La start-up du Doubs a réussi son décollage industriel grâce au contrat signé en 2016 avec un fabricant italien de semi-conducteurs. L’intégrateur robotique, qui a déjà livré une soixantaine de solutions de micro-assemblage à ce groupe, doit désormais diversifier sa clientèle. Face au challenge d’une diminution des commandes prévue et anticipée, Percipio Robotics travaille depuis deux ans à un plan de transition et voit émerger sa concrétisation.


ARTICLE ACTUALISE LE 4 AVRIL 2025. Percipio Robotics se trouve à la croisée des chemins. Depuis deux ans, l’intégrateur robotique de Besançon (Doubs), spécialisé dans la conception de solutions de manipulation pour l’assemblage de microsystèmes complexes, prépare activement le renouvellement de sa clientèle et la diversification de ses débouchés. Passé de 20 à 40 salariés entre 2020 et 2022 pour renforcer sa force de frappe, il se dit prêt à relever le défi.

 

Cessions aquisitions

 

A partir de 2016, l’activité de la start-up, créée cinq ans auparavant en émanation de l’institut de recherche Femto-ST, s’était surtout concentrée sur le service d'un seul client, une multinationale italienne. Pour ce fabricant de semi-conducteurs, Percipio Robotics a développé un système flexible d’assemblage de testeurs de microprocesseurs. Muni de deux pinces piézoélectriques (*) et de caméras de vision industrielle, le robot de conception bisontine parvient à insérer une broche de 40 microns (µm) de section et 3 à 7 millimètres (mm) de longueur, tout juste visible à l’œil nu, sur des plaques de silicium. L'opération se réalise en 15 secondes et avec une précision de l’ordre du micron, soit un millième de millimètre.

« À ce jour, nous avons livré 67 machines à ce client », comptabilise Yann Buaillon, directeur général adjoint. Mais ce filon unique va logiquement finir par se tarir. Par conséquent, l’entreprise, habituée à des revenus en dents de scie, s’attend à voir plonger son chiffre d’affaires. Après avoir atteint 9,6 millions d’euros l’an dernier – un montant encore prévisionnel et qualifié d’exceptionnel - il devrait redescendre à 4,5 millions d’euros en 2025.

 

Opportunités dans la photonique

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Depuis 2017, Percipio Robotics a fourni 67 machines permettant l’assemblage de testeurs de microprocesseurs. © Percipio Robotics


La société bisontine a déjà collaboré ponctuellement avec l’horloger suisse Tag Heuer et l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Dans le cadre de son plan de diversification, elle a recruté une commerciale, une autre personne chargée d’explorer le marché européen, ainsi qu'une ingénieure en photonique, la technologie de la lumière. Cette industrie de pointe aux besoins bien spécifiques fait partie des cibles identifiées au même titre que l’horlogerie, l’électronique, l’électromécanique et le médical. La start-up présentera d’ailleurs un démonstrateur au salon Laser World of Photonics de Munich, en Allemagne, fin juin prochain.

« Des projets sont en train de démarrer dans tous les secteurs d’activité, plusieurs phases de faisabilité [préalables à la signature d’un contrat, NDLR] sont en cours », indique le directeur général adjoint. Les potentiels clients de la deep-tech bisontine sont tous confrontés à une problématique de miniaturisation et de robotisation : « on fait souvent appel à nous quand les pièces deviennent trop petites ou les conditions de travail trop difficiles », décrit le dirigeant dont l’entreprise sous-traite la fabrication des éléments de ses robots. À l’exception notable des deux pinces piézométriques qu’elle a inventées et fait breveter, Piezogripper pour la manipulation de pièces de 5 µm à 5 mm et Tulipgripper, un modèle plus robuste pour les composants de 50 µm à 10 mm.

 Percipio Robotics se donne 18 mois pour repartir sur un rythme de six à huit machines commandées annuellement.  « C’est le temps qu’il nous faut pour accumuler suffisamment de réussites clients et ainsi montrer la validité de notre modèle économique auprès de nouveaux investisseurs, précise son fondateur David Hériban. Car une réussite sur un seul client est encore vue comme un coup de chance. Mais cela faisait 10 ans qu’ils [le groupe italien, NDLR] cherchaient une entreprise capable d’assembler leurs sondes de test, et nous avons été les seuls à réussir, devant nombre de nos prédécesseurs européens et mondiaux. Il ne tient qu’à nous de reproduire cette réussite. »

Une fois ce rebond validé, la jeune pousse pourra donc envisager une levée de fonds, la seconde de son histoire. La société d’investissement Capital Grand Est, qui lui avait apporté 500.000 euros en 2015, va en effet se retirer progressivement du capital, à une échéance classique de dix ans pour ce type de fonds. Elle pourrait sortir partiellement dès cette année en échange d’une prise de participation des salariés à hauteur de 10 %. « À terme les actionnaires visent de laisser la majorité des actions aux salariés qui constituent la vraie richesse de cette entreprise », conclut David Hériban.

 

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Percipio Robotics a inventé et fait breveter deux modèles de pinces piézométriques, Piezogripper et Tulipgripper, qui permettent au cumul de manipuler des pièces d'une taille variant de 5 microns à 10 millimètres. © Edwige Prompt

 

Un fonctionnement et une gouvernance atypiques

Percipio Robotics est une « entreprise libérée. » Elle a opté pour cette forme organisationnelle popularisée en France par le docteur en psychologie et en management Isaac Getz. Traduction concrète : la start-up bisontine fonctionne sans hiérarchie ni services figés. Installés depuis trois ans dans les anciens locaux du transporteur Jeantet sur les hauteurs de la technopole Temis, les salariés peuvent choisir à leur guise leur rythme de travail comme les projets sur lesquels ils souhaitent s’investir.

Percipio Robotics se distingue également par une gouvernance collégiale puisqu’elle a adopté le statut de société anonyme à directoire. Celui-ci est composé de quatre membres qui représentent les différentes composantes de l’activité de l’entreprise : le fondateur, président et actionnaire majoritaire David Heriban, la responsable administrative et financière Fulvie Brunner ainsi que deux directeurs généraux adjoints, Laurine Lancia (production) et Yann Buaillon (développement commercial).


(*) Fabriqués en céramique piézoélectrique, un matériau qui convertit l’énergie électrique en énergie mécanique, les « bras » de la pince sont mis en mouvement par une impulsion de 120 volts.

 

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Si la start-up sous-traite la fabrication des composants de ses robots, elle confectionne elle-même ses pinces piézométriques. © Percipio Robotics

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