laurent Cheviet

Descendre en 7ème génération du fondateur prédestinerait à prendre sa lointaine suite : ce scénario est plausible, mais il ne s’applique pas à Nicolas Prêtre. La reprise de l’entreprise n’était pas écrite à l’avance. Le parcours que l’intéressé s’était construit l’avait éloigné de l’affaire familiale : ingénieur en mécanique de l’IPSE (aujourd'hui l’UTBM - Université de technologie de Belfort-Montbéliard), puis diplômé de son homologue à Compiègne l’UTC, il a démarré dans la vie professionnelle au sein du groupe SEB, où sa carrière pouvait être toute tracée.

Puis, « j’ai voulu retrouver l'atmosphère d’une société plus petite, et pourquoi pas en créer ou reprendre une », témoigne Nicolas Prêtre. Il recherchait « une entreprise à potentiel et belle image de marque »…et il s’est trouvé que la Manufacture Prêtre & Fils répondait à ces critères, en dépit d’un effectif alors limité à 4 salariés. Relancer, moderniser, et rebondir a constitué la feuille de route du nouveau « patron », il y a dix ans. Mais ces mots d’ordre avaient déjà présidé de maintes fois à l’histoire pluriséculaire de l’entreprise, longtemps installée à Bretonvillers jusque dans les années 1980. « Je ne fais que perpétuer cet esprit d’adaptation. » 

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