Le constructeur qui sort de près d’un an de chômage technique mise sur le lancement fin 2025 d’un modèle de grande série pour renouer avec des volumes de production un tant soit peu significatifs à Mandeure (Doubs) et tenter de sortir de son déficit chronique dès 2026. Son directeur général Laurent Lilti dresse ces perspectives, en expliquant qu'elles s'inscrivent dans un recentrage de la politique commerciale autour d’une segmentation en trois marques, dont celle de haut de gamme sortant des lignes de l’usine historique. Les syndicats, eux, demandent à voir.

Les 285 salariés de Peugeot Motocycles à Mandeure (Doubs) connaissent désormais l’échéance. Le tournant calendaire de fin 2025/début 2026 en sera aussi un pour le plus que centenaire site de fabrication de deux-roues voisin de Sochaux. Le directeur général de la société, Laurent Lilti, confirme à Traces Ecrites News que ce moment marquera le lancement d’un nouveau véhicule GT (grand tourisme) qui fonde les espoirs de « retournement », pour un effet attendu à court terme.

En effet, l’exercice 2026 entend être déjà celui du « retour à l’équilibre financier » après « 24 années de pertes au cumul abyssales », souligne le dirigeant. « En cette mi-2025, l’analyse que nous dressons et les moyens que nous mettons aboutissent » à fixer cet horizon de temps très rapproché. Sur le plan des volumes, les quantités du nouveau modèle doivent permettre de revenir à des niveaux en cohérence avec la capacité de 7.000 unités par an, (correspondant à un chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 130 à 140 millions d'euros), alors qu’ils se situent aujourd’hui à un « point historiquement bas », non précisé.

Le nouveau GT entraîne un investissement de « plusieurs millions d’euros. » De 125 cm3 de cylindrée, il prendra la suite, sur les chaînes de Mandeure, du scooter homologue « Pulsion » arrêté fin 2024, et il s’ajoutera au « Metropolis »  restylé depuis trois ans ainsi qu’au trois-roues XP-400 (référence à sa cylindrée, équivalente à celle du Metropolis), une offre intermédiaire entre le scooter et la moto, mise sur le marché il y a un an et demi.

Le passage à l'Euro 5+, un « effet terrible » 

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Pour l'heure, les lignes du site franc-comtois sont dédiées au trois-roues Metropolis (ci-dessus) et au XP-400, deux véhicules de 400 cm3 de cylindrée. © Peugeot Motocycles
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Le XP 400, modèle à l'intersection de la moto et du scooter, a été lancé début 2024. © Peugeot Motocycles.


De plus, cette relance doit mettre durablement fin au régime de chômage technique, l’APLD (activité partielle de longue durée) qui s’est accumulée à Mandeure depuis la fin des congés d’été 2024 et a été appliquée jusqu'à son maximum de temps, fin juin dernier. Pour la justifier, Laurent Lilti met surtout en exergue le contexte particulier du marché et la réponse spécifique du constructeur français. Le passage des deux-roues à fin 2024 à la nouvelle norme antipollution Euro5 + a engendré un « effet terrible » selon son expression. « Il a gelé la demande à partir de septembre 2024 et a totalement perturbé le marché, en poussant les constructeurs à écouler leurs stocks de versions Euro 5 et à pratiquer l’auto-immatriculation - également appelée l’occasion 0 km (*) », souligne le dirigeant.

L’effet Euro5 + s’est prolongé sur les premiers mois de 2025, « qui ont été passés à brader les prix », poursuit-il. En somme, les usines ont quand même turbiné un peu partout… mais pas chez Peugeot Motocycles. « Pour une entreprise en retournement comme la nôtre, il fallait éviter de constituer des stocks, nous n’avons que très peu immatriculé », expose Laurent Lilti. D’où la pause prolongée de production, CQFD. 

