La plus grande unité de méthanisation de France entre en service dans quelques semaines dans le Châtillonnais en Côte-d'Or. Elle est le symbole de l’ambition de Dijon Céréales : générer, à terme, autant de chiffre d’affaires dans l'énergie que dans la production agricole.


Nom de code : Sécalia. À Cérilly, près de Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or), la plus grande unité de méthanisation de France va commencer à injecter dans le réseau de gaz, « fin février ou début mars », assure Christophe Richardot, directeur général de Dijon Céréales et d’Alliance BFC, qui fédère à ses côtés les deux autres coopératives de la région, Bourgogne du Sud et Terre comtoise.

Cette entrée en service marque l’aboutissement de cinq années de travail destiné à donner corps à un projet unique dans l'Hexagone, inspiré directement d’un modèle danois. « La centrale sera approvisionnée à 100 % par des Cive [ndlr : cultures intermédiaires à vocation énergétique], en l’occurrence du seigle fourrager issu d’exploitations d’adhérents et qui n’entre pas en concurrence avec des productions alimentaires », souligne le directeur.

 

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Le concept a su séduire : de 127 à la genèse, le nombre d’exploitations engagées dans Sécalia a grimpé à 149, et Christophe Richardot vise les 160 fournisseurs de matière première dès la fin de l’année. Pour Dijon Céréales, qui s’est appuyé sur l’expertise de Nature Energy (groupe Shell), le projet est lourd : 100 millions d’€ d’investissement. Il a été rendu possible par le soutien du Crédit agricole, entre autres partenaires. La centrale produira du gaz, pour un volume équivalent à 15 % des besoins des logements de l’ensemble du département de la Côte-d’Or, ainsi que du digestat susceptible d’être utilisé dans les exploitations, où il contribuera à réduire les intrants phytosanitaires.

 

Le photovoltaïque dans les champs et sur les toits

Didier Lenoir & Christophe Richardot
Didier Lenoir, président de Dijon Céréales ((à droite) et Christophe Richardot, directeur général de Dijon Céréales et d’Alliance BFC qui associe deux autres coopératives pour l'installation de méthanisation. © Dijon Céréales


L'opération se veut gagnant-gagnant pour la coopérative, ses adhérents et l’environnement. Il entend incarner l’engagement de Dijon Céréales dans une nouvelle stratégie. « La production agricole reste le socle de notre activité, dont elle représente 80 %, explique Christophe Richardot. Mais nous nous engageons sur d’autres axes de développement, au premier rang desquels la production d’énergie. » Après l’opération de Cérilly, trois autres unités de méthanisation pourraient voir le jour, une à Saint-Seine-l’Abbaye (Côte-d'Or), une autre dans l’ouest du département, la troisième dans le sud dijonnais. Elles doivent intégrer non seulement des Cive, mais également du fumier et des déchets verts issus de collectivités.

 

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Dijon Céréales s’engage par ailleurs dans le déploiement d’installations photovoltaïques. « Deux solutions techniques sont à l’étude actuellement », précise le directeur général. La première consiste à installer des panneaux  « en canopé  », c’est-à-dire juchés sur des pieds à cinq mètres de haut, au-dessus de cultures - un démonstrateur a été mis en service en juin dernier à Verdonnet, à la frontière entre la Côte-d’Or et l’Yonne. La seconde privilégie des alignements de panneaux bifaciaux verticaux, implantés tous les 12 mètres, comme à Channay (Côte-d’Or). Dijon Céréales et Alliance BFC s’appuient, là, sur la compétence de TotalEnergies et du producteur d'énergie solaire TSE, déjà bien actif dans le Grand Est.

Les tests grandeur nature semblent indiquer l’efficacité des dispositifs mais également l’impact positif sur la production agricole elle-même : les panneaux disposés en ombrières créent par exemple l'ombre contribuant à réduire le stress hydrique, tandis que les verticaux génèrent un effet brise-vent. Dijon Céréales a conclu un partenariat avec le conseil départemental de la Côte-d’Or afin d’installer massivement des panneaux en toiture.

 

Un engagement fort pour le territoire

Secalia
Le démarrage effectif de l'unité de méthanisation dénommée Sécalia est prévu fin février ou début mars prochains
à Cérillly (Côte-d'Or). © Dijon Céréales


« Dans un contexte international chahuté, la diversification vers les énergies est une voie dans laquelle nous nous engageons résolument », affirme Didier Lenoir, président de Dijon Céréales. Et pour cause : la coopérative anticipe, à terme, « au moins 300 millions d’€ de chiffre d’affaires lié à la vente d’énergie », soit autant que le montant actuel de l’entreprise tiré pour l'essentiel de son activité agricole, soit 290,4 millions d’€ pour l'exercice 2022-2023.

Le virage stratégique conforte le rôle de la coopération sur le territoire. « L’engagement dans l’écosystème territorial est dans notre ADN », souligne Didier Lenoir. Qui rappelle, par exemple, que Dijon Céréales a pris en charge l’installation d’une station-service à Saint-Seine-l’Abbaye, « alors qu’il n’y en avait aucune jusqu’alors entre Dijon et Châtillon-sur-Seine », que ses quelque 50 magasins Gamm Vert sont largement implantés en secteur rural ou encore que le développement de productions nouvelles se fait toujours en partenariat avec les acteurs locaux - à l’instar du projet de création d’une exploitation arboricole sur 12 hectares (30 à terme), à Cérilly. L’irrigation y résultera du recueil des eaux de ruissellement et des eaux grises (issues de la station d’épuration), sans prélèvement dans l’environnement. 

 MEDEF NOEL

 

Plus largement, la politique de développement de Dijon Céréales repose sur la valorisation des productions du territoire : désormais propriétaire de la biscuiterie Mistral, le groupe entend en faire « un porte-étendard des produits de qualité de Bourgogne-Franche-Comté », assure Christophe Richardot, malgré la difficulté à s'approvisionner en beurre et en œufs. La coopérative de 3.400 exploitations, qui a récolté 787.000 tonnes de céréales (- 12 %) pendant la saison 2022-23, entend par ailleurs développer la contractualisation avec les collectivités (Dijon métropole, Grand Besançon, Grand Chalon…), avec la promesse d’une demande équivalente à 2.000 hectares. L'ensemble du groupe de 722 salariés a terminé l’exercice sur un chiffre d’affaires de 578,4 millions d’€.

Dijon Céréales a développé une marque pour les produits du territoire, « Nous Autrement », et s’est engagée, à travers le projet Profilait, dans le portage d’une filière de proximité pour l’alimentation animale. Enfin, jamais avare de promouvoir la région, le groupe organisera en juin prochain le premier championnat du monde de cyclisme de l’agriculture. A cette occasion, il devrait réunir 500 compétiteurs du monde entier, du côté du Clos Vougeot. 

 

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