Au bout de deux ans de développement et de prospections de fournisseurs, le fabricant familial de montres sort un modèle, haut de gamme à près de 2.000 €, conçu avec des prestataires tricolores, à l’exception du cadran, qui est suisse. Ce panel de PME associées se répartit entre le Doubs et le Bas-Rhin.
Créer une montre 100% française (ou presque), Pierre Burgun en rêvait depuis longtemps. Il en fait une réalité. Le dirigeant du fabricant alsacien Pierre Lannier a orchestré la conception d’un modèle dont les différents composants proviennent tous de France, à rebours du mouvement de délocalisation qui traverse la filière horlogère, et auquel son entreprise participe aussi d’ailleurs, par le transfert à Madagascar d’une partie de son activité, qui a été nettement atténué ces dernières années par des rapatriements dans les ateliers du siège d’Ernolsheim-sur-Bruche (Bas-Rhin). Celui-ci abrite aujourd’hui 80 des 110 salariés de la PME, pour la production, la création et le design, la vente et l’après-vente, etc.

Baptisée « 1977 », cette nouvelle montre dévoilée et commercialisée en ce début septembre vient donc apporter une exception, en tirage limité - 500 exemplaires – et à un prix qui ne la réserve pas au tout-venant : le chiffre dans le nom du modèle correspond à son prix en euros, il fait référence également à l’année de création de l’entreprise, par les parents de Pierre Burgun.
Mais l’initiative mérite d’être saluée. Fruit de deux ans de développements, elle démontre que le tout tricolore est quand même possible à un peu moins de 2.000 € contrairement à ce que pensait le dirigeant lui-même… et sans aller chercher les solutions à l’autre bout de l’Hexagone : pour l’essentiel, Pierre Burgun les a trouvées en Franche-Comté, parmi les autres rescapés de la tradition horlogère bleu-blanc-rouge. « Nous ne fabriquions plus avec des fournisseurs français depuis 20 à 30 ans », rappelle-t-il.
Mouvement Pequignet, aiguilles La Pratique, bracelet Sibra

en double référence à son prix de vente en euros et
à l’année de fondation de l’entreprise, il y a 45 ans.
© Pierre Lannier
Le premier co-traitant décisif est Pequignet, autre emblème de la capacité à reconstituer une filière nationale, labellisée entreprise du patrimoine vivant (EPV). La PME a créé le mouvement de cette montre automatique selon une version qui lui est spécialement adaptée. « Elle comprend notamment un disque de quantième totalement redessiné sur fond bleu avec un chiffre 7 en rouge et le logo Pierre Lannier ajouré », détaille le président du directoire de Pierre Lannier.
Outre ce mécanisme automatique, « 1977 » a trouvé à Morteau ses aiguilles, auprès de la manufacture plus que centenaire La Pratique. Cette montre s’achète, de plus, dans un boîtier confectionné par Berthet Horlogerie à Villers-le-Lac (Doubs). La société fondée en 1877 a déployé son savoir-faire par « des finitions haut de gamme » selon le dirigeant de Pierre Lannier : couronne vissée 19 crans, verre et fond saphir, nitruration de la lunette pour empêcher les rayures.
Le cuir du bracelet provient d’Alsace, pour sa part. Il est confectionné par la tannerie Haas à Barr (Bas-Rhin), autre EPV, rachetée par Chanel dans les années 2010. La matière est partie ensuite à Besançon, auprès de l’entreprise Sibra pour la réalisation du bracelet avec sa boucle spéciale Pierre Lannier.
L’exception à ce festival franco-français concerne le cadran. « On ne compte plus de fabricant français depuis le début des années 2000 », explique Pierre Burgun. Mais il n’est pas reparti au bout du monde pour l’intégrer au nouveau modèle : il a confié la prestation au suisse Cadratec à Saint-Brais dans le canton du Jura, juste en face du haut-Doubs. « C’est donc une montre aussi française que possible que nous avons mise au point », appuie Pierre Burgun. Elle a logiquement obtenu le label Origine France Garantie, juste avant sa commercialisation qui se répartit entre le site web de Pierre Lannier et des bijouteries-horlogeries triées sur le volet.
L’ensemble de la production de la PME représente 400.000 montres par an, pour un chiffre d’affaires situé à 17 millions d'€ l’an dernier (dont 15% à l’export). Six modèles sur dix sortent des ateliers d’Ernolsheim-sur-Bruche. Les effectifs de production y sont remontés aujourd’hui à 25 personnes (femmes en majorité), autant qu’à Madagascar, contre… trois il y a 20 ans au moment des transferts dans l’île de l’Océan Indien.
Le développement du mouvement automatique et son succès auprès des consommateurs a permis à Pierre Lannier de refaire partir le balancier des emplois dans l’autre sens, et de repositionner sa marque : « Nous nous situons sur le créneau de 100 à 300 € qui rend la fabrication en France compétitive », souligne le dirigeant. La PME a terminé l’an dernier leader en France du segment des montres de 500 €, le principal du marché.

















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