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Désormais, « le marché s’apaise » et autorise Peugeot Motocycles à relancer ses lignes. Non sans prudence d’ici à l’arrivée du tant attendu GT. Trop attendu ? Des représentants syndicaux le pensent, soulignant « le risque de miser tout sur un modèle en espérant qu'il cartonne : ce n'est pas une bonne tactique. » 

De source syndicale toujours, une nouvelle version d'APLD dite « Rebond », un peu plus contraignante mais aux effets financiers identiques (*)  est en discussion, en vue de sa mise en place dès septembre. Les représentants sur personnel y voient « une forme d'abus dans la recherche d'économies. » Et la perspective d'une nouvelle période chômée n'empêcherait pas des « incitations à départs, par ruptures conventionnelles, au compte-gouttes, discrètement. »

Pour autant, des signaux sont ainsi émis quant à une stratégie de pérennisation du siège historique, de la part du constructeur et de son jusqu’alors discret actionnaire Mutares, le fonds allemand l'ayant racheté en 2023 à l’Indien Mahindra qui avait lui-même pris en 2018 le contrôle du capital partagé pendant trois ans avec PSA, devenu Stellantis.

Les modifications plus structurées concernent les repositionnements marketing, par une segmentation en fonction des cylindrées et des tarifs de vente correspondants. « Nous avons un portefeuille large à gamme de prix étendue, de 1.990 à 12.000 euros, ce qui ne le rendait pas assez visible. Nous y remédions », expose Laurent Lilti.

L'électrique n'est pas l'Eldorado 

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Le Django qui vise la clientèle des "néo-rétros" forme la seconde strate des trois marques redéfinies du constructeur. Destiné à tailler quelques croupières au dominateur de ce segment Piaggio, il est fabriqué en Asie. © Peugeot Motocycles


Un recentrage sur trois marques est ainsi opéré depuis quelques mois. « Kisbee by Peugeot » regroupe principalement les modèles de 50 cc, fabriqués en Chine dans la joint-venture Qingqi, à destination du marché des professionnels, le BtoB, pour des tarifs jusqu’à 3.000 euros. Puis « Django by Peugeot », référence  à l'historique S55 dont son design s'inspire, vise par les offres 50 et 125 cc le marché des particuliers, « surtout les néo-rétros » voulant renouer avec les grandes heures de la moto. Le segment est archi-dominé en Europe par l’Italien Piaggio, et le constructeur de Mandeure les fait fabriquer en Asie. Compter ici des prix de 2.500 à 6.000 euros.

Enfin, la marque Peugeot Motocycles elle-même occupe le troisième étage de la construction, en tant qu'« ensemble de produits statutaires, plus haut de gamme » (3.700 à 11.000 euros) fabriqués à Mandeure. La distinction entre les trois parties commence à se matérialiser dans les points de vente, par des espaces dédiés ou des concessions entièrement tournées vers l’une des trois marques. 

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L’usine historique dans le Pays de Montbéliard - et son département R&D confirmé « orienté vers l’ensemble des gammes » par le dirigeant - joue donc son avenir dans ce cadre. Pour l'heure, celui-ci continue à se décliner avant tout en mode thermique. Certes, Mandeure accueillera bien comme prévu, courant 2026, une version électrique de la mythique moto Peugeot 103. Mais « le marché électrique est aujourd’hui en claire régression, sauf le très haut de gamme à 25.000 euros », avertit Laurent Lilti qui en attribue les raisons aux « déceptions des clients quant à la qualité » de modèles commercialisés et à l’ « équation du bon prix pas encore résolue. »

Tout en dessinant quelques éclaircies et en affichant des « ambitions raisonnables », la direction de Peugeot Motocycles ne se départit pas de sa prudence. Conclusions d'un syndicaliste : « les choses n'avancent que lentement, on a toujours l'impression d'arriver tard. Le nouveau GT s'apparente à un restylage du Pulsion. Bref, on n'est pas très rassurés. »

 

(*)  Egalement en vogue pour les voitures, la pratique consiste à vendre à prix d’occasion un véhicule qui n’a roulé que quelques kilomètres. Il est ainsi neuf de fait, mais pas juridiquement, ayant fait l’objet d’une première immatriculation en concession

(**) versement de 80 % du brut représentant l'équivalent de plus de 90 % du net, dans le cas de Peugeot Motocycles du fait de son accord d'entreprise APLD, supérieur au seuil plancher de 70 % du brut

